‹ La philosophie ancienneChapitre 75 sur 194 · II. -* Lam origines de la philosophie flrreoqae · texte numérisé non relu

II. -* Lam origines de la philosophie flrreoqae

iJa philosophie grecque, bien qu'elle ne doive son origine qu'à elle-même ou à la réflexion, n'est pas née tout à coup ; elle ne peut pas s'isoler des autres éléments de la civilisation qui l'ont préparée ou dont elle fait partie intégrante. Parmi ses antécédents, les principaux sont : la religion publique ou secrète, les fables mythologiques et poétiques y les mystères, les réflexions morales et les sentences des poètes gnomiques^ les maximes des sages. Nous n'en dirons que quelques mots, notre but étant moins de montrer les rapports que de marquer les différences trop souvent méconnues ^

L La religion grecque et la mythologie. — Chez les Grecs, la religion, n'ayant pas de dogmes fixes ni de sacerdoce constitué, ne pouvait retenir longtemps sous sa tutelle la raison naissante, impatiente d'être libre. Rien donc ici qui ressemble à la scolastique, dans le moyen âge chrétien. D'autre part, quoiqu'on ait dit des poètes qu'ils furent les premiers théologiens [Hérodote), ce n'étaient pas leurs fables brillantes qui pouvaient imposer à l'esprit, curieux de connaître le vrai dès qu'il se serait avisé de réfléchir. Toutefois, la philosophie grecque n'est pas sans quelques liens avec ces traditions du passé religieux ' ou avec les œuvres de l'imagination

i. Pour les dév^ppemeots, nous ne pouvons que renvoyer au savant ouvrage de E. Zeller, qui a trôâ-bien montré tous ces rapports, t I, p. 47 et suiv. de la trad. française, par M. E. Boulrouz.

2. M. Zeller fait très-bien voir que le caractère idéaliste de la religion grecque 1 contribué à l'éveU et à la formaUon de la phUosophie grecque. Voy. p. 42.

poétique. Elle troQTtU, soit dans les mtthes, soit dans les créatidBs pkis libres de la poésie, des idées et des solutions qu'elle dtrt consulter ou s'sq^proprier. — Dans les premiers temps, elle en reçut un stimulant et des suggestions plus on moins heureoses. Elle leur emprunta aussi des données, là s«rtout où elle aperçut des analogies avec ses propres conceptions, mais en les transformant et les expliquant à sa manière. Il en fut de même à Tégard des poètes, comme Homère^ Hésiode^ Sitnonidet etc. Auparavant, les mythes A'Orphée, do LinuSj forent par elle aussi interrogés et expliqués dans le sens des nouveaux systèmes.

Il y avait là, dans cet ensemble d'idées (d'une cosmologie, d'une cosmogonie, etc.), vne première vue jetée snr les lois du monde, des aperçus quelquefois profonds sur Thomme, la destinée humaine, qui méritaient d'être pris en considération. Ils furent utilisés, interprétés et adaptés à telle ou telle conception systématique. On les retrouve chez Thàlès, chez les Pythagoriciens, Empédocle, etc. Hais Téléroent philosophique s'en détache, et il ne faut pas le confondre avec Vêlement mythique ou symbolique, qui souvent est en désaccord. Souvent aussi, ces conceptions religieuses des anciens mytiies pouvaient paraître s'accorder plus ou moins avec les spéculations abstraites des philosophes; ceux-ci devaient chercher à en tirer parti pour donner plus d'autorité à leurs opinions. Mais il y a loin de là à vouloir que ces mythes soient de vrais systèmes. La différence subsiste entre ces créations toutes spontanées, où l'imagination est inséparable de la raison, et les conceptions abstraites et réfléchies de la raison. Les historiens de la philosophie qui ont fait cette confusion ont eu tort de donner une place souvent trop grande à ces conceptions dans leur histoire.

