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POT DE PHARMACIE DE NANCY

(Collection des Hôpitaux)

devrions pas seulement le mot rob à la médecine orientale, nous lui devrions aussi Y onguent égyptien, Y huile de scorpion, Y emplâtre de diachylon , « compositions arabes, dit-il, qui ont conservé « leur nom et presque leur même préparation jusqu’à nous. »

Au commencement du xie siècle, paraît commencer l’application des remèdes, de nos jours dits homœopathiques, entrevus par les anciens, notamment par Polybe, gendre d’Hippocrate, et où des poisons violents sont employés en globules, c'est-à-dire à doses infinitésimales. C’est ainsi, par exemple, que, depuis Avicenne, on faisait usage de l’arsenic in omnibus quœ sunt necessaria et resolutione sanguinis et prohibitione nocumenti (0. Ce qui prouve une fois de plus qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil.

Enfin, c’est de l’époque des Croisades que date l’importation de la pharmacie arabe en Europe; c’est alors qu’est fondée l’école de Salerne où l’on transplanta la science des Maures d’Espagne et les recettes de leurs médecins, et qui n’eut de rivale que l’école de Naples, instituée par Roger roi de Sicile et l’empereur Frédéric II.

Malgré les succès grandissants des universités de Naples et de Salerne, la pharmacie arabe n’avait cessé de s’accroître en richesse et en progrès. Cohen-Attar en donna un traité, en 1 1 34, où se trouve indiquée la préparation d’une foule de potions, sirops, pilules dorées, etc. Vers la fin du xn° siècle, parut une nouvelle pharmacopée; l’auteur était Nicolas Meyrepse, d’Alexandrie, le dernier des auteurs arabes, qu’il importe de ne pas confondre avec Nicolas de Salerne. Ce codex porte dans l’histoire le nom dY Anti dot aire Nicolas ; adopté par la faculté de Paris en i332, jusqu’au xvn° siècle il fut la charte des apothicaires, qui étaient tenus d’avoir chez eux toutes les substances qui y étaient indiquées.

(1) Edouard Fournier, Le Vieux Neuf, t. i, p. 140-142 et t. ni, p. 619-620.

C’est encore au concours des médecins juifs et arabes qu’est due la fondation de l'école de Montpellier, que les papes transformèrent, au xin° siècle, en université consacrée presque uniquement à la médecine. A l’époque de la Renaissance, elle était devenue des plus florissantes. C’est là que s’éveilla la méthode expérimentale de l’observation.

C’est dans le but de créer une maison de charité, où des orphelins seraient instruits à préparer des médicaments et à les administrer aux pauvres honteux, qu’en 1576, un marchand apothicaire et épicier, Nicolas Houel, fonda, à Paris, en dehors de la faculté de médecine, la première école spéciale de pharmacie qui soit connue chez nous. Cet établissement, d’abord installé à l'Hôpital des Enfants-Rouges, fut, en 1578, transféré rue de l’Ourcine, à l’ancien Hôpital de la Charité chrétienne, qui avait été fondé par Marguerite de Provence, femme de saint Louis, et qui était alors abandonné. Nicolas Houel fit réparer les bâtiments qui étaient en fort mauvais état, et acheta un terrain contigu qui s’étendait jusqu’à la rue de l’Arbalète, et où il mit des arbres et des plantes employées en médecine, tant nationales qu’étrangères. Ce jardin botanique, établi à l’instar de celui de Padoue, fut le premier de ce genre qui ait existé en France. Après Nicolas Houel, cet établissement fut négligé, et, en 1596, Henri IV y plaça des militaires invalides que Louis XIII transféra à Bicêtre. Diverses communautés religieuses de femmes occupèrent ensuite les lieux qui devinrent la propriété de l’évêque de Paris, puis de l’Hotel-Dieu. En 1624, les apothicaires de Paris s’en rendirent possesseurs; le jardin botanique fut reconstitué; des salles furent construites pour l’enseignement des connaissances pharmaceutiques. Dès ce moment, cette maison devint l’unique chef-lieu de l’école de pharmacie, ayant son administration, ses cours publics et gratuits, que la Faculté de médecine ne parvint pas à entraver, malgré son opposition manifestée plusieurs fois, tant que les

corporations subsistèrent avec leurs privilèges et leurs jalousies. Nous verrons plus loin comment, après cette transformation, l’ancien établissement de Nicolas Houel devint le berceau de l’Ecole supérieure de Pharmacie actuelle (0.

