‹ La Pharmacie centrale de FranceChapitre 72 sur 73 · LA VOIX DU BRONZE · texte numérisé non relu

LA VOIX DU BRONZE

Comme un dieu protecteur gardien de la Centrale, Au seuil du vieil hôtel dont il fait les honneurs,

Le front auréolé de gloire triomphale Le buste de Dorvault s’érige dans les fleurs.

De ses yeux sans regards, immuable, il contemple Le spectacle incessant de cette activité,

Ce peuple d’employés, docile à son exemple, Accomplissant sa tâche avec tranquillité.

Or, soudain, l’autre nuit, dans la clarté sereine Qui tombait du ciel, un long frisson expira,

Les roses du jardin retinrent leur haleine,

Et du bronze une voix sortit qui murmura :

Un demi-siècle a passé 1

Mon œuvre est debout, plus vivante

Qu’en sa jeunesse rayonnante ;

Mon rêve même est surpassé ;

Sous une main habile et ferme Je vois s’épanouir le germe Si vigoureusement poussé.

Fidèle à sa direction,

La Centrale marche et progresse Sans sursauts comme sans faiblesse.

De la coopération Elle demeure le modèle Et toute entreprise nouvelle N’est que son imitation.

Elle dut combattre autrefois Et vaincre mainte résistance.

La jalousie et l’ignorance Essayant d’étouffer sa voix,

Lui livraient des assauts sans nombre.

Elle connut une heure sombre,

Alors apparut Genevoix !

Savant, écrivain réputé,

Homme d’action et d’étude,

Cachant mal sous un aspect rude Une âme pleine de bonté,

Il apportait à la Centrale,

Avec une ardeur sans égale,

Son esprit d’ordre et de clarté.

Pendant dix ans d’un dur labeur Il se consacre sans relâche A l’épuisante et noble tâche.

Il l’accomplit à son honneur :

Désormais la route est tracée,

La fortune à jamais fixée. . .

Au seuil de son triomphe, il meurt

Mais, dès longtemps, il s’attachait, Pour le former à son image,

Un successeur vaillant et sage ; Lorsqu’un mal cruel le couchait Il put voir, ainsi qu’une aurore, L’œuvre croître et grandir encore Avec Monsieur Charles Buchet.

Au fond des plus lointains pays Je vois ma maison acclamée.

On proclame sa renommée A Chicago, Vienne, à Paris,

Dans cette inoubliable fête

Où le Jury la place au faîte

En lui décernant Trois Grands Prix.

Et maintenant, je puis dormir. . .

La Centrale, pleine de gloire, Poursuit la route de victoire Qui la mène vers l’avenir ;

Dans l’éclat des apothéoses Je vois s’épanouir des roses Et des violettes fleurir.

De frais parfums montaient dans l’air léger. Soudain La voix se tut. La nuit recouvrit de son voile La vieille maison ; mais, au-dessus du jardin,

Dans les cieux endormis, scintillait une étoile.

Paris, 27 Janvier igo4 .

Georges Le Dru, Représentant de la dPCf.

Page 1