‹ La Pharmacie centrale de FranceChapitre 3 sur 73 · ET LES APOTHICAIRES · texte numérisé non relu

ET LES APOTHICAIRES

l’origine, l’art de préparer les remèdes et de les appliquer était exercé par les médecins ; d’où la pharmacie, aussi vieille que la médecine, remonte à la première heure de l’humanité malade et infirme, passons le déluge.

sur la terre d’Egypte, qui fut, concurremment avec l’Inde, le berceau de toutes les sciences, où Moïse, Pythagore et Platon allèrent recevoir l’initiation sacrée du savoir, qu’est née la Pharmacie, fille de la Chimie ; or, l’on sait, par les inscriptions hiéroglyphiques du monolithe de Rosette, que le premier nom de l’Egypte, ce pays de Cham, avait été Chim ou Chimmis , et que, suivant la judicieuse observation de Cuvier, la chimie y était née, toute baptisée du nom même de sa contrée d’origine, lequel signifie aussi art égyptien , art du pays noir (0.

La science pharmaceutique des Grecs, entée sur les traditions d’un savoir plus ancien, im,porté de l’Inde et de l’Egypte, se manifeste dans tout son éclat, avec l’Officine du Médecin

Mais ....

C’est

(i) Journal officiel, i3 juin 1869, article de M. Roswag (Nadié).

— io6 —

d’Hippocrate, le plus grand médecin de l’antiquité. Il vivait à l’époque brillante de Périclès, c’est-à-dire quatre à cinq siècles avant l’ère chrétienne.

Sous le règne de Ptolémée II, roi d’Egypte (285 à 247 avant J.-C.), nombre de savants grecs étaient venus à sa cour. Leur but ostensible et encouragé était la santé de ce prince, dont ils voulaient raviver et réconforter la faiblesse. Le résultat de leurs efforts, sur cette terre de la science mystérieuse, fut de pouvoir ressaisir beaucoup de secrets, perdus à force d’être trop cachés, et de les compléter par leurs propres découvertes, qui, faites pour un seul, bénéficièrent pour tous (0. C’est ainsi que du Musée d’Alexandrie sont sortis les premiers progrès de la pharmacie.

Mais, cinq siècles plus tard, ces progrès s’affirment plus brillamment encore avec Galien, qu’on a appelé avec raison le père de la pharmacie. Originaire de Pergame, en Asie Mineure, il avait étudié en Grèce, puis à Alexandrie. Il avait trente-deux ans lorsqu’il vint se fixer à Rome et tenir dans la Voie Sacrée, une officine où il composait lui-même des drogues pour les empereurs Marc-Aurèle, L. Vérus et Commode, ses illustres clients.

Cependant, avec la fin des temps anciens, les traditions scientifiques avaient peu à peu fait place aux méthodes empiriques. Au cinquième siècle, le médecin latin Cœlius Aurelianus est le premier qui ait indiqué la composition de certains remèdes où entraient les substances les plus étranges, telles que la cervelle et le fiel de chameau, la présure de veau marin, les excréments de crocodile, du sang de tortue, etc. Déjà sous Néron, bien avant Cœlius, le médecin Andromaque avait inventé la thériaque , qui renfermait, entre autres ingrédients, de la chair de vipère; c’est un remède que les anciens considéraient comme un spécifique contre toute espèce de venin, et qui a

(1) Chevreul, Histoire delà Chimie , Journal des Savants, sept. 1849, P- 532.

joui, jusqu’à nos jours, d’une grande réputation. Il est vrai que, depuis Andromaque, sa formule a subi de nombreuses modifications. De même on attribuait à Mithridate, roi de Pont (121 à 64 avant J.-C.), un électuaire qui porta son nom et possédait les propriétés anti-vénéneuses de la thériaque. Un autre contrepoison du nom d 'ambroisie, inventé, vers la même époque, par le médecin grec Zopyros, fut d’abord, avec le mithridate et la thériaque , ce qu’on pourrait appeler les spécialités de la pharmacie antique; mais, quoique considérées au début comme des antidotes, ces trois drogues s’élevèrent peu à peu au rang de panacées.

Les Arabes vinrent ensuite. Ils héritèrent du savoir des Grecs; mais leur science ne naquit réellement que lorsqu’ils eurent conquis l’Egypte. Ils dégagèrent bien vite l’art des remèdes de celui de la médecine, et spécialisèrent ainsi la science pharmaceutique, qui, plus libre, plus féconde par cet isolement, maintenu durant tout le moyen-âge, réveilla dans sa source antique ce qui devait être l’alchimie d’abord, puis la chimie.

C’est à Bagdad que les califes ouvrirent les premières pharmacies publiques, où la jeunesse studieuse venait s’instruire dans l’art des manipulations, sous les yeux de maîtres renommés. Ces pharmacies étaient sous la surveillance immédiate du gouvernement.

Abou-Moussah-Djafar-Al-Sofi, plus connu sous le nom de Géber, altération du mot Djafar, est considéré comme le fondateur de l’école des chimistes arabes. Il vivait au temps du célèbre calife Haroun-Al-Raschid, c’est-à-dire vers la fin du huitième siècle. Rhasès, Avicenne, Calid et tous les médecins arabes postérieurs à cette époque le citent comme leur maître. Il est l’oracle des chimistes du moyen âge qui n’ont fait que le copier textuellement; si bien que, de nos jours, le docteur Hœfer a pu dire que « Géber est pour l’histoire de la chimie ce « qu’Hippocrate est pour l’histoire de la médecine. » Il est

l’auteur du livre intitulé : Summa perfectionis , le plus ancien ouvrage de chimie qui nous soit parvenu. Ses œuvres qu’on a portées au nombre de cinq cents, et dont il ne reste que des fragments traduits en latin, montrent que, depuis longtemps déjà, on croyait à la transmutation des métaux. On y trouve l’indication d’une panacée universelle : l’Elixir rouge , qui n’est qu’une dissolution d’or. Le mot élixir est un mot arabe qui veut dire remède par excellence. Un autre ouvrage, Lapis philo sophorum, contient beaucoup de détails curieux et utiles, concernant la nature, la fusion, la purification, la malléabilité des métaux, et qui ont conservé une place dans les systèmes modernes de la science. C'est ainsi qu’on tient encore de Géber les formules de certaines préparations mercurielles. Vers le meme temps vivait un autre médecin arabe, Jean Sérapion, dont les œuvres, imprimées pour la première fois à Venise, en 1497, contiennent un traité des remèdes, qui fut pour ainsi dire la plus ancienne pharmacopée connue.

Du même temps encore, peut être daté ïantidotaire de Mésué, de Damas. Entre autres écrits on a encore de lui divers traités : Des Emplâtres, des Onguents, des Sirops, dont il existe une traduction hébraïque à notre Bibliothèque Nationale, sous le numéro 58 1. De l’ancienne école des Nestoriens de Schoudi- Sabour, en Perse, était sortie une autre pharmacopée : celle composée au ix° siècle, sous le titre de Krabadin , par Sabour- Ehnsahel, qui fut consultée par tous ceux qui en ont publié depuis.

C’est du vocabulaire de cette pharmacie orientale que nous sont venus les mots, toujours employés, de julep, looch , sirop, camphre, alcool, alambic , etc. On tient aussi des Arabes l'analyse des plantes, dont ils tiraient des sucs, connus sous le nom de robs. Le mot rob , qui est resté dans les pharmacies, est le robb des Persans, qui appellent ainsi une sorte de moût de vin épuré. Selon Bergmann ( Opuscula , t. IV, p. 96, note), nous ne

Page 1