LA SOPHISTIQUE DANS PLATON
c Nous avons reconnu que le sophiste n'a qu'en apparence une science universelle, mais qu'il ne la possède pas réellement. Paraître et sembler être^ Tart de faire des simulacres, i etc. (voy. supra, 98).
La vraie définition donnée, Platon rassemble et réunit toutes les définitions antérieures; il en forme, comme il dit, une chaîne (<Tuy$i{p7)<T0fxfv, etc., 268, B.), une syndérèse.
IV. Les autres définitions extérieures et comparaisons. — Quant à ces définitions antérieures ou extérieures, il est inutile de les reproduire. Là sont, je l'ai dit, énumérés tous les défauts de la sophistique et des sophistes. Ce sont surtout des comparaisons et des analogies, toutes très réelles comme sait les choisir le poète philosophe. Le sophiste est xm pêcheur à la ligne; c'est un rusé chasseur, un trafic quant des choses de l'âme, un commerçant, c'est aussi un disputeur, un lutteur habile, c'est même un purificateur^ un médecin, s'il se borne à réfuter, à préparer le remède; ce serait alors une sophistique de noble race. Platon donne jusqu'à six de ces définitions où sont passés en revue les attributs de la sophistique au point de vue pratique et théorique, à la fois comme art et comme savoir.
La suivante en donne Pidée à peu prés complète : < La sophistique est un trafic de la science et de la vertu, l'art d'acquérir, d'échanger, de trafiquer des choses de l'âme et des connaissances qui s'y rapportent. C'est aussi l'art de disputer, la lutte qui se fait par les discours. »
Telle est l'idée de la sophistique et du sophiste dans Platon.
V. Application de cette idée a toutes les formes de la sopmstique. — Si, à la lumière de cette définition, on passe en revue les autres dialogues où est représentée la sophistique et où sont mis en scène les sophistes, on reconnaîtra cette même idée sous des faces diverses. La définition sera toujours la même, qu'il s'agisse de métaphysique, de logique, de morale, de politique, de la question religieuse, esthétique ou de la rhétorique, etc. Elle fournit le dernier mol, la formule exacte et définitive. Toujours Yapparence de Vêtre mise à la place de Yêtre, le simulant, faisant illusion et servant à tromper. C'est le relatif, le sensible, la copie ou la forme vide.
Egalement comme caractéristique nécessaire s'ajoute Vintention (:ipoatpcciç), dans celui qui de cette sagesse apparente se fait un moyen pour un but égoïste, de gain, d'ambition, de vanité, qui se montre ainsi dans sa conduite personnelle. Là sont tous les défauts reprochés aux sophistes et qui sont les corollaires pratiques du principe.
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YI. Appucation PMNCIPAI4E ▲ Li MORALE BT A l'éducation. — Nous ne ferons pas oet examen, mais nous insisterons sur le cAté morale parée qu'aux yeux de Platon et de tous les vrais Socratiques, comme de Socrate lui-même, c'est le principal. Et, puisqu'on parie de haine ou d'hostilité^ c'est lui, en effet, qui est la raison première, qui donne le secret de toule cette polémique, la plus grande lutte inteUectudle, comme elle a été fort bien nommée S qui se soit engagée dans le monde aicien sur le larrain de la philosophie. Et c'est rabaisser le débat, comme on l'a ajouté, que de le placer ailleurs, de lui attribuer comme causes véritables des causes secondaires telles que le fait exlèiiour d'avoir enseigné pour de l'argent, de voyager de ^e en ville, ou tout autre caractire de renseignement des sophistes.
Alors, comme aujourd'hui, vingt-deux siècles plus tard, c'est toujours le point cajûtaL Et le terrain n'est pas changé : Vééaeaiùm de la jetmesse^ d'où dépend l'avenir des sociétés, le sort des générations futures.
Or, pour Pkton comme pour Socrate, comme pour tous les vrais spiritualistes, c'est du sort des âmes, du prix, de la valeur des âmes qu'avant tout il s'agit Aux yeux de tous ces grands moralistes, l'idée du bien est l'idée par excellence (voy. p. 129). Le grand danger (fit^yaç 6 x(v5uvoç, Protag. 314), c'est celui de fausser les esprits, de pervertir et de corrompre les âmes. Ce savoir superficiel et vain qui s'échange et se communique pour de l'argent, ce n'est pas un commerce ou un trafic comme un autre. On aura beau dire aujourd'hui qu'ils se sont trop scandalisés du fait de se faire payer; c'est transformer le plus grave des intérêts en une question de salaire. Qu'on dise encore que l'éducation donnée par les sophistes n'avait rien d'immoral, c'est autre chose; qu'elle satisfaisait à des besoins nouveaux, soit. Encore est-il que ceux-là ont bi^ vu et qu'il n'y a pas à le leur reprocher.
Nous n'y reviendrons pas, mais, sous ce rapport, le préambule du Protagoras est des plus significatifs. Nous y renvoyons ^.
1. V07. V. Cousin, Vœrq%mmi éa Protagorûi et Hùt. gén, de la PkiL, 7» leçon.