‹ La philosophie ancienneChapitre 136 sur 194 · APERÇU DB LA TUËSB HÉGÉLIENNE · texte numérisé non relu

APERÇU DB LA TUËSB HÉGÉLIENNE

i*idée ou de son évolution. A ce titre, elle répond à un côté de la culture intellectuelle (Bildung) à toutes les époques. Elle se produit au déclin de toute civilisation et au début de toute société nouvelle. Elle est à la fois le symptôme d'une décadence et le signe d'un progrés. C'est le moment de la négation opposée à l'affirmation et préparant par la destruction une affirmation plus haute (voy. supra^ 99).

La place que la sophistique doit occuper dans l'histoire de la philosophie ancienne, selon lui, n'est pas moins différente de celle que lui avaient assignée les historiens antérieurs de la philosophie. Ceuxci avaient considéré Socrate comme ayant commencé le mouvement de réflexion, en vertu duquel la pensée abandonne le spectacle des choses extérieures ou de la nature, pour se reporter sur elle-même. Hegel fait remarquer que ce mouvement a commencé non à Socrate, mais avec les sophistes. Ce sont eux qui ont amené ce changement et opéré cette évolution. Sous ce rapport, ils ont inauguré une époque nouvelle, en même temps qu'ils ferment l'ancienne. Seulement la manière dont ils ont résolu le problème philosophique est toute différente de celle de Socrate. Eux n'ont vu que le côté sensible, individuel, subjectif, de la conscience. Socrate y a trouvé l'élément général, essentiel, rationnel, la notion ou Vidée; il en a fait la base de Ja science et de la moralité.

C'est ainsi que Hegel envisage la sophistique dans sa généralité. Et jusqu'ici on ne peut dire qu'il prenne sa défense, ni qu'il cherche à la réhabiliter. Il la réintègre seulement et la met à sa place dans le mouvement général de la civilisation ancienne.

Le rôle particulier qu'il assigne aux sophistes principaux, à Protagaras et à Gorgias, n'est pas moins à noter. Il leur accorde une place beaucoup plus élevée que celle qui leur était attribuée par les historiens. Il ne faut pas voir en eux, selon lui, de simples rhéteurs ou des disciples attardés de Zenon, d'Heraclite ou de Démocrite ; ce ne sont pas des esprits superficiels et légers tels qu'on les représente, mais bien de vrais et profonds penseurs. Ce qu'ils enseignent ou professent est, il est vrai, inférieur à ce qu'enseigne et conçoit Socrate, mais a une haute et légitime valeur, est nécessaire d'ailleurs pour conduire à une vérité plus haute, comme la négation est nécessaire à l'affirmation qui la suit, qu'elle suscite et qui l'absorbe {aufhebt). Elle-même 8*y retrouve ; aussi leur scepticisme est sérieux ; il ne peut être réfuté par les arguments dont on se sert habituellement à leur égard. Leur argumentation, que l'on croit subtile et fausse, est solide et irréfutable au point de vue de la logique ordinaire.

Telle est la manière générale dont Hegel envisage et caractérise la

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sophistique et juge les sophistes ; telle est, sous le rapport théorique ou spéculatifs la place qu*il leur assigne dans l'histoire.

Quant au côté pratique ou moral, celui de leur enseipement, du caractère de ces hommes et de leur honorabilité, il en parle très peu, et, il faut Tavouer, dans le peu qu'il en dit, sa pensée est loin d*ètre claire. On voit bien qu'il cherche à les réhabiliter ou au moins à atténuer le mauvais effet qu'ont produit leurs doctrines; mais il ne prétend pas tout à fait, comme on Ta pensé, les excuser et les justifier. Les défauts même qui leur ont été reprochés, il l'avoue, sont réels ; mais sa tendance est de les reporter plutôt sur l'époque à laquelle ils appartiennent, de les décharger eux-mômes comme ipdividus. Les services qu'ils ont rendus, d'ailleurs, doivent faire oublier ces défauts. Les sophistes étaient des hommes habiles et très instruits, des esprits très cultivés {gebildete), dégagés de préjugés ; ils étaient, comme on dirait aujourd'hui, de libres penseurs. Us (mi rompu en visière avec le dogmatisme des vieilles écoles et les traditions surannées du sens commun. Ils ont introduit une culture nouvelle fort supérieure à l'ancienne. On verra plus loin ce qu'il faut penser de cette justification.

Après avoir exposé la thèse hégéliame dans sa généralité, nous devons la reprendre plus en détail, la suivre et la discuter dans les points principaux, apprécier les raisons sur laquelle elle s'appuie, afin de mettre à même de la bien juger.

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