Après avoir esquissé les origines de la pharmacie, nous pensons qu’il n’est pas non plus sans intérêt de présenter, à son tour, le pharmacien à travers les âges.

Autrefois, le mot pharmacien eût été certainement pris en mauvaise part, parce que dans son étymologie spéciale et médicale, il signifie non seulement remède, médicament, mais encore venin, poison; et dans l’antiquité il eût signifié empoisonneur. Au contraire, le mot jadis consacré d’ apothicaire, pris dans sa racine grecque offre un sens plus honnête; car il indique la boite, le vase destiné à recevoir les médicaments, ou celui qui les prépare et les vend. Pour l’expression apotheca ofjîcina, les Italiens disent boteca, botega, et les Espagnols botica, d’où les Français ont fait boutique , équivalent d’apothicairerie.

Cependant le mot apothicaire n’a plus en français de signification officielle ; ce n’est plus aujourd’hui qu’un terme archaïque pris en mauvaise part, appliqué par dérision aux pharmaciens. Le mot apotheca date du moyen-âge, où il était entré dans le langage courant pour être appliqué indifféremment à toutes les boutiques et magasins. On appelait apothecarii les marchands en gros ou les gardiens principaux des greniers d’abondance; le premier concile de Carthage défendait de leur conférer la cléricature. Plus tard, le mot devint plus précis; l’apothicaire des abbayes et des maisons royales était chargé de

(i) De nos jours, l’École de Pharmacie de la rue de l’Arbalète a été transférée avenue de l’Observatoire, près du Luxembourg, et son ancien emplacement est depuis lors occupé par l’Institut agronomique.

la conservation d’un petit nombre de substances rares et recherchées : figues, amandes, riz, dattes, dit un document de 1290; les confections pharmaceutiques faisaient partie de la collection.

Il est assez difficile de remonter aux origines du commerce de la pharmacie. Ni en Grèce, ni à Rome, il n’y eut d’apothicaires ; le commerce des substances médicamenteuses était libre; souvent ceux qui les vendaient les appliquaient euxmêmes. Les rhi{otomes connaissaient les racines et les herbes et savaient à quel temps de l’année et avec quelle formule il fallait les recueillir ; les pharmacopoles vendaient des poisons ; les médecins préparaient leurs prescriptions. Sous l’empire, un fonctionnaire établi à demeure, en Crête, était chargé de faire cultiver et récolter les simples pour la famille impériale; lorsque la provision était abondante, on livrait au commerce ce qu’on ne pouvait utiliser.

A Rome, les médicaments étaient préparés par des spécialistes appelés séplasiaires : ce nom leur venait de ce que, à Capoue, la place publique, sur laquelle se tenaient les marchands de drogues, se nommait séplasia. Ces marchands vendaient aussi les produits employés par les confiseurs, parfumeurs, teinturiers, etc. Les herbarii , qui vendaient les plantes, avaient, comme nous le voyons chez nos herboristes, le devant de leurs boutiques garni de guirlandes de feuilles. On donnait le nom de pharmacotrites aux broyeurs, pileurs et mélangeurs de drogues, tels qu’on en voit aujourd’hui à Paris, dans le quartier du Marais ou dans celui de la rue des Lombards.

En Italie, au temps des écoles de Salerne et de Naples, la pharmacie se divisait en deux branches, celle des stationarii et celles de confectionarii . Les premiers vendaient les drogues et les seconds exécutaient les ordonnances des médecins. Ils ne pouvaient s’établir que dans les grandes villes; ils étaient

soumis à la surveillance du Collegium medicorum et ne pouvaient outrepasser les tarifs établis.

L’Orient garda le privilège de la fourniture des médicaments; la rhubarbe venait des frontières de la Chine; le gingembre était recueilli dans l’Inde et le séné en Egypte; les Vénitiens avaient acheté aux Arabes le véritable secret de bien des drogues, et ils le conservaient de même que le monopole de leur vente. Ce commerce .était assez important pour que nombre de gens s’y adonnassent.

