‹ La Philologie classique [microform]: six conférences sur l'object & la méthode des études supérieures relatives à l'antiquité grec que et romaineChapitre 13 sur 22 · K. Brugmann, Griechische Grammatik, 2e éd., p. 3 et · texte numérisé non relu

K. Brugmann, Griechische Grammatik, 2e éd., p. 3 et

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tivée, la moins littéraire. Le philologue portera son attention avant tout sur la langue employée dans la littérature. Enfin, tout ce qui est individuel ou personnel, dans la langue, est nul et non avenu pour le linguiste, si ce n'est en tant qu'il y observe le fait même de l'individualisation dans le langageque Ihomme qui individualise s'appelle Homère ou Chérile, Virgile ou Mévius, peu lui importe. Pour le philologue, c'est, au contraire, ce qui importe le plus, car c'est cette grammaire individuelle s'il est permis de s'exprimer ainsi, qui lui sert le plus pour l'mtelligence des écrits, pour la critique des textes, pour la détermination de l'époque, et souvent de l'auteur d'un ouvrage ; toutes choses essentiellement comprises dans sa tâche et dont le linguiste ne se soucie pas le moins du monde Les parties même de la grammaire n'offrent pas un égal intérêt à l'un et à l'autre. La phonétique jouit en toute première ligne des faveurs du linguiste parce que c'est là qu'il réussit le mieu.x à observer des faits d'une portée générale, ou des lois, comme on dit; puis vient la morphologie, tandis que la syntaxe a été jusqu'ici fort négligée. C'est juste l'inverse pour le philologue, que la phonétique touche peu , la morphologie davantage, et la syntaxe plus que le reste, parce que c'est là principalement le domame de l'individualité.

La méthode même, la manière de traiter les questions sera différente. Soit la déclinaison latine puisque c'est le sujet qui nous occupe celte année d.'.ns un autre cour.s. Le philologue commencera

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par recueillir les formes existantes, en notant rigoureusement les auteurs qui ont employé celles qui ne sont pas d'un usage commun; car cet emploi contribuera à caractériser ces auteurs. Il distinguera les formes archaïques des formes classiques, post-classiques et néologiques ; les formes usitées en prose et celles qui sont admises en poésie. Enfin, pour expliquer les formes, il procédera par voie analytique, en remontant dans les âges, et, sll ne trouve pas, dans le domaine du latin, l'explication cherchée, il empruntera des lumières aux dialectes voisins, et enfin aux langues congénères. Le linguiste, au contraire, qui opère à la fois sur plusieurs langues, suivra la méthode inverse. Il commencera par rapprocher les traits communs à plusieurs langues, et, partant de là, il cherchera à éclaircir ce qui est particulier à chacune. Il suivra les transformations d'un suffixe indo-européen d'âge en âge , et finira par le reconnaître dans une désinence casuelle latine. Il sera plus curieux encore de formes rares que le philologue , mais sans se soucier de savoir qui les a employées, dans quel genre littéraire, et en vue de quel effet de style.

Mais en voilà assez sur les différences. N'oublions pas que nous avons fait un devoir au philologue d'envisager la grammaire grecque et latine non seulement d'après sa propre méthode, mais aussi à la façon du linguiste. D'ailleurs, il sera amené forcément, s'il n'a pas fait de la linguistique lui-même, à emprunter au linguiste des renseignements sur

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les autres langues indo-européennes, afin d'éclairer par elles ce qui reste obscur tant qu'on s'en tient au grec et au latin seuls. Mais lui-même ne considère pas la langue uniquement comme moyen d'expression à l'usage des individus. La langue d'un peuple est une des manifestations les plus intéressantes de son esprit , et voulant connaître , comme nous l'avons dit, la vie tout entière des deux peuples classiques , il ne négligera pas plus leurs langues, chacune dans son ensemble, comme produit de l'esprit national, qu'il ne laissera de côté leur droit, leur religion ou leurs beaux-arts. Il reste toujours une nuance, vous le voyez. C'est une nation que le philologue cherche à connaître par sa langue, ce n'est pas l'être humain qu'il étudie dans le phénomène du langage. Mais c'est la langue comme telle, la langue comme produit qu'il examine, aussi bien que le linguiste ; c'est sa structure, son mécanisme, son fonctionnement. De cette similitude du but découlera la similitude delà méthode. En même temps que le but pratique des exercices écrits, en même temps que le but plus élevé de la lecture des auteurs, le philologue poursuit, dans l'étude de la grammaire, un but de science pure, et à cet effet il adopte la méthode de la science pure. Dès l'antiquité, suivant les temps, les hommes et les circonstances, chacune des trois manières d'étudier la grammaire a été tour à tour en faveur. Platon, dans le Gratyle, nous offre un premier et bien rudimentaire essai de la troisième. C'est le langage comme phénomène et ses rapports avec la

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pensée qu'il examine ; c'est Tune des fonctions de l'esprit humain qu'il veut connaître. Dans l'étroit horizon où il était enfermé, puisqu'il ne connaissait qu'une seule langue ; avec le peu de travail analytique appliqué jusqu'alors à cette seule langue, et aussi avec sa propre disposition d'esprit toute spéculative, sa tentative ne pouvait aboutir. Il a fallu le labeur de bien des siècles, et des circonstances toutes nouvelles pour qu'on pût la reprendre avec quelques chances de succès. Il nous est facile, après coup, de le comprendre. Les anciens, et aussi, jusqu'à ce siècle, les modernes, ne pouvaient guère s'en rendre compte, et ont continué à s'acharner plus ou moins inutilement sur des problèmes pour la solution desquels les éléments leur manquaient.

La grammaire proprement philologique est celle que les Grecs ont surtout cultivée, et non sans succès. Nous avons vu comment leur ancienne littérature formait en grande partie la base de l'instruction de la jeunesse. Pour faire valoir cette littérature, disons même d'abord, pour la faire comprendre, il furent amenés à en étudier la langue, à remarquer les mots ou archaïques ou de dialectes différents. D'un autre côté, s'appuyant sur l'analyse logique des philosophes, on poursuivit avec zèle la distinction des parties du discours, et l'on réussit tant bien que mal à se débrouiller dans la flexion et la dérivation. Ces divers résultats ne tardèrent pas à s'assembler en corps de doctrine , et finirent par prendre une forme systématique. Le cadre de

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