V. WDNDT ET LA. PSYCHOLOGIE EXPÉRIMENTALE
déterminer des directiona et des caractères dans la vie mentale.
Une autre branche de la psychologie expérimentale que Wundt a reléguée au dernier plan, c'est la pathologie mentale. On la trouve citée très brièvement dans la Psychologie pky~ siologique, alors que l'extension donnée aux expériences quantitatives est considérable. C'est surtout en France, gr&ce à Ribot, que l'on a compris d'abord quel profit le psychologue pouvait retirer de l'étude de ces maladies. Si l'on envisage la loi de régression de la mémoire due à Ribot, les travaux de Féré ou la classi6cation des fonctions de l'esprit par rapport au sens du réel tentée par te D' Pierre Janet, on avouera que cette méthode a donné des résultats aussi féconds que la théorie de l'aperception formulée par WundI en s'appuyant sur la psychologie physiologique et sur la psychologie expérimentale. Quant aux recherches par l'hypnotisme, Wundt ne leur reconnaît pas la portée qu'elles ont réellement.
It est curieux aussi de constater que Wundt, tout en se méfiant de l'intellectualisme et en insistant, comme nous l'avons vu, sur l'importance de l'actualisme, de la volonté active et des états affectifs, n'arrive pas, de ce côté, à donner l'impression du mouvement vivant de l'esprit. Les chapitres de James dans ses Princtples of psychology sur le courant de pensée et sur l'habitude, pour prendre deux exemples précis, sont infiniment plus suggestifs. Et si nous étudions l'œuvre de Henri Bei^son, nous voyons tout ce que peut donner l'observation interne transformée et réformée, pour la connaissance dea tendances psychologiques qui composent la personnalité. Matière et Mémoire ou les Données immédiates me paraissent atteindre beaucoup plus profondément l'activité spirituelle que les théories de Wundt sur l'aperception ellesmêmes. Cet emploi renouvelé de l'introspection a échappé à
Wundt, donl l'allitude, vis-à-vis de celte méthode, est particulièrement hésitante etau surplus très variable.
Comparons enfin Wundt à Hôffding, dont il se rapproche en ce sens qu'il fonde sa science sur l'expérience et que, d'autre part, il aboutit à un idéalisme. Le livre de HdiTding est beaucoup plus serré, mieux proportionné, mais moins riche en détails et en expériences particulières. Ce n'est pas un répertoire. Pourtant l'idée directrice en ressort mieux et la nature synthétique de la vie mentale, telle qu'il l'expose, se rattache plus nettement aussi aux penseurs rationalistes qui en avaient saisi le caractère, particulièrement à Leibniz.
La comparaison qui vient d'être établie se limitera à ces quelques tendances de la science psychologique, parce que précisément elles peraiettent et justifient un rapprochement entre elles. II y aurait lieu de se demander encore s'il n'existe pas une autre psychologie que celle-là, une psychologie rationnelle proprement dite, complétant nécessairement la psychologie fondée sur l'expérience et conduisant des problèmes particuliers à la critique approfondie des conditions de la vie de l'esprit et à l'intelligence de son unité. Mais ce serait sortir du cadre de cet exposé.
En résumé, les ouvrages de psychologie physiologique de Wundl sont très utiles, d'abord, comme répertoires d'expériences. Ensuite ils témoignent d'un labeur assidu et d'une application exacte et prudente des méthodes expérimentales aux divers domaines de la vie mentale. Enfin, ils sont intéressants et féconda par leurs hypothèses directrices; le caractère même de ces hypothèses conduit leur auteur à rattacher sa science d'une part à la physiologie, d'autre part à la philosophie et à lui attribuer une position tout à fait importante au centre même des conceptions de la pensée scientifique. A ce sujet, Wundl aussi bien que tous les grands psychologues contemporains, refuse de réduire l'étude de la vie mentale à