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T. XIV, Gesch, âer P

LA THËSB HÉGÉLIENNS DBS SOPHISTES 2S&

Or la sophistique, on Vh dit, est on des moments essentiels du développement dialectique de Tidée, un des termes de ceproces$u$. G*est à ce titre, à l'article de Vessence (Wesen) et des prine^>es^ (Grunden), qu'une place lui est assignée dans cette partie du système ^ Voici comment elle est désignée et caractérisée {Logik, 245).

Hegel admet une forme de raisonaemrat par principes {raisonnirin aus Grunden) y laquelle est, selon lui, particulière à la sophis^ tique. Celle-ci représente cette façon de raisonner, et c'est ainsi qu'elle fait son apparition dans le monde grec.

Mais il faut bien comprendre le sens attaché ici à ce mot principes^ [Grunden), Il faut aussi voir en quoi consiste cette forme partîcuU^ de raisonnement que Hegel attribue aux sophistes, dont il fait le caractère propre ou distinctif de la sophistique.

Les principes (Grunden), dit Hegel, à ce degré de la pensée, c'està-dire à l'état immédiat, primitif, non médiatisé ou non concilié^ ce sont des maximes générales empruntées à la croyance vulgaire ou à la raison commune, à la saine raison^ comme elle s'appelle eUennéme (&esundemenschenverstand). L'autorité, la tradition, la coutume, ies^ mcBurs, la religion populaire, une aperception immédiate des dioses, ou une intuition spontanée de la conscience fournissent ces maximes. Elles deviennent les raisons suffisantes (Grunden) ou les principes sur lesquels s'appuie le raisonnement ordinaire. Au sens comnum elles dictent ses jugements. Or, c'est précisément l'office d'usé logique supérieure, née de la réflexion, de montrer l'étroitesse et l'inconsistance de ces prétendus principes. Elle doit faire passer l'esprit de cette forme naïve, immédiate, non comprise et non examinée (unbegrifTenen und unbewiegenen), à une forme plus haute où ellemême sera absorbée, comprise et conciliée.

Dans la vie ordinaire, et môme dans les sciences positives, on use habituellement de cette façon de raisonner; mais cela ne satisfait pas l'esprit, parce que le principe n'a en lui-même aucun contenu (Inhalt) solide et fixe. De plus, le principe, à ce moment, et sous cette forme, n'es! ni simple ni identique à lui-même. 11 renferme une contradiction qui se révèle dans les applications. Il peut arriver ainsi que, pour le même objet, un même principe ayant des faces différentes ou opposées

1. Bans la partie de sa logiqae consacrée à la théorie de V Essence (Das Wesen], t IV, Erteyclop,, p. 243, Hegel distingue phisienrs formes on degrés dn principe (Grand), il y a : 1« le principe absolu (der abftolnte Grand) ; 2* le principe dè^ terminé (der bestimente Grand) ; Z^ le principe parfait (der VoUstAndige Grand). Il est inatile, ponr notre bat, de donner ici cette théorie, qni joae nn grand rôle dans la logique hégélienne.

serve à établir le pour et le contre. Considère-l-on, par exemple, le vol, on peut y trouver différents côtés. La violation delà propriété sera bien le principal ; mais si le voleur était dans le besoin et qu'il n*eût pas d'autre moyen de conserver sa vie, ce lui sera, au moins, une excuse que fera valoir avec raison son défenseur. Si, de plus, celui qui a été volé faisait un mauvais usage de sa fortune, ou s'il Ta mal acquise, cette considération viendra s'ajouter à la précédente. Que la violation de la propriété reste le côté décisif, cela doit être; mais cette décision ne réside pas dans le principe, dans la loi de la pensée qui le constitue {Atkin in Denkengesetz von Grunde hegt dièse Fntschie" dung nicht). On parle de principes suffisapts, a de raison suffisante i. Aucun principe par lui-môme n'est suffisant pour décider sur un cas particulier. Le principe n'a pas en soi de contenu déterminé ; il n'a pas de mesure fixe. Vidée (Begriff) a bien plus cette vertu, et c'est là ce que Leibnitz appelle la raison suffisante, c On ne rend pas justice a Leibnitz, dit Hegel, quand on croit qu'il s'est contenté d'une aussi étroite manière de raisonner. Leibnitz oppose au principe des causes efficientes celui des causes finales, qui contient et représente Vidée. U ne faut pas s'en tenir aux premières, mais aUer jusqu'aux secondes »

