‹ La peur en DauphinéChapitre 94 sur 111 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

latronum. Nous pouvons, je crois, d'après les démarches qu'elle vient de l'aire dire avec fondement : Habemus confttentem reurti '.»

Mais beaucoup de gens pensaienl sans doute aussi que les dragons, les volontaires el le bourreau avaient déjà inspiré aux campagnes une teneur très suffisante. Les curés et les notables du marquisal de Virieû se réunirent le ij septembre el demandèrent à la Commission intermédiaire de solliciter une amnistie :

« Considérant que les poursuites, qui se l'ont contre les coupables en trop grand nombre, ont tellement jeté 1 'effroi et la terreur dans les esprits que des villages entiers abandonnent leurs maisons et la culture de leurs fonds :

« Que. se voyant partout en danger, ils ne fréquentent ni les foires ni les marchés, ce qui arrête la circulation des grains et autres denrées de nécessite ;

« Que plusieurs font passer leurs effets et argent chez l'étranger, d'où il résulterait une disette affreuse et une cessation du paiement des impôts ;

« Que, dans le cas de quelque événement fâcheux où la nation se trouverait obligée de se réunir et s'armer pour repousser et combattre ses ennemis, cette foule de gens coupables par cireur n'oserait point se joindre aux autres citoyens pour une défense légitime, dans la crainte que ce ne fût un nouveau piège : tout <|uoi causerait des maux bien plus affreux que ceux qu'on a malheureusement éprouvés, ceux commis étant de genre à être réparés; eh! qu'importe à l'honnête citoyen que le titre de ses obligations ait péri ou brûlé ! 11 est écrit dans sa conscience, où il se trouvera toujours: au lieu que les maux qui en résulteraient inévitablement seraient à jamais irréparables :

« La matière mise en délibération :

« Les soussignés oui arrête que Messieurs de la Commission intermédiaire seront suppliés de solliciter sans délai une

i. Le chevalier «lu Bouchage, procureur-général-syndic des États de Dauphiné et <!«■ la Commission intermédiaire à M Champel *'< septembre 1789, Bibl. «le Grenoble, mss., <>. 901.

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amnistie en faveur des citoyens séduits, abusés et trompés, comme les soussignés la sollicitent auprès du monarque et de l'Assemblée nationale de toutes leurs facultés ;

« Cet acte de bonté et d'indulgence rétablira l'ordre et la confiance ; et à ces jours de crainte et de tristesse succéderont la joie et la sécurité entre tous les citoyens ' . . . . ».

La délibération des curés et des notables du marquisat de .Virieu fut transmise par la Commission intermédiaire au Garde des sceaux, l'archevêque de Bordeaux, qui répondit, le 16 novembre : « Les excès auxquels le peuple s'est porté dans diverses parties du Dauphiné sont trop graves pour ne pas exciter la vindicte des lois2. »

Les documents ne permettent pas de dire quelle fut l'issue des différents procès que les tribunaux de maréchaussée durent encore avoir à juger ' : nous savons, par une requête que présentèrent en 1790 les habitants de Montagnieu à l'Assemblée nationale, qu'un de leurs concitoyens avait été envoyé aux galères de Toulon pour avoir pris part à la sédition 4 ; une note rapide d'un des membres de la Commission intermédiaire porte le nom d'un paysan condamné au bannissement \ Il est probable que quelques-unes des personnes décrétées de prise de corps

1. Délibération du 11 septembre 1789, sur les neuf heures du matin, au lieu de Virieu et dans l'église paroissiale; Bibl. de Grenoble, mss.. O. 962.

2. Le Garde des sceaux à M. de Champeaux-Palasne ; 16 novembre 1789, Arch. nat.. Dxxrsbis, 3i.

3. Les papiers de la maréchaussée de Dauphiné, aux Arch. de l'Isère, ne comprennent aucun article postérieur à 1780 : j'ai pu suppléer partiellement à cette lacune pour les mois d'août et de septembre par la correspondance du procureur général. Mais, avec le mois de septembre, s'arrête le registre de correspondance avec la province. Bibl. de Grenoble, mss., Q. 4< t. 6 ; celui de la correspondance avec les ministres. Q. 6. ne comprend qu'une seule lettre postérieure au mois d'août, celle du 22 novembre, que je cite plus loin.

4. Délibération de la commune de Montagnieu du 24 juin 1790, et lettre de Picot-Labeaume, ci-devant membre des États de Dauphiné. au ministre de la justice, 3o juin 1790; Arch. nat.. D xxix. 07 : c'est une supplique pour l'élargissement de Benoit Perrin.

.">. « Georges Cecillion, de Bonce. condamné par arrêt à bannissement ». Arch. de l'Isère, série C. papiers de la Commission intermédiaire.

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