Enfin, le terme à1 apothicaire n’apparaît guère en France qu’au xiii0 siècle, et le monument qui fournit cette appellation pour la première fois, est le Livre des Métiers du prévôt de Paris, Etienne Boileau, qui vivait sous le règne de saint Louis. Il y est dit, à propos des droits que les marchands ont à payer aux Halles : « Tuit cirier, tuit pévrier et tuit apotecaire ne « doivent rien de coustume des choses devant dites pour « vendre en leur otel, car ils s’acuitent au pois-le-Roy. ... Se « ils metent avant au samedi ès haies ou u marchié, chascuns « doit obole de coustume; et en leur otieus néant, si corne il a « esté dit par devant. » D’après une ordonnance du même temps, les métiers francs de la Ville de Paris qui ne devaient pas le guet au roi comptaient « tous apotécaires. » Mais ce n’est qu’au siècle suivant que nous trouvons le mot apothicaire complètement défini. Au synode de Vallis-Obtana, en i332, il est question d’apothicairerie dans ce sens : l’apothicaire, détenteur de substances précieuses, en connaît les vertus; il est quelque peu sorcier; on l’appelait pour des opérations redoutées et mal connues. Un droguiste de Montpellier fut mandé en Ecosse pour l’embaumement d’Edouard Ier. Lorsqu’ils voulurent réglementer leur commerce, les rois s’adressèrent aux médecins, seuls responsables de la santé publique. Une ordonnance du roi Jean, datée du mois d’août 1 353 , est spéciale aux apothicaires et régit leur profession.

L’apothicaire de la Renaissance était en même temps un assistant médical secondaire, un droguiste, un cirier, un épicier, un parfumeur; les limites de ses droits étaient si peu fixées qu’à chaque instant il fallait des procès pour les étendre ou les maintenir.

Mais pour les médecins, les apothicaires étaient des valets auxquels ils abandonnaient les besognes répugnantes sans leur faire de promesses ni leur conférer de droits. Or, cet empire que les premiers ont toujours cherché à exercer sur ceux-ci, remonte à l’époque où les médecins, renonçant à la préparation des remèdes, en confièrent le soin à leurs aides, qui étaient en outre chargés de les porter aux malades. Défiants à l’excès et disposés à voir des concurrents parmi tous ceux qui n’étaient pas leurs hommes-liges, les médecins, dans le but d’accentuer leur suprématie et leur domination, avaient déjà rédigé, vers le milieu du xin° siècle, la formule grotesque et humiliante du serment que devaient prêter les maistres-apothicaires chrestiens et craignans Dieu. Ce serment, qui se trouve consigné dans la Pharmacopée , composée par le médecin Brice Bauderon vers la fin du xvie siècle, n’est qu’un pastiche défiguré, mais très reconnaissable, du fameux serment d’Hippocrate, si en honneur dans l’antiquité : en voici le texte d’après les reproductions qu’en ont données Moreau de la Sarthe et Cadet de Gassicourt.

Formule du serment des apothicaires.

« Je jure et promets devant Dieu, auteur et créateur de « toutes choses, unique en essence divine et distingué en trois « personnes éternellement bienheureuses, que j’observerai de « point en point tous les articles suivants.

« Et premièrement, je jure et promets de vivre en la foi « chrétienne.

« Item , d’aimer et d’honorcr mes parents, le mieux qu’il « me sera possible.

« Item, d’honorer, respecter et faire servir en tant qu’en « moi sera, non seulement aux docteurs-médecins qui m’auront « instruit de la connaissance des préceptes de la pharmacie; « mais aussi à mes précepteurs et maîtres-pharmaciens sous « lesquels j’aurais appris mon métier.

cc Item, de ne médire d’aucun de mes anciens docteurs, « maîtres-pharmaciens ou autres qu’ils soient.

« Item, de rapporter tout ce qui me sera possible pour « l’honneur, la gloire, l’ornement et la majesté de la médecine.

« Item, de n’enseigner aux idiots et ingrats les secrets et « raretés d’icelle.

« Item, de ne faire rien témérairement sans avis des « médecins, ou sous l’espérance de lucre tant seulement.

« Item, de ne donner aucun médicament, purgation, aux « malades affligés de quelque maladie, que premièrement je « n’aie pris conseil de quelque docte médecin.

