‹ La philosophie allemande au XIXe siècleChapitre 22 sur 63 · WUNDT KT L& PSYCHOLOGIE BXPËRIHBNTALB · texte numérisé non relu

WUNDT KT L& PSYCHOLOGIE BXPËRIHBNTALB

et présente à la volonté d'autres buts que ceux qu'elle avait visés précédemment. EnGn, les lois d'évolution de la psychologie sont psycho-physiologiques, car, en les établissant, il faut tenir compte des facteurs physiques. Ceux-cï ne peuvent pas être plus éliminés que les facteurs psychologiques proprement dits.

Quelle est ta position de la conception psycbolo^que de Wundt dans l'ensemble des théories contemporaines qu'on peut lui comparer, c'esl^-dire des théories fondées sur l'expérience ? Telle est la question qui se pose maintenant.

La nouveauté de la psycholo^e de Wundt réside dans l'extension de l'expérimentation et de la mesure à un grand nombre de problèmes psychologiques et dans le soin et l'exactitude qui président à ces recherches. Les parties où sont exposés les méthodes et les résultats des travaux du laboratoire de Leipzig sont les plus intéressantes et les plus durables de l'œuvre. Les qualités de prudence et de précision de Wundt s'y déploient le plus lai^ment. Et les chapitres oîi ces qualités dominent, comme celui des principes de la mécanique nerveuse, paraissent également solides et justes.

Quelques mots sur la théorie de l'aperception. Quoi qu'il advienne de cette hypothèse dans la suite, elle est féconde, elle remplit donc son rôle ; elle*prouve que son auteur a compris la nécessité de dépasser le point de vue empiriste et de tenter une explication des faits ; celle-ci est plus essentielle' ment psychologique que l'hypothèse de l'association et que les tentatives d'exphcation des physiologistes. Wundt essaie d'y concilier les localisations cérébrales et l'idéalisme auquel

le conduit l'analyse psychologique. Sa tendance est idéaliste et actualiste à la fois : il considère la vie de l'esprit comme étant volonté, activité propre, unification et synthèse ; l'esprit n'apparait pas ici comme une substance douée de facultés ni comme un principe logique d'essence rationnelle, mais comme une fonction, une activité; c'est un volontarisme, non un intellectualisme. Mais il n'y a pas, selon lui, contradiction entre volonté et sentiment d'une part et activité logique d'autre part. L'aperception, en tant qu'elle s'exerce sur le contenu des représentations, se traduit par une activité logique.

Les aperçus historiques qui sont joints aux difTérents chapitres sont aussi très utiles, bien que leur brièveté et le grand nombre de noms qu'ils contiennent ne reproduisent que l'appareil extérieur des écoles psychologiques, sans que les idées de celles-ci soient approfondies par un exposé ou une discussion détaillés, qui dépasseraient sans aucun doute le cadre de l'ouvrage au détriment des recherches originales.

Les parties qui nous semblent les plus faibles sont les parties philosophiques proprement dites. Sans vouloir en rien diminuer la haute valeur de son œuvre, on doit bien reconnaître que Wundt manque d'acuité dans la critique philosophique ; il manque aussi d'ordonnance et de fermeté dans la structure et la systématisation des idées. C'est ce dont on se rendra compte aisémeot en comparant les pages qu'il consacre à la causalité et à la finahté avec les raisonnements d'un de ses contemporains sur le même sujet, par exemple de Lachelier dans les Fondements de l'induction. Ses théories n'ont pas non plus toujours la clarté nécessaire et il en est qui sont très difficiles à saisir. Nous citerons son interprétation psychologique de ta loi de Weber, son explication des sensations d'innervation ; même dans sa théorie de l'aperception, on comprend mal comment cette fonction psycho-physio-

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logique qui est volonté et attention, soit douée d'un pouvoir logique tel qu'il puisse expliquer et la fusion dea éténtents psychologiques et les associations d'idées, en même temps qu'il fait, droit aux postulats du rationalisme le plus décidé. Ce n'est pas entièrement à tort que la critique allemande, après la publication de son Système de philosophie, reprochait à Wundt ses demi-mesures et constatait que, pour finir, tout en se fondant sur l'expérience, il aboutissait à une métaphysique singulièrement éclectique et hésitante. Aussitôt que l'attention du lecteur croit pouvoir s'attacher à une affirmation, celle-ci est corrigée, atténuée ou embarrassée de restrictions inquiétantes. Nous pensons aussi que de ses tentatives de philosopher il restera beaucoup moins que de ses recherches expérimentales.

Wundt est véritablement le défenseur de la psychologie quantitative. Bien plus, à part ses disciples, il est presque le seul à la défendre aujourd'hui. 11 a même essayé, en plusieurs endroits de ses œuvres, de comparer les propriétés des états mentaux aux dimensions de l'espace et de les assimiler à celles-ci, pour mieux justifier l'application du nombre cardinal. Cette apologie n'est pas nécessaire, s'il s'a^t de défendre l'expérimentation, car elle a conquis ses droits en psychologie. Mais toute la question est de savoir si le nombre cardinal peut recevoir ici une valeur authentique, comme en mécanique ou en physique, ou s'il n'est qu'un symbole.

On a vivement contesté la légitimité de l'emploi du nombre cardinal en psychologie. Mais môme si l'on nie que le nombre cardinal puisse s'appliquer aucunement à la vie mentale, personne ne contestera que les mesures ne hvrent cependant des notations qui échappent à d'autres méthodes. La seule question qui reste en litige est de savoir comment on utilisera les résultats obtenus. C'est en interprétant du reste que Wundt en use lui-même, lorsqu'il se fonde sur la durée des réactions

pour tirer de là des conclusions relatives à l'attention, à U volonté, au choix.

L'on peut s'étonner de ce que la psychologie de Wundt est, au point de vue expérimental, très exclusive. Elle l'est réellement, cap ce n'est que dans la dernière édition que notre auteur rapporte des expériences d'ordre qualitatif, et encore ne 8emble-t-3 pas y attacher l'importance que prennent pour lui les mesures précises, comme celles qu'on obtient par les méthodes psycho-physiques ou par la méthode des réactions.

Nous citerons parmi les expérimentateurs, à c6lé de l'école de Wundt, une école qui compte de nombreux représentants dans différents pays, en Allemagne comme ailleurs, et dont r Année psychologique fondée par A. Binet donne assez bien une idée. Il s'agit d'expériences qui, sans doute, se traduisent par des chiffres, mais je les appellerais volontiers expériences qualitatives, parce qu'elles se rapportent plutât aux manifestations variées de l'imagination, de la mémoire, des sentiments dans leurs particularités et qu'elles tiennent compte des diff^ rences individuelles. La statistique, dans ce dernier cas, ne fournit à proprement parler que des symboles . 11 en est de même des recherches sur le témoignage, sur l'idéalion (comme on en trouve dans le livre de Ribot traitant des Idées générales), sur la psychologie des enfants, sur les rapports entre l'attention ou les émotions et les rythmes de l'oi^anisme. Je me demande si ce dernier genre de recherches n'est pas plus riche en résultats que des mesures impersonnelles, comme celles des temps de durée de la réaction ou de l'intensité des sensations. Ainsi donc, à côté de la psycholo^e expérimentale quantitative préconisée par Wundt, une psychologie expérimentale qualitative s'est formée, qui tient compte des différences individuelles et ne cherche pas tant à additionner des chiffres pour trouver des moyennes qu'à

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