{ibid.y

Cette distinction une fois établie, Hegel fait remarquer que ce mode de raisonner par ou selon les principes (Raisonniren aus Grunden) est précisément ce qui caractérise la sophistique. Il ne dit pas que ce soit le meilleur; au contraire, il le déclare inférieur à un autre; c'est ce qui a obligé de franchir ce degré pour arriver à Socrate; car c'est ici le mode le plus élevé, le raisonnement par Yidée (Begriff), lequel est propre à l'esprit (Geist) et est la vraie mesure. — Qu'on nous pardonne de nous arrêter sur ce point de métaphysique abstraite ; mais on ne comprendrait pas la thèse hégélienne, si l'on n'entrait dans l'esprit du système et si Ton n'employait ses formules. Les mots sont significatifs; on nous permettra de citer encore ici textuellement :

€ On peut remarquer que précisément le fait de s'arrêter aux simples principes {Stehenbleiben bei blossen Grunden)^ spécialement dans le domaine du droit et de la morale, est en général le point de vue (Standpunct) et le principe même de la sophistique. Quand on parle de la sophistique, on a coutume d'entendre par là une manière d'envisager les choses, où il s'agit de pervertû* le vrai et le bien, en général de représenter les objets sous un faux jour. Cependant, cette tendance ne réside pas immédiatement dans la sophistique. Son point de Mie d'abord n'est autre que celui du raisouDement » {ah der des Raisonnement) [Ibid., 248].

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< Les sophistes ont apparu chez les Grecs à une époque où, dans le domaine religieux et moral, la simple autorité et la coutume ne suffisaient plus. Le besoin se faisait sentir de prendre conscience de ce qui en était le contenu et la légitimité, comme d'un contenu médiatisé par la pensée (als eines durch Denken vermittelntes Inkalts). A ce besoin ont répondu les sophistes. Ils donnèrent Tinstruction nécessaire pour rechercher les différents points de vue sous lesquels les choses peuvent se considérer. Ces points de vue différents ne sont autres précisément que des principes *.

Seulement, comme, ainsi qu'il a été remarqué, le principe n'a pas en lui-même la mesure qui doit servir à l'appliquer, et que, pour l'immoralité et l'injustice, on ne trouve pas moins de principes que pour le bien et la justice, alors c'est le sujet, l'individu, qui décide selon sa manière de voir individuelle, et ses opinions, selon qu'il est plus ou moins habile à les faire triompher. Dès lors, tout chancelle ; le terrain est miné, il n'y a plus rien d'absolu. Et c'est ce côté négatif de la sophistique qui lui a valu sa mauvaise renommée.

Cette mauvaise renommée^ Hegel, remarquez-le, ne dit pas qu'elle soit mal acquise. Il constate le fait, sauf ailleurs à l'expliquer et en l'expliquant à atténuer Timpression fâcheuse sinon à la détruire et à l'effacer; et il continue :

c Socrate, on le sait, a partout combattu les sophistes. Ce n'est pas toutefois qu'il opposât à leurs raisonnements simplement l'autorité et la coutume ; car lui-môme montrait dialectiquement l'inconsistance de semblables principes qui sont de simples préjugés. Au contraire, il a fait valoir le droit et le bien en général, Yuniversel, Vidée comme règle de la volonté (das allgemeine oder Begriff des Willens, 249). Lorsqu'aujourd'hui on traite non seulement des choses temporelles, mais aussi des choses spirituelles, comme dans les sermons des prédicateurs, on emploie ce genre de raisonnements. On fait valoir de préférence tous les motifs de reconnaissance envers Dieu, etc. Socrate et Platon n'hésiteraient pas à adhérer en cela à la sophistique, parce que, dans tout cela, il ne s'agit pas du fond (Inhalts) ou de la vérité du dogme, mais de ce qui peut servir à tout défendre comme à tout attaquer; c'est en général ce qui caractérise la controverse.

Dans notre temps riche en disputes, il ne faut pas aller loin pour trouver des-gens qui excellent à trouver des raisons pour toute espèce de causes, même les plus mauvaises et les plus perverses. Tout ce qui

i. Welche verschiedeoe Gesichtspuncte daim xnnach eben nicht anderes aïs Grande suïA{Ihid.).

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daa» le monde est oorrompa. Ta été eu non des bons principes. Esl-on nfppeié a«x principes, on se sent d'abord disposé à reculer ; miÎB » l'on est tant soit pea expërimenlé sur k manière dont tout cela se prntîqne, on fait la sonrde oreille et on ne se laisse phis imposer. » (Ibid.)

