‹ La Phédon de Platon et le Socrate de LamartineChapitre 11 sur 21 · III. — Pérjode de dissolution (1300 à · texte numérisé non relu

III. — Pérjode de dissolution (1300 à

Sur la lin du XIIP siècle et à l'aurore du XIV% la scolastique se désagrège : les grandes luttes intellectuelles métaphysiques et théologiques cèdent la place à la subtilité syllogistique.

' On le considère comme le Fénelon du Moyen-Age, comme on a qualifié saint Thomas de Bossuet de cette époque.

- Il lutta contre saint Thomas à propos surtout de la liberté liumaine et de la liberté divine.

' Ce célèbre moine anglais étudia à Oxford et à Paris ; il fit d'importantes découvertes scientifiques. Son recueil Opus majus expose par avance la plupart des découvertes modernes et prédit les principales réformes qui suivirent. Sa connaissance immense des lois de la nature, acquise par la méthode expérimentale, le fit accuser de magie, mais il fut protège par Cléjmnl IV (Gui de Foulques) pape de 1265 à 1268. A la mort .ie Clément IV, il fut de nouvea'i persécuté et emprisonné pendant dix ans, sous Grégoire X, au couvent des Franciscains de Paris. Remis eu liberté, il mourut très peu de temps après.

1" Avec GuiUaame d'Occam (ou Ockam'l, cordelier anglais, Scottiste (1-280-1347), le Nominalisme est ressuscité ; la philosophie se confine dans la question des Unwersaux, que ce moine reprend en un sens purement conceptualiste. Armé d'une analyse fort subtile de la connaissance, il nie que l'on puisse connaître aucune substance: la science n'a d'autre objet que les conceptions de notre esprit; la foi seule peut nous assurer de l'existence de Dieu, de rirîimortalité de l'Ame et d'autres grandes vérités. On voit ainsi Occam' préluder au relativisme comme au subjectivisme de la philosophie moderne.

Les principaux Occamistes sont Robert Holcot et surtout Jean Buridan ( 1295- lo60'), professeur de })hilosophie et de théologie à Paris, connu tant comme Recteur de l'Université que par ses travaux sur Aristote, — Marsile (Tlnghen, — Pierre (TAillij, de Compiègne. surnommé l'Aigle (1350- 1420;, Chancelier de TUniversité de Paris et Cardinalj l'un des plus ardent champion du Nominalisme d'Occam.

2" Lassés des discussions sans fin et des subtilités scolasticpies, certains esprits de grand renom se réfugièrent dans le mysticisme chrétien, où brillent l'alsacien Jean Tauler à Strasbourg (1294- 13(31), dominicain, — Jean Charlier de Gerson, le Docteur très chrétien (1363-1429), homme de savoir et d'énergie qui succéda à son maître Pierre d'Ailly dans la charge de chancelier de l'Université de Paris en 1392, — Thomas de Kempis ( 1 3H0- L'.7 I ).

La iiouveaulc' de ses doctrines le fit bannir de 1 Université d Oxford, où il avait excité des troubles ; il vint alors à Paris pour enseigner la Théologie. Excommunié en '1330, il se réfugia à la Cour de Louis de Bavière qui était en querelle avec le pape et mourut à Munich. On a surnommé Occam le Docteur invincible et le Prince des Nominaux .

>; Il Philosophie de la REr^JAissANCE.

I. — C'est une ère d'indépendance et de transition à la philosophie moderne. On était ressassé de scolastique ; il en résulta un mouvement général de réaction et un fatal besoin de rénovation tant dans l'enseignement que dans les esprits philosophiques.

Les causes de ce revirement intellectuel sont multiples: extrêmes abus de la scolastique, — la Réforme et le libre examen, — invention de l'imprimerie, — découverte de l'Amérique, — prise de Constantinople en 1453, — diffusion en Occident des manuscrits grecs.

II. — La philosophie devait ainsi avoir sa renaissance en même temps que les lettres grecques, latines et françaises. Mais ce moment de révolution passionnée sous toutes les formes, même scientifiques et artistiques, d'immense enthousiasme et de curiosité savante pour les monuments retrouvés de l'antiquité classique, amena un chaos si confus parmi ces éléments divers qu'il se produisit une fécondité à la fois exubérante et malsaine par ses conséquences, dont le loyer se manifesta surtout au sein des Ecoles de Florence et de Padoue.

Avec Marsile Ficin (1433-1499), fils du médecin Gome de Médicis, on en ressentit les premiers effets : ayant fait de fortes études grecques et latines, il donna des traductions latines d'œuvres de Platon, de Plotin, de Denis l'Aréopagiste, de Mercure Trismégiste, de Jamblique, de Porphyre. 11 professa surtout un tel culte pour Platon qu'il fonda une Académie platonicienne en poussant

même son admiration jusqu'à rextravagance puisqu'il voulut faire prêcher la doctrine du j^rand philosophe dans les églises.

