‹ La philosophie allemande au XIXe siècleChapitre 37 sur 63 · VOlkerp$yehoiogie^ l, p · texte numérisé non relu

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impossible de concevoir un esprit collectif qu'un corps collec- Uf. De môme que le copps collectif est constitué par les corps de tous les membres individuels, de même l'Ame sociale se réduit à ta totalité des âmes individuelles. Elle est une création de l'imagination mythologique et non pas un être réel. » II est évident que ceux qui font ces objections, sont euxmêmes les victimes de cette conception mythologique, qu'ils se figurent voir cachée derrière l'expression d'&me sociale. L'idée d'âme est pour eux inséparable de l'idée d'un être substantiel joint à un corps, au point qu'ils ne comprennent pas l'usage de ce terme en un sens tout différent. En réalité l'idée d'âme ne peut désignerautre chose empiriquement que l'unité constatée des processus psychiques. La socio-psycholo^e ne peut employer l'idée d'&me que dans ce sens empirique ; mais elle peut l'employer précisément dans ce sens tout aussi bien que la psycbolo^e individuelle. Les créations spirituelles qui résultent de la vie collective, ne sont pas des éléments moins effectifs de la réalité que les processus psychiques de la conscience individuelle. Sans doute elles n'ont point leur foyer en dehors des Âmes individuelles. Mais, de même que l'âme individuelle est constituée, non par les éléments psychiques à l'état isolé, mais par leurs synthèses et leurs résultantes, de même l'âme sociale consiste, non pas dans la somme des consciences individuelles, mais dans les processus psycho-physiques particuliers et originaux qui résultent de leur association. Ainsi l'Âme sociale est une résultante des Âmes individuelles qui la composent ; mais celles-ci & leur tour ne sont pas moins des résultantes de l'âme sociale, dont elles participent. »

L'individu et la société sont donc des réalités de nature comparable, qiù réagissent constamment l'une sur l'autre ; et dans cette interaction c'est tantôt l'une et tantôt l'autre qui joue le premier rôle. En effet, l'individu n'étant pas un

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être substantiel, n'a pas une supénorité métaphysique telle que tout le reste en dépende et doive s'y ramener ; mais d'autre, part la société n'a pas non plus toujours et nécessairement une supéiiorité de fait contraignante et comme écrasante pour l'individu, a So viel Aktualilàt, so viel Realitât », ce principe veut dire que l'esprit a autant de réalité qu'il en actualise. El par suite ce pourra être tantôt l'esprit collectif et tantôt l'esprit individuel qui aura le rôle prépondérant, suivant que l'un ou l'autre manifestera une plus grande activité créatrice et actualisera une plus grande réalité. Conformément à ce principe on pourrait distinguer dans la hiérarchie des volontés humaines comme trois étapes de développement et trois degrés de valeur. E^ bas de l'échelle se trouve la masse des individus qui ont une mentalité grégaire et qui forment le troupeau ; ils sont chacun inférieurs et subordonnés à la puissance collective, de qui ils reçoivent leur rôle et leurs idées. Mais la collectivité est à son tour dominée par les grandes individualités créatrices et directrices, dans la mesure même où le génie élabore et actuahse pour elle une réalité supérieure, qui sans lui ne pourrait se manifester.

La socio-psychologie garde ainsi le juste milieu entre les extrêmes. Elle n'exclut aucun des faits positifs que l'indivi-. duahsme et le sociolo^me ont mis contradictoirement en évidence ; mais elle s'efforce de déterminer exactement le rôle qui leur revient. Société et individu sont des réalités actuelles inséparables, des systèmes ordonnés d'énergies psychiques interférentes. Aux antithèses abstraites que conçoit l'intelligence et qui imphquent la substantiahté de l'élément ou du tout, se trouve définitivement substitué par Wundt le dynamisme de la volonté individuelle et sociale. De ce point de vue dynamique il n'y a pas de difficulté à admettre que la société doit son progrès à la spontanéité individuelle, et que

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l'individu doit son terrain de formation et d'action à la continuité sociale ; enfin que l'un et l'autre manifestent leur unité vitale par des processus essentiels, qui ont un mécanisme individuel et un fonctionnement social, et qui sont l'objet d'investigation auquel s'applique précisément la soeio-psycbologie. De l'action réciproque et convergente de toutes ces puissances à l'œuvre, résulte, suivant les lois générales que nous venons d'indiquer, l'évolution progressive de l'esprit humain.

Nous avons essayé de dégager dans cette brève caractéristique les traits essentiels qui distinguent la socio-psychologie de Wundl des courants contemporains analogues. II resterait à poursuivre l'analyse de son œuvre dans le détail et à examiner la valeur scientifique de ses explications particulières ; mais c'est là une tâche longue et difficile que nous devons réserver à une étude spéciale.

Wundt ne semble avoir subi en aucune manière l'influence des écoles françaises de sociologie et de psychologie sociale; sa conception initiale et son travail de préparation remontent en effet à des influences autochtones et à une époque antérieure. Il est incontestable qu'il doit beaucoup aux recherches ethnologiques et en particulier à l'anthropologie anglaise; n'ayant pu dans ce nouveau domaine recueillir lui-même des observations directes et se faire une expérience personnelle comme dans le domaine de la psychologie physiologique, il a puisé aux meilleures sources sa documentation, comme chacun est tenu de le faire. Mais il reste tout à fait indépendant dans son interprétation. Avec Gabriel Tarde, Wundt est d'accord sur ce principe, que l'explication profonde des phénomènes sociaux doit être de nature psychologique ; mais, en qualité de spécialiste de la psychologie, il a lui-même une tout autre conception de cette science, de sa méthode et de ses

lois, et il n'accepte pas l'individualisme qui est au fond des théories de l'ancien ma^strat français. C'est sans doute avec la sociologie que la socio-psychologie a le plus d'affinité, malgré la différence de point de vue, qui peut au premierabord donner l'illusion d'un absolu contraste. Cela tient à ce que le point de départ est différent de part et d'autre, le sociologae s'attachant plus ou moins exclusivement dans ses recherches aux faits objectifs, aux différences extérieures des milieux, aux caractères spécifiques, tandis que le socio-psychologue essaie de remonter jusqu'aux fonctions psychiques et aux lois générales. Mais il s'agit là, à vrai dire, de recherches complémentaires, plutôt qu'opposées ; et il semble que, au fur et à mesure qu'elles progressent, elles doivent aussi réagir davantage les unes sur les autres, s'attirer et s'infléchir mutuellement, et s'acheminer enfin par des voies diverses vers une même conception générale.

A considérer la socio-psychologie en elle-même, nous ne devrions pas être surpris si la rigueur scientifique de l'exécution ne répondait pas encore de tout point à la grandeur philosophique de l'entreprise. L'auteur en effet explore un terrain accidenté à peine connu, qu'éclairent par intervalles des lueurs trompeuses; il faut lui savoir gré de s'engager vaillamment dans des sentiers à peine frayés et de tracer péniblement quelques nouvelles pistes. Mais le chercheur, au milieu des ombres mystérieuses de la plus lointaine humanité, devient facilement un visionnaire et un prophète; ses yeux croient deviner ce qu'ils ne peuvent voir, et sa parole grave cherche à faire entendre par des raisons profondes ce que personne ne peut encore clairement comprendre ni démontrer.

Il est donc possible que le grand Traité publié par Wundt ne puisse pas trouver de continuateurs dans l'unité de son architecture actuelle. Sans doute longtemps encore il sem-

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