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doit, malgré sa profondeur et retendue de ses conceptions, offrir une plus grande naïveté et un degré moindre de réflexion. C'est la loi même de la pensée. S11 est permis d'adopter le langage technique aujourd'hui consacré, elle offre moins de sul^ecHvité et une plus grande ohjeciitiU, De même, elle doit se montrer inférieure en rigueur et en précision. Elle usera aussi avec moins de modération et de réserve des procédés à priori^ et la dialectique y occupera une place plus grande. La base expérimentale que peuvent fournir seules les sciences positives étant beaucoup moins large, rhypotbèse y aura le champ plus libre. Ses allures seront aussi plus dogmatiques. Le sens critique, sans être absent, s'y révélera moins et moins sûrement; son rôle sera plus restreint. La synthèse y aura souvent le pas sur l'analyse. Enfin une foule de problèmes, qui ne pouvaient naître que plus tard à la suite de longues recherches en tous sens ou suscitées par le progrès des temps, ne seront pas même soupçonnés.
L'esprit grec n'a pas moins parcouru^ dans son ensemble, le vaste champ de la pensée, et fait « en peu d'olympiades, comme dit Jean Paul, le tour du monde intellectuel.» (Vorsch. der ^sthetih.) n a abordé tous les grands problèmes avec une entière confiance et une parfaite indépendance. La nature, l'homme et Dieu, le monde physique et le monde moral, dans leurs grandes lignes, ont été le sujet de ses méditations et de ses recherches.
Quant à la méthode^ elle a fait sans doute un usage plus grand de la dialectique et du raisonnement que de l'observation et de l'expérience; mais il ne faudrait pas pousser jusqu'à Topposition cette différence. L'observation, une observation pleine de sagacité, de justesse et de profondeur, s'y fait remarquer et admirer. En ce qui touche surtout aux faits de Tordre moral, qui exigent moins d'intermédiaires et un art expérimental moins savant et moins compliqué, art étranger à cette époque, on trouve chez elle des trésors d'une richesse inépuisable, des travaux et des découvertes qui n'ont pas été surpassés. Mais tout ceci sera plus évident quand nous aurons traité tous les points principaux de cette histoire.
ni. Division. — Ses époques principales. — Toute division d'un tout organique est artificielle. A plus forte raison en est-il ainsi du développement de la pensée humaine. La philosophie grecque n'en offre pas moins, dans l'étendue de son histoire, une suite de moments distincts qui peuvent servir à déterminer, avec une certaine préoision, ses époques principales. On reconnaît ordi-
nairement trow époques ou périodes générées. La première, d'environ denx siècles, commence à Thaïes, 600 ans environ avant Jésirs- €brisl, et s'élend j^isqu'à Socrale (400 av. J.-C). Cest la période antésocratique. La deuxième, qui commence à Socrale, embrasse tout le développement de la philosophie grecque jusqu'à l'École d'Alexandrie. La philosophie romaine s'y rattache, comme reproduisant ses doclrines. La troisième, telle du néoplatonisme nlexandrin^ commence vers le deuxième siècle de l'ère chrétienne ; elle finit au sixième siècle. Le décret de Juslinien (526 ap. J.-C.)» qui ferme les écoles grecques, en marque h terme d*one date précise. La philosophie des Pères 4e (Église, bien que *fi- (incte, se relie par ses côtés les plus élevés an néoplatonisnr»e (saint Clément d'Alexandrie, saint Justin, saint Augustin, etc.). — Tel est le cercie entier de la philosophie grecque ou païenne; son développement ne comprend pas moins d'une période de près de doroe cents ans.
Cette division, la plws ordinaire, peut-elle se justifier? Nous essayerons de le montrer, en faisant ressortir les caractères de ces tmis époques.
Si Ton se borne aux côtés extérieurs, la première n'est qu'un prélude et un essai, bien qu'original. La seconde offre un développement plus profond et plus vaste : elle voit éclore tous tes grands systèmes. Socrale, Platon et Aristote sont les trois grandes fipres qui occupent la scène. La troisième, empreinte de mysttcisine, offre une tentative de conciliation de tons les systèmes réunis dans leur lutte suprême contre le chricftianîsme naissant. On peut voir aussi dans ces trois époques une analogie avec les phases de la vie humaine, la jeunesse, l'âge vini et ki vieillesse; ta naissance et l'accroissement, l'apogée et* le déclin de la philosophie grecqoe (voy. Tennemann); mais celte vue tout extérieure ne peut suffire; il faut recourir à des caractères plus réels et pins profonds.
!'• ÉPOQUE. — Sans être trop systématique, mais en s*attadiant an mouvement de In pensée, il est aisé de reconnaître que, dans la première époque, Tesprit se porte au dehors et s'absorbe dans la considération du monde extérieur. Ioniens, Pythagoriciens, Eléates^ nouveaux Ioniens et Atomistes, Hértdite et Démocrite, Anaxagore, tous s'occupent dn inonde physique, de «a formation et de ses lois. C'est une philosophie ée la nature. L*honi«ie y a peu de place, ou y est compris lui-même. Les Sophistes viennent ensuite, qni attaquent tous ces systènnes et menacent de détruire la science elle -même; mais ils fiorcent l'esprit à se replier sur ini-méme et
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à rechercher les basée du savoir humain. Avec eui, iKNi-seuIement est né Tesprit critique, mais un uKravemeat eu sens inverse se produit, mouvement de la réfleiion. Celle-ci, frivole et légère, n'atteint qu'à la surùu^ de la conscience^ et elle met tou4 en péril, la science avec la morale.
Le scepticisoie des sophistes clôt la première période et ouvre la seconde.
