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ET LA. CRITIQUE MODERNE

Certes, nous sommes loin de méeoimaitre les mérites supérieurs de la critique moderne. L'histoire de la philosophie eu particulier, aussi bien que l'histoire en général, lui doit, comme science, presque smi existence. Grâce à elle, du moins, elle a fait des progrés considérables qu'il serait absurde de nier. Une érudition plus savante et plus circonspecte, attentive à démêler la vérité des sources et à peser la valeur des témoignages, etc.. Ta rendue capable de mieux asseoir ses jugements. Son coup d'oeil s'est agrandi, élevé, affermi. Aussi, bien des erreurs ont été corrigées; bien des opinions étroites ou hasardées ont été abandonnées. La lumière s'est faite sur une foule de points obscurs, inconnus <iu incertains. Les recherches de détail et les travaux particuliers se sont multipliés et accumulés, au point quelquefois de nous emberrasser. Us ont fommi des matériaux pour une appréciation nouvelle plus saine et plus impartiale des doctrines et de leurs auteurs. D en ^ résulté de grands changements dans la aranière, en particulier, de juger les anciens philosophes, leur génie, leur rôle, la valeur et l'influence de leurs systèmes. Quelques-uns, trop exaltés, ont perdu, à nos yeux, de leur importance ou de leur prestige. D'autres, trop rabaissés, ont grandi ou se sont relevés. Ce qui avait été jugé trop sévèremait ou d'une façon étroite Ta été avec plus de justice et d'impartialité, ou môme a pu mériter l'éloge et être admiré.

En doit-il être ainsi de la sophistique et des sophistes grecs? C'esl ce qu'un examen nouveau, attentif et approfondi, permettra de décider. Mais nous répéterons ce qui a été dit ailleurs (p. 97) : un préjugé de plus de deux mille ans, quand il a pour lui d'être l'opinion arrêtée, nettement formulée et sérieusement motivée de Platon, d'Aristote et avec eux des écrivons les plus éclairés et les plus sages de l'avtiquité, nous parait difficile à réformer tout entier. Y voir aujooffd'hui, comme on l'a dit et répété (Grote, Lewes), une erreur complète, nous semble sinon paradoxal, au moins très hardi. U faut des raisons bien fortes pour que l'opinion contraire s'établisse et prenne sa place, n y a surtout à se défier de l'esprit de système, mtéresaé phis qu'on ne crût dans cette question, en apparence si peu pitopre à neos passionner, des sophistes anciens. Mais, de plus, ai nous rencoatrcMis, dans la manière dont les deux écoles soutiennent leur opinion et dans les raisons qu'elles font valoir, des contradictions nombreuses et manifeiites sur les points les plus importants où eUes devraient être d'accord, la défiance devra être plus grande encore. Contradiction, dit Pascal (Pensées)^ est une mauvaise marque de vérité. Or il sera facile de vdr, par l'exposé qui va cuivre, jusqu'à quel point est poussée cette

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conlradiclioD, combien aussi Tesprit systématique est entré dans cette appréciation nouvelle de la sophistique grecque et cette revendication tardive en faveur des sophistes.

LA THÈSE HÉGÉLIENNE SUR LA SOPmSTIQUE ET LES SOPHISTES. I. — Aperça génértil do la tbèso héaréllonno.

Hegel, avons-nous dit, est le premier qui ait entrepris de réformer le jugement porté, par les anciens et par les historiens plus ou moins rapprochés de nous, sur la sophistique et les sophistes. D'abord, la sophistique avait jusque-là occupé peu de place dans l'histoire de la philosophie. Elle y avait été traitée comme un accident, une sorte d'anomalie dans la suite des écoles et des systèmes. Elle apparaissait comme une ombre dans le tableau, ou un épisode sans importance dans le drame varié de la pensée humaine. Les sophistes figuraient sur la scène comme les adversaires de Socrate, que le sage Athénien avait combattus et confondus, qui avaient été aussi, disait-on, pour beaucoup dans son procès et dans les accusations intentées contre lui. Us étaient représentés ainsi plutôt à cause de lui que pour eux-mêmes; ils avaient un rôle effacé ou tout à fait secondaire. C'est ainsi, du moins, qu'ils sont considérés par les historiens de la philosophie, tels que Brucker, Stanley, Tiedemann, etc. Il en est de la sophistique, dans cette histoire, comme du mensonge placé à côté de la vérité par contraste et pour la faire ressortir ; il est parlé des sophistes uniquement pour les flétrir, inspirer Taversion et le mépris.

C'est tout autrement que Hegel envisage la sophistique et les sophistes. Et Ton ne peut nier la valeur de ses vues sous le rapport historique, quelque éloigné que l'on soit de partager ses conceptions théoriques appropriées à son système dans cette appréciation.

L'apparition des sophistes dans le monde ancien, en particulier dans la philosophie grecque, est, à ses yeux, un événement de la plus haute importance. Ce n'est pas un fait accidentel, une sorte d'excroissance due à la lutte des systèmes au milieu du conflit des écoles rivales. La sophistique est une forme nécessaire du développement de la pensée humaine dans le mouvement général de la civilisation antique. Elle marque une date nouvelle, en particulier, dans la culture de l'esprit grec. Conformément à sa méthode et à son système, la sophistique représente un procédé spécial de l'esprit humain, et, pour parler sa langue, un terme du procesius dialectique de

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