APPRÉCUTlOIf H CBTTS nOCTMIfK; SOI! CJUUGTàRB. — NotlS êTOU

exposé in exienso, à dessein, la manière dont Hegel s'y prend pour réhabiUter la sophistique, si toutefois cela peut s'appeler une rébmbilitation. On voit sur quel point roule sa thèse et ce qni en est le caractère. Elle est ingénieuse sans doute, biea qne subtile; mais, il fant le dire, elle est aussi fort équivoque. Pour en montrer l'err^aff mêlée à h vérité, il faudrait se placer sur le terrain de la Jogiqiie ou de la métaphysique hégélienne, ce qui nous mènerait loin. D sûffil de fmre remarquer une seule chose, c'est que dans cette explkatioQ nott* velie, le point capital, ce qui constitue Vessenee même ou Vidée de la sophistique, est éludé. A sa place, s'établit une thé<me qui peut avoir sa vérité, mais accessoire, qui laisse dans l'ony^re et fait méconnaitre le c6té principal essentiel et constitutif. On nous permettra de le réintégrer.

1^ La définition que donne Hegel ée la sophistique^ disons-nous» n'a aucune valeur en dehors de son s]rstème, mais, de plae^ elle est fausse ou inexacte.

L'art de raisonner par principes est-il le caractère essentiel^ pce^ et distinctif de la sophistique et des sophistes? Gda est û peu vrai que l'opposé précisément peut être pris comme ce qui les caractérise et las distingue, savoir l'indiflérenee aux {principes : je dis à toute espèce de principes, médiats ou immédiats, médiatisés ou non conciliés et eianiinés, pour me servir de cette langue. Ce qui, pour toul le moMte^ et dans la langue humaine, fait qu'un sophiste est sophiste, c'est qu'il n'a pas de principes ; et la raison en est simple, c'est qu'il ne croit pas à la vérité. U admet, si l'on veut des principes^ mab hypotbétiqueoMnl, sans y croire, uniquement comme moyens, instnnnents ou leviers dans fopération à laquelle il se livre et dont k but unique est de faire pvé> valoir son opinion ($^«v mpomuu^&tv). Pour lui, le premi«^ des prin* cipes, le principe de contradictHMi ki-mème, oamme Aristote l'a prouvé dans sa Métaphysique (liv* IV, di. iv), n'exista pas ou peut être contesté.

Eu réalité, à ses yeux, toutes ks raisons son! égales. L'art du an* pbiste, ^est de prouver égaleneot k pour et k contre ; il est ènà»foài irepC TidEvTCDv, comme dit Platon {Le Sophiste; cf. Diog. Laerce).Le sophiste est un raisonneur exercé et subtil, un disputeur adroit, qui sait se servir habilement de l'apparence du vrai pour faire croire à d'à

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^i Ifiur persuader ce qu*il veui ^ . Certes^ pour rnsonnep, il faut bieiL<fa'îl se serve de principes. Ces principes, il les prend partout; il le» eaipruute à la croyance commune, à la tradition^ à rautorilé, et^. ^Èei», ii ne leur accorde de valeur qu*en tant qu'ils sont propres à faipe triompher son opinion. Pour cela, il emploie tous les actifiees, toi» les faux semblants^ et toutes les séductions de son art capables de f)iire illusion. Aussi Platon a très bien défini la sophistique Tart de tromper par de fausses apparences, de faire des prestiges, etc. , Part de séduire les ^prits par de faux raisonnements où. l'apparence de la vérité prend la place de la \céffitë {Sopk. , 268) . — Aristote parle de même, et sa défini* tîon est identique {Soph. Elenck, , L» et Met, , IV). Celle de Xénophoa : x}k ^euSoç dXY)ôé; icouTv^ n'en diffère pas. Oià la trouverait semblable partout ailleurs chez tous les auteurs.

