Kurt Breysig, KulturgeschichU der Menachhtit, p
apparaltFODt d'autant mieux qu'il s'agira de faits plus largement collectifs, tandis que les actes très individuels, sans échapper sans doute à une règle, ne laisseront pas apercevoir de longtemps, les règles complexes qui les régissent. Ainsi l'histoire, en son entier, cherche è connaître des lois, contrairement à ce que pensaient les historiens descripteurs ; et cela ne veut pas dire d'ailleurs que ces lois soient nécessairement connaissables. Il ne faut pas alléguer que les faits de l'histoire s'écoulent dans le temps, et qu'il est de l'essence d'une loi d'être intemporelle. Les lois de la nature aussi s'appliquent à du donné, qui nous apparaît situé dans le temps comme dans l'espace. Il se peut que de certains corps chimiques ne se trouvent en présence qu'une fois en mille années : la loi chimique en vertu de laquelle ces corps se combinent en serat-elle moins générale? Il va de soi qu'elle est en vigueur même dans les intervalles de temps où elle ne trouve pas l'occasion de s'appliquer. Il entre dans la définition de la loi que de certains faits subissent de la part d'autres faits une modification que la loi énonce, mais la loi n'a pas à dire si cette rencontre de faits a lieu en effet, et combien de fois dans le temps. Il ne faut pas alléguer non plus qu'en histoire il n'y a pas d'expérience possible pour s'assurer de la loi. La biolo^e n'est pas en état de faire des expériences; et qui doute qu'elle arrive à saisir des lois? C'est que la nature fait pour elle des expériences en grand que nos laboratoires vainement s'efforceraient de reproduire. De même il se peut que l'évolution des sociétés fouraisse des confirmations aux lois que la science historique dégage. Quand elle les fournirait rarement, ce ne serait pas l'énoncé de la loi qui serait fautif. L'expérience a pour effet de vérifier la loi et ne la constitue pas. SI un « crépuscule des nations » enveloppait demain de ses ténèbres la civilisation caucasique détruite, les Mongols prendraient notre succession. On peut affirmer alors, dit Kurt Breysig que la
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LA PHILOSOPHIE LES SCIENCES SlSTORIQUES 23&-
civilisation mongole évoluerait coname la nôtre'. Cette prévision ne serait pas possible si nous n'avions réussi à dégager les lois de toute civilisation. Ce ne sont pas des lois statiques sans doute, mais des lois d'évolution. Peut-être les conditions sociales sont-elles de nature à amener des répétitions rares de conjonctures pareilles où la persistance des lois apparaîtrait aux yeux. Mais il y a sans doute des étapes que franchissent les civilisations diverses et durant lesquelles pour chaque peuple les conditions se retrouvent pareilles et avec elles les fait constcTnts qui les accompagnent. Un peuple, comme la nation Abyssine qui vient de franchir l'étape de la civilisation primitive pour entrerdans la période de monarchie antique ou médiévale, doit ressembler par divers traits aux monarchies homériques ou mérovingiennes.
S'il en est ainsi, le litige est grave entre les historiens sociologues eux-mêmes, et notamment sur la notion de loi historique. U parait bien que les lots psychologiques auxquelles Lamprecht voudrait s'arrêter sont des lois statiques ; et elles ne peuvent régir que les dernières unités psychologiques atteintes par notre investigation. Or, elles ne seraient véritables alors que si l'histoire des collectivités se confondait avec l'histoire de chacun des individus qui les composent. Aucun postulat ne va plus netteiiient à l'encontre la doctrine même de Lamprecht, qui suppose l'existence d'une âme sociale. Au contraire s'il s'agit de lois d'évolution, comme chez Breysig, on conçoit qu'une histoire sociologique demeure possible. De même que la biologie détermine des lois d'évolution non pour des unités simples, mais pour des unités complexes, cellules, tissus, organismes, espèces, ainsi pourrat-on admettre en histoire qu'il y ait une croissance et une décrépitude des formes dans lesquelles sont moulées les col-