LA SOCIO-PSYCHOLOGIE DE W. WDNDT
sépare de la thèse soutenue par Ferd. TônniesV « Il est vrai, dit-il, ainsi que l'expose Tônnies, que la vie collective amorphe, reposEuit non pas sur la volonté, mais sur des instincts sociaux, est l'origine historique de toutes les formations sociales. U est vrai aussi que cet état initial a été remplacé par des formes multiples de communauté et de société, qui sont nées sous l'action, non plus seulement des instincts, mais aussi et toujours davantage de la volonté et de la vision consciente des fins sociales. Mais il n'est pas exact que cette différenciation ait détruit les tendances sociales primitives et les formes initiales de la volonté collective, ou qu'il y ait la moindre vraisemblance historique ou psychologique que cela puisse jamais se produire. Les processus d'învolution des actes volontaires en instincts, qui jouent déjà un rAIe très important dans la vie individuelle, acquièrent dans la vie collective une signification, si possible, encore plus fondamentale, comme nous le montre surtout l'évolution du langage et de la coutume. C'est ce que Tônnies a eu le tort de ne pas apercevoir. »
La socio-psychologie est volontariste, plus encore que la psychologie individuelle. Car les représentations ne sont jamais par elles-mêmes collectives ; elles le deviennent par les sentiments qui les accompagnent et qui s'expriment par des mouvements visibles et contagieux. C'est pourquoi aussi Wundt ne s'attarde pas à l'étude des représentations collectives en elles-mêmes ; mais il remonte d'emblée aux sources profondes d'où elles jaillissent. Il nous montre, par exemple, que les systèmes de signes éminemment représentatifs que nous appelons les langues, naissent en réalité des mouvements d'expression de la vie alTective ; et que les images mytholo-
1. Perd. TOnnies Gemeimchafl und GtselUchaft, 1887; — Cp. W. Wundt, Loffift", III, p. 6Ï3-36, et Die Aafànge der Getelliekafl dans Piychol. Stadien, t. m, 1907.
giqiies possèdent une vie objective remarquablement intense, aussi longtemps qu'elles sont mises en branle par le ressort des tendances vitales et les secousses des émotions fortes.
Ce caractère volontariste de la vie mentale collective nous fait mieux comprendre pourquoi il est légitime et nécessaire que la socio-psychologie pousse l'analyse de ses fonctions essentielles jusqu'à leurs fondements oi^^iques et à leurs lois psycho-physiologiques. En vertu même de la loi d'évolution et d'involution de l'activité volontaire, les fonctions socio-psychologiques ne trouvent pas seulement dans l'organisme les bases de leur mécanisme, mais elles y déposent des résidus et des empreintes sous forme de réactions instinctives, qui permettent d'en retracer plus facilement le développement antérieur et d'en prévoir l'évolution générale.
La socio-psychologie est, à vrai dire, à peine concevable sans la théorie du volontarisme évolutionniate et sans le principe de l'actualité de l'esprit. Ce principe exclut de la vie spirituelle toute idée de substrat, de substance et de permanence, pour n'y voir qu'activité et actualité pure, un système plus ou moins complexe et cohérent d'énergies en acte. Une pareille conception de l'activité spirituelle est de la plus grande importance pour la socio-psychologie ; elle en est à la fois le fondement et la conclusion.
a On a souvent contesté la légitimité de la socio-psychologie, remarque Wundt', en s'appuyant sur des notions mythologiques de l'esprit et de l'&me. On raisonne ainsi : « Si nous admettons une &me comme substrat des phénomènes psychiques individuels, c'est parce que ces phénomènes sont liés à un corps, et parce qu'il est impossible de dériver les phénomènes psychiques des phénomènes physiques. Mais l'âme sociale, où pourrait-elle avoir son siège ? Il est aussi