Chose curieuse: on vit alors se reproduire en même temps :

111" Les tendances idéalistes et platoniciennes [)ar Marsile F'icin, — par Jean Pic de la Mirandole (1463-1494), fds du podestat de Modènç du parti Gibelin, savant universel, — par François Pa- //•fr.r.i( 1529-1.597) successivement professeur platonicien à Ferrare, Padoue et liome, qui calomnia la personne et les écrits d'Aristote pour élever sur les débris aristotéliques le nouveau platonisme de PEcole d'Alexandrie, — pâv Pierre Pamus i I.Ô02-1572). professeur au Collège de France, massacré à la Saint-Barthélémy par un péripatéticien fanatique.

IV" Se reproduire les tendances sensualistes et péripatéticiennes par Alexandre Achillini (146.'3- 1512), philosophe et anatomiste qui professa à Bologne et à Padoue, suivit les opinions d'Averrhoès et fut surnommé le Second Aristote. — par Pierre Pomponazzi({^&2- ib26), Mantouan, professeur de philosophie à Padoue, Ferrare et Bologne, attaché toute sa vie au péripatétisme, qui enseigna dans un sens naturaliste, — par Bernardin Télésio (1509- 1588), Calabrais, qui tenta de secouer aussi le joug d'Aristote, pour en appeler à la raison et à l'expérience. Il fonda une académie à Cosenza afin de régénérer la science, mais il imagina un système n'ayant guère plus de fondement que ceux antérieurs, en essayant de faire revivre la doctrine de Parménide de l'antique école Eléatique.

V° Se reproduire des tendances Panthéistes qui trouvent un représentant célèbre dans le philo-

sopiie de Noie Giordano Bruno (1550-1600). D'abord dominicain, puis calviniste, puis professeur à Paris, enfin rentré en Italie, il fut brûlé comme hérétique. Son système philosophique était analogue à celui que viendra enseigner Spinoza ( 1632- 1677) en plein XVII' siècle, système caractérisé par trois points saillants : recherche de la solution du problème moral ou philosophie du bonheur, — méthode déductive, — panthéisme mystique. Bruno considérait 1 univers comme un animal immense dont Dieu estl'àme ; Tidée dominante de sa philosophie est celle de Tinfini : l'univers est infini aussi bien dans le temps que dans l'espace; les astres en nombre infini sont autant de mondes paieils au nôtre. Dieu n'est pas un être distinct des autres êtres : il est la substance absolue rentermant dans son unité linfinie multiplicité des mondes,

Vl'^' Se reproduire d'antiques idées d'athéisme dans Lucilio-Ponipeïo Vanini^ né à Taurozano en 1585, brûlé en 1619 à Toulouse. Il avait été attaché au maréchal de Bassompierre. Doué d'admirables facultés philosophiques, d'une vaste érudition, d'une imagination de poète, il eût le tort d'être par sa vie comme par ses écrits d'une extrême légèreté. Il fut le dernier représentant de l'aristotélisme en tant qu'ennemi de 1 Eglise et radicalement dépourvu de foi. En exposant la doctrine péripatéticienne embellie de brillantes idées pythagoriciennes, on le voit même se retourner contre lui-même et railler ceux qui pouvaient se confier à de pareilles idées. Mais cette négation de la tradition liumaine, qui devait devenir populaire un quart de siècle plus tard, était encore trop prématurée ; aussi Vanini paya-t-il de son sang la hardiesse de ses propositions athèistes.

VII" Le choc de tant de doctrines opposées jette certains penseurs les uns dans le mysticisme, l'illuminisme et les sciences occultes, comme Parace/^e (1493-154 1) , H. CornéUs yl^/7/?/>«( 1487- 1535 j , J.-B. Van Halmont (1577-1644) et son ^A-è Mercure (1618-1699): — les autres dans le scepticisme, tels que Michel de Montaigne 1533-1592) et son dim\ Pierre Charron (1541-1603;, tandis que le plaisant moine Rabelais (1483-1553), avec son gros rire, vint bafouer les derniers docteurs de la scolastique.

En un mot. la Renaissance lut plus glorieuse et plus féconde en résultats sérieux dans Tordre des Sciences que dans le domaine de la philosophie.

Comme recherches et découvertes scientifiques proprement dites, cette époque, sans parler des arts, est suprême de puissance intellectuelle : de grands initiateurs viennent substituer aux explications purement verbales le rationnel de Tobservation des faits et la vraie méthode expérimentale. Les noms de Léonard de Vinci (1452- 1512), de Nicolas Co/^^/'aiîc (1473-1543), de Galilée (1564-1642). de Jean Kepler (1571-1630) honorent l'humanité.

Avec François Bacon (1561-1626) et René Descartes (1596-1650), cet immense progrès dans les lettres, les sciences et les arts, joint à Tindépendancede la raison, va orienter la philosophie vers une voie nouvelle, surtout en France, en Italie et en Angleterre.

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