2" ÉPOQUE. ^ Socrate en réalité commence cette ère nouvelle. Il fonde la science sur sa vraie base, la raison et ses vérités éternelles. Sur cette base s'élèvent les grands systèmes, ceux de Platon et d'Âristote, où la pensée grecque arrive i son apogée. La conception socratique, comme on le voit, se continue et s'achève avec eux. Elle en est le germe fécond et la substance intime. Après eux, la philosophie, il est vrai, décline; la décaideftce est manifestie. La pensée grecque abandonne les hauteurs de la spéculation pour se renfermer dans la pratique et les recherches morales.
Mais le mouvement antérisur est loin de s'être arrêté; il se con* tinue. Le stoïcisme, l'épicuréisme, la nouvelle Académie et le pyrrhonisme, tout en abordant les questions par le côté pratique, n'en sont pas moins animés et pénétrés de Tesprit des grandes doctrines que Socrate a^it suscitées, La philosophie d'ailleurs n'a pas achevé son rôle. E^le regagne en étendue ce «qu'elle a perdu en profondeur ; elle acquiert une puissance qu'elle n*avait jamais eue. Ses docirines se propagent dans le monde ancien et y remplacent la religion dans les classes éclairées. Néanmoins le scepti» cisme triomphe, il atteint et mine le dogmatisme de ces écoles. La pensée philosophique va s'éteindre, si elle ne se rallume d'one autre façon à un autre foyer.
Pour cela, il faut que de nonveanx éléments s'ajoutent aux anciens et qu'une nouvelle lumière lui vienne d*ailleurs. Ainsi s'achève la seconde période, ^ui se prolonge dans le okonAe romain jusqu'aux premiers sièdes de Tère chrétienne.
3« ÉPOQUE. — La troisième époque, moins facile à caractériser, toutefois apparaît distinct» des deux autres. D*abord, i Textérienr, comme on Ta fait remarquer (voy. Cousin), le centre géographique se déplace. Au déiMU, il n'existe pas; la pbibsophte est aux deux exUrémités : Tlonie et l'Italie. Dans k seconde époque, ce centre Eut Athènes; maintenant, c'est AkRandcie, ia ville d'Alexandre. Là, au contact de TOrieni, l'esprit grec se renouvelle ; il s'empreint d'abord d'un caractère religieux et mfstiqne. Les vieilles religions reparaissent. Une religion plus jeune s'annonce comme
devant fonder une civilisation nouvelle et remplacer la philosophie païenne.Se sentant menacée, celle-ci recueille ses forces et tenteun dernier effort. Elle cherche à se rajeunir. Pour cela, elle retourne à son berceau et interroge son passé. Elle agrandit aussi son cercle; embrassant un champ plus vaste que le sien, elle mêle à ses conceptions propres d'autres, émanées d'une source différente, révélées ou inspirées.
Le moment était favorable. Le monde grec et le monde oriental, que les conquêtes d'Alexandre avaient ouverts à la science, font une étroite alliance. Sur ce nouveau théâtre, les systèmes et les religions se mêlent et se confondent. La philosophie grecque risque, il est vrai, d'y perdre son originalité. Il n'en est rien. Elle reste grecque, lout en changeant de forme et d'allure. Elle conserve son passé, mais en y joignant quelque chose de plus et en le renouvelant. Quelle est cette nouvelle direction que va prendre la pensée? Elle est multiple; mais, au milieu des éléments divers, il en est qui dominent, la caractérisent nettement et la distinguent : l"" Elle débute par la critique et l'érudition; puis elle aborde bientôt les problèmes de la spéculation la plus haute. Le problème religieux, jusque-là non négligé, mais effacé ou compris dans la métaphysique, occupe le premier plan. 2*» Un procédé nouveau, qui à peine avait paru, le procédé transcendantal et mystique^ apparaît au bout de toutes les recherches et les couronne. LHntuUion inMlectueUe est le terme où aboutit dans son essor le plus élevé la dialectique. S*" Un système nouveau en natt. En possession de ces moyens, le néoplatonisme croit pouvoir accorder ensemble tous les résultats et toutes les formes de la pensée antique, la religion et la philosophie, l'art, la poésie, Tinspiralion et la réflexion, unir et fondre ensemble les mythes et les systèmes et tous les systèmes entre eux. Hais ce vaste éclectisme est dominé et éclipsé par le mysii-' cisme et le transcendantalisme. 11 n'en a pas moins son origina* lité, qui le caractérise et le distingue de tout ce qui le précède. Ainsi est né le système alexandrin^ à la tête duquel se placent deux penseurs illustres, Plotin et Proclus^ avec d'autres figures secondaires.
Ainsi les caractères de cette troisième époque, comme ceux des deux autres, sont bien tranchés. Le néoplatonisme devient de plus en plus exclusif. L'élément idéaliste transcendantal et mystique prime tout le reste. C'est ce système, dernier fruit de la spéculatioa grecque, que le paganisme oppose au christianisme. La religion nouvelle triomphe, comme le scepticisme, à la fin de la première
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et de la seconde époque. La philosophie païenne est totalement éclipsée. Un monde nouveau a commencé, qui doit amener une nouvelle philosophie, celle-ci précédée d'une époque intermédiaire, le moyen âge ou la scolastique.
Celle-ci (la scolastique) aura plusieurs siècles, suivis d*un court moment, la Renaissance^ avant qu'apparaisse la philosophie moderne.
Quant à la philosophie romainet elle n'est dans l'antiquité qu'un épisode; rien d'original n'en est sorti. Simple imitation partielle et affaiblie de la philosophie grecque, nous en parlerons en son lieu. La philosophie grecque a eu une période de onze siècles. La nôtre, qui en compte deux ou trois à peine, est jeune en comparaison. — Hais l'avenir est devant elle.