La définition donnée par Hegel est pavement nominale et appropriée à son système. Changetrelle rien à Tidée que, de> tout temps, Tesprit humain et avec lui tous les vrais philosophes se sont faite de la sophis^ lique et d£s sophistes? Non^ sans doute. Hegel donne au mot principe {Grund) une signification spéciale équivoque et «d»ilraire, à laquelle se prête 1a langue aUemande et nullemeni Ia> nôtre. Il prétend ensuite que le principe (raison, base^ maxime, motif), comme il l'entend, ne peuiseirvir de mesure fixe dans l'application qui s'en fait aux discussiotts ocdinaireSy qu'avec de tels principes on peuit soutenir le pour et le QOflbtre d'une manière vTaisemblable. On ne saurait y contredire ; mais, si cela est vrai de la sophistique et de toute controverse où< elle apparail, est-ce vrai absolument? Non, car, s'il en est ainsi du raisonnement ordinaire et de ses principes, eroii-OD que le raisomiement par Vidée, cette forme supérieure et qui, ditron, possède 1& mesuM, lui-même y à6bappe?-Lui aussi &'est-il pas à la merci des raisonnements subtils et spiteieux, où les principes de Tordre métaphysique aussi bien fne logique om auties» sont attaqués, eoniestés^ discutés, sane cesse niée et lemis ea quAstion? Si l'on en doute^ ii n'y a opt'à consulter tes hè^ géliens euiL-mâmes. Dans leurs quereller de famille ou d'école, Us ne s'épai;gnenit pas. Qu'esUe donc quafti ils rencottlrent, ohêz quel^fue dissident peu eemsiode, un tel genre de raisennement^ qui leur parait plas. spécieux que solide? fls ne se font pas faute de le qun^ lifier de sopÛeme. Eux-ofeftmes, se jettent souvent à h tète des mets coMMâ ceux-ci : Sop/mm, Sopbù^eiy Sûpiistik. Quel sens y aCUn

1. àvn^OYixbv aùrov ï<fa\u>t slvoti (Plat, Soph», 232, B). — wjxoi icpbç ântp tpmkiyw(n (ibid,^ 233y. — - £vavTt<mo«oXoYtxT|ç (^5itf., 268, B; Cf. Arist, ÈÊêti, Pi, 4 et soiv»}.

chent-ils? On les ramasserait à pleines mains dans leurs écrits, où la polémique joue un si grand rôle. Que serait-ce si c'était à leurs adversaires qu'ils avaient affaire^ je ne dis pas à un Schopenhauer, mais à d'autres même des plus polis? On verrait tout ce qui a été dit et en quelle langue en Allemagne, dans la grande bataille des systèmes.

2* La sophistique, nous dit Hegel, est le premier degré de la réflexion, la raison cultivée {gebildete Ver stand) opposée au savoir naïf et borné, à la raison commune {gemeine Meixschen Verstand).

Sur ce point, il y aurait aussi beaucoup à dire et au moins des réserves à faire. Hegel, comme philosophe, comme métaphysicien surtout, professe partout un grand mépris pour ce qu'il appelle le sens commun ou la saine raison humaine ^ Il ne lui ménage pas les expressions les plus dures. Pourquoi? et d'où vient ce mépris?

C'est que le simple bon sens, nous dit Hegel, se laisse enfermer dans des formules étroites ; il a ses maximes fixes, avec lesquelles il juge toute chose ; il s'y attache et les suit avec obstmation : c Pédants qui perdent les autres et se perdent eux-mêmes, i L'esprit cultivé s'élève au-dessus de ces maximes et de ces préjugés ; il aperçoit les faces diverses des choses et ne se laisse point embarrasser par les contradictions, qu'il sait résoudre à son avantage. La sophistique représente cet esprit plus large, élevé, libéral. Elle engendre deux arts nouveaux, la rhétorique et h politique; c'est l'esprit de V homme cTEtat^ de V homme d'affaires et du politique, Vavocat surtout sait faire ressortir le côté vrai d'une cause et la rendre vraisemblable, etc. » {Ibid,) Ce côté de la thèse hégélienne a séduit beaucoup de bons esprits, même très honnêtes et très distingués. Elle mériterait d'être ici sévèrement discutée.

D'abord, il nous semble que c'est, même pour un philosophe, par trop mépriser le sens commun^ dont ailleurs on est forcé de reconnaître les droits '. Celui-ci, la saine raison, comme elle est qualifiée par ironie, c'est encore la raison humaine. Quoique non développée, naïve et bornée, sujette à l'erreur et aux préjugés comme l'est toute raison humaine (n'étant pas divine), c'est toujours néanmoins la raison. Gomme telle, elle n'est pas tout à fait incapable de voir et de saisir la vérité au moins d'une manière générale, comme on le dit tirés bien ailleurs {PhiL des RechtSy § 317). Sans quoi, je le demande, où va l'hypothèse contraire, celle de la séparation absolue des deux raisons f A rien moins qu'à fonder un scepticisme irréfutable et qui ferme la

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