« Item, de ne toucher aucunement aux parties honteuses « et défendues des femmes, que ce ne soit par grande nécessité, « c’est-à-dire lorsqu’il sera question d’appliquer quelque « remède.

« Item, de ne découvrir à personne le secret qu’on m’aura « commis.

« Item, de ne donner jamais à boire aucune sorte de poison « à personne, et de ne conseiller jamais à aucun d’en donner, « non pas même à ses plus grands ennemis.

« Item, de ne jamais essayer de faire sortir du ventre de « la mère le fruit en quelque façon que ce soit, que ce ne soit « par avis du médecin.

« Item , d’exécuter de point en point les ordonnances des « médecins sans y ajouter ni diminuer, en tant qu’elles seront '< faites selon l’art.

« Item, de ne me servir jamais d’aucun succédané ou « substitut sans le conseil de quelque autre plus sage que moi.

« Item, de désavouer et fuir comme la peste, la façon de « pratique scandaleuse et totalement pernicieuse de laquelle « se servent aujourd’hui les charlatans, empiriques et souffleurs « d’alchimie, à la grande honte des magistrats qui les tolèrent.

« Item, de donner aide et secours indifféremment à tous « ceux qui m’emploieront, et finalement de ne tenir aucune « mauvaise et vieille drogue dans ma boutique.

« Le Seigneur me bénisse toujours, tant que j’observerai « ces choses (O. »

(i) Malgré sa forme ridicule, le serment des apothicaires rappelle trop celui d’Hippocrate pour nous abstenir de reproduire ce dernier à titre de comparaison ; le voici d'après la belle traduction qu’en a donnée Littré :

Serment dHippocrate. — «Je jure par Apollon, médecin; par Esculape, par Hygie « et Panacée, par tous les dieux et toutes les déesses, les prenant à témoin que je rem- « plirai, suivant mes forces et ma capacité, le serment et l’engagement suivants : Je « mettrai mon maître de médecine au meme rang que les auteurs de mes jours ; je « partagerai avec lui mon avoir, et, le cas échéant, je pourvoirai à ses besoins ; je « tiendrai ses enfants pour des frères, et s’ils désirent apprendre la médecine, je la leur « apprendrai.

« Je ferai part des préceptes, des leçons orales et du reste de l’enseignement à mes « fils, à ceux de mon maître, et aux disciples liés par un engagement et un serment « suivant la loi médicale, mais à nul autre. Je dirigerai le régime des malades à leur « avantage, suivant mes forces et mon jugement, et je m’abstiendrai de tout mal et de « toute injustice. Je ne remettrai à personne du poison, si on m’en demande, ni ne « prendrai l’initiative d’une telle suggestion; semblablement je ne remettrai à aucune un « pessaire abortif.

« Je passerai ma vie et j’exercerai mon art dans l’innocence et la pureté. Je ne « pratiquerai pas l’opération de la taille ; je la laisserai aux gens qui s’en occupent. Dans « quelque maison que j’entre, j’y entrerai pour l’utilité des malades, me préservant de « tout méfait volontaire et corrupteur, et surtout de la séduction des femmes et des « garçons, libres ou esclaves.

« Quoi que je voie ou entende dans la société, pendant l’exercice ou même hors de « l'exercice de ma profession, je tairai ce qui n’a jamais besoin d’être divulgué, regar- « dant la discrétion comme un devoir en pareil cas.

« Si je remplis ce serment sans l’enfreindre, qu’il me soit donné de jouir heureu- « sement de la vie et de ma profession, honoré à jamais parmi les hommes ; si je le « viole et que je me parjure, puissé-je avoir un sort contraire ! »

Il n’est nullement certain qu’Hippocrate lui-même soit l’auteur de ce serment, qui est probablement celui que prêtaient avant lui les Asclépiades (descendants d’Esculape ou initiés à ses doctrines). Il est à remarquer que, dès la plus haute antiquité, il y avait des spécialistes pour l’opération de la taille, de même qu’il y en avait aussi pour les yeux. Ces spécialistes ne prêtaient pas le serment médical, et n’étaient par conséquent pas initiés. De là le discrédit de leur caractère, sinon de leur art lui-même, dans lequel ils étaient souvent fort habiles.

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