‹ La philosophie allemande au XIXe siècleChapitre 60 sur 63 · II. LE LITIGE 8CR LA NATURE · texte numérisé non relu

II. LE LITIGE 8CR LA NATURE

DE l'évolution historique

I. La marche de la civilisation dans l'histoire descriptive. — Il peut sembler étrange que les historiens descripteurs essaient de construire une courbe de la marche historique, alors que peureux les faits sont rigoureusement individualisés. La tentative de retracer une telle marche ne suppose-t-elle pas que les ffùls suivent une direction nécessaire, quand l'histoire descriptive professe une philosophie du contingent? Comment le hasard et la liberté tisseraient-ils ensemble une trame d'événements joints par une chaîne de nécessité ? Mais il ne faut pas oublier que tous les faits de l'histoire impliquent l'intervention de la volonté humaine, et que toute l'activité passée des hommes laisse des œuvres durables où se discerne aussi le vouloir collectif ou individuel qui en fut l'artisan. Tout ce que l'effort passé des hommes nous a laissé constitue donc un acquis de civilisation pénétré profondément d'intelligence et de sentiment humain. Cet acquis nous détermine, et l'action qui en émane, comme celle des volontés humaines qui y sont insérées à chaque instant, ne peut être qu'elle-même gente. L'unité reconnaissable dans une histoire faite infinité de contingences est ainsi celle d'une finalité, ; construirait incessamment par les efforts de tous et serait constamment les fins de chacun.

Il n'y a donc pas contradiction chez un historien pur, tel qu'Ëduard Meyer, ^ vouloir construire une courbe de l'histoire, tracée par deux forces générales : 1° la tradition qui tend à uniformiser tous les actes et toutes les pensées ; 2* le pouvoir créateur de t individualité, qui tend à modeler le monde selon les besoins de la personne et selon la raison de l'homme. 11 semble à cet historien que le spectacle même des faits f«l qu'il nous les fait comprendre ne permet pas d'autre hypothèse explicative; et l'on admire l'érudition constamment éclairée des aperçus de la plus lumineuse intelligence, par laquelle sont disposés en foule les ai^ments qui font saisir les parallélismes et qui accusent les différences entre les diverses civilisations. Merveilleusement on .voit s'aligner les civilisations qui occupèrent la vallée du Nil et la plaine de l'Euphrate inférieur dès le trentième ou le quarantième siècle avant Jésus-Christ, comme dans une stratification immense de traditioDS. A coup sûr ces traditions bougent, même dans l'apparente immobilité égyptienne. 11 y a progrès de la religion des pyramides à celle du Nouvel Empire, malgré l'analogie des formes rituelles. Mais sur cet échelon de la monarchie antique primitive, l'homme pense et agit comme un échantillon de son espèce. Sa personnalité peut être d'une infinie vigueur. Les pensées nouvelles, aux rares moments où il en a, s'emparent de l'individu plutôt qu'il ne les pense. U les croit divines ; il est magicien, voyant. Le génie est conduit par la tradition alors même que son œuvre tend à la changer '. C'est une grave alternative posée à une civilisation que celle de savoir si elle s'élèvera ou non à l'échelon où s'éveillent les personnalités conscientes.

L'affirmation principale de la Geschickte des Altertttms d'Éduard Meyer, c'est que les civihsations successives

Page 1