CHAPITRE CINQUIEME I
fort du danger passé, on s'effraie déjà de ces groupements armés que l'alarme ou l'émeute onl l'ait uaitre : les « soldatscitoyens » ne sont pas habitués à l'obéissance el pourraienl à l'occasion agir dans un sens contraire aux vœux des « honnêtes gens ' ». La Commission vole des remerciements aux volontaires des milices - : mais elle a. sans aucun doute, plus de confiance dans l'action de ses délégués, des troupes royales el de la maréchaussée : ses instincts conservateurs ne peinent que lui faire craindre toutes les organisations nouvel les.
La tâche confiée par la Commission intermédiaire à ses délégués était double : ils devaient d'abord mettre fin aux désordres, en se portant avec les soldats el les milices sur les points menacés, en exhortant les paysans à rentrer dans le devoir, et en les menaçant des rigueurs de la justice ; d'autre part, ils devaient recueillir les témoignages sur les délits commis, présider à la recherche des coupables et aux arrestations \
i. En effet, à côté de quelques milices qui paraissent bien organisées par les notables et entièrement à leur service, comme à Voreppe et à Bourg-de- Péage (Délibération de la ville de Voreppe du y août r^So.Bibl. de Grenoble, impr., T. 1890; Délibération du Bourg-de-Péage, du 1 " août 1389, Bibl. de Grenoble, impr., U. i833), certaines, dans les mois d'aoùl et de septembre, donnent lieu à des plaintes par leur indiscipline et leur désobéissance : Lettres du comte de Durfort à diverses municipalités, Bibl, de Grenoble, mss., (). 891.
i!. Registre des délibérations de la Commission intermédiaire, 11 août, matin, p. 385 (Remerciements aux municipalités et aux volontaires <!«■ la Côte-Saint-André, de Voreppe, de Moirans et de Rives).
'5. Registre des délibérations de la Commission, p. v,:>, 36i, 366-367- L'étude de la mission confiée à Champel, Royer et Imbert des Granges repose sur la collection des Lettres reçues parChampel (Bibl <le Grenoble, mss. : lettres de Durfort, O. 891; du chevalier du Bouchage, < >. 901; du marquis de Viennois, <» 916; de Royer, O. ga3 et ga4; de Laforest, délégué de l'hôtel-deville <lc Grenoble, < ». 931 •. de Imbert des Granges, I >. 933, etc ) Le fonds de la Bibliothèque de Grenoble ne comprend malheureusement pas les minutes des lettres écrites par Champel; mais .m peut juger de son rôle par Les réponses de sis correspondants.
iJ^j LA PEUR EN DAUPHINK
Les rudes leçons infligées aux paysans par les volontaires lyonnais, les dragons et les miliees rendaient relativement aisée la tâche des commissaires, en ce qui concernait le rétablissement de l'ordre. Les « brùlements » de la région de Virieu n'avaient été accompagnés que par de minimes violences ; il n'était plus question sur aucun point d'incendier les châteaux, mais seulement de se faire livrer les terriers. Le 6 août, cinq habitants de la Tour-du-Pin, « armés chacun d'un fusil «/vinrent ainsi exiger d'un bourgeois de Faverges « des quittances des lods qu'ils lui devaient ou des déclarations qu'il ne leur en ferait point payer » et le bourgeois s'exécuta sans grande résistance. Le "j, les gens de Dolomieu se rendirent chez le notaire du pays et tirent chez lui un choix de terriers qu'ils emportèrent : puis ils remmenèrent au château et pénétrèrent aux archives avec l'agent du marquis de Dolomieu et lui. « Là on prit tous les terriers que l'on trouva, malgré les observations du comparaissant et du sieur Borel, sans loucher à aucun autre papier. Ces terriers furent portés dans la cour, réunis avec ceux que le comparaissant avait été forcé de donner et tous ensemble incendiés1 ». Le lendemain, les gens de Dolomieu se firent encore livrer tous les titres féodaux de l'abbesse de Saint-Pierre de Lyon \
Mais la période des violences inutiles, des vols, des dévastations et des incendies était bien terminée. Les communautés du comté de Clerinont avaient annoncé l'intention de se porter au château de Saint-Geoire le dimanche 9 pour y brûler les titres concernant les droits
1. Pour les événements de Faverges, procès -verbal dressé par le sieur Varnet de Messenin le 7 août 1789, Bibl. de Grenoble, mss., O. 900; déposition du même, Roux, p. 129-130. Pour Dolomieu, déclaration de M" Lanfrey, notaire, Bibl. de Grenoble, mss., O. 906; procès-verbal du pillage des terriers du château de Dolomieu, Bibl. de Grenoble, mss., O. 914 ; déclaration de la marquise de Dolomieu (où elle donne des explications sur la nature des titres détruits) du i>"> septembre 1789, Bibl. de Grenoble, mss., O. 972; déposition Lanfrey, Roux, p. 121-122.