II. Les mystères. — On a cru devoir donner plus d'importance à la religion secrète ; mais il faut se déûer de ce qui a été dit et ajouté plus tard, en vertu d'un système d'interprétation adopté, surtout par les Alexandrins. Le lien qui unit la philosophie grecque aux mystères parait moins étroit qu'on ne s'est imaginé. Est-il vrai que, dans les mystères, on ait enseigné de hautes et profondes vérités, In dogme de l'unité de Dieu, comme l'entend le théisme, la croyance à Tâme et à ses destinées, etc., toute une doctrine spiritualiste fort Mi-dessus de la reli^n vul(caire ? Le contraire parait aujourd'hui démontré. Il est plus probable que ces dogmes secrets, à Torigine, étaient fort peu de chose. C'étaient surtout des cérémonies particulières, des prati^es du coite, auxquellea prenaient part certaines

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ftmiiles Ml dastm de It société, Phis («rd, rinflnenoe des recfaercAies scientiâ^es parait de leur donneor «ne pl«i Imute significt* lion, de sorte que ia philofophie aurait phis prêté aux «nysièrtts «pi'eHe n'en aurait reçu. Les opiaions cosne^Miques, «le», professées dans les mystères, ont p« être un sliimlant pour la pbihK Sophie naissante. Des piiikisophes, comme Platon, les stoïciens, etc., les ont interprétées cns«ile libreoMat eit lear ont donaé un s6BS profond, analogue à tenrs propres doctrines. Hais auou e»seig»e» ment scientifique n'était contenu, à l'origine, dans les pratiques d« culte secret, réservées aux initiés K

UI. Les poètes : HoMâRE, HÉsion£,ETC. — Les mêmes réflexions s'appliquent à la poésie. On a voulu £aire d'Homère, d'Uésiode des - philosophes. On a parlé d'vne philosophie homérique ^Brucker, Rixner) ; mais parce que Ton a trouvé dans Homère et les autres tpoêtes des pensées et des sentences ou même des réflexions abstraites sur les grands objets dont s'occupe la philosophie, la vie et la destinée humaines, Dieu et ses attributs, l'âme et ses facultés, etc., les principaux devoirs, la justice, le boalieur, les passions, etc., on ii*est pas en droit d y voir des traces réelles de l'esprit philosophique. C'est confoudre deux formes de la pensée qui, bien qu'elles se touchent, ne sont pas moins distinctes et souvent opposées. D on est comme des langues, qnand on dit qu'elles contiennent une métaphysique profonde et une philosophie originelle. Le fond sans doute est philosophique; mais Tessence propre de toute philosophie^ A'e«t-ce pas de dégager de sa forme l'idée abstraite ou ia concep iion pure ? L'enchaînement organique lui-même qu'on y découvre •st instinctif et nuUemeat systématique. Ainsi du moims en est-il 4à la poésie primitive. A cet âge, le poète, interprète plus ou moins inspiré des idées de son époque, n'est nuUeooent pour cela un philosophe. Sa pensée, plus ou moins inconsciente, est revélae d'images qui s*iiicorporent si bien avec elle que lui-même serait incapable de Ton sépaner et d*en donner le véritable sens. C*est,

1. « Les mystères grecs n'avaient rien de secret^ si par ce mot on entend que les Grecs ne savaient pas ce qui en était le fond. La plupart des Athéniens, une léale d'étrangers, étaini iniUés aax mystèrs d'JCleisis. Or, tt ne paraît pas qn'iiae bien baoie sagesse ait été cacliée dans ces mystères. Ils conservaient les Mctonnes traditions ; la forme en était symbolique. Dans le symbole, le sens reste obscur. Les mystères 4» Cérès et de Bicohas afaient, il etA vrai, me «igoillca- Iteo ftlMmneUe et m sens plus profoQd ; mais, U iorme ieur restent éiMngèicv rien de clair ne pouvait en sortir. On raconte d'Eschyle qu'il avait révélé à dessein les mystères. L'impiété se I)omail à avoir dit quWrtémise était la fille de Cérès, ce qui ne paraît p-.s rmc idée Wen profonde. » {Hég^l? EsiKétî^H*^ Il , p. * 85, 2« éd*. fr.)

lî PHILOSOPHIE GRECQUE

plus tard, rœuvr6 d*une réflexion savante et d'une critique supérieure d*en démêler le fond, de Textraire de la forme et de Texprimer dans un langage abstrait, œuvre délicate et conjecturale. La pensée poétique devient ainsi philosophique ; mais, comme telle, elle appartient à celui qui en a fait le triage et lui a donné ce caractère. Les Alexandrins ont les premiers fait ce travail. Quanta la prétendue philosophie à'Hotnèrey d'Hésiode et même à celle i'EschyUj elle n'est rien pour eux et ne ressemble en rien à ce qui est vraiment philosophique. S'il s'agit d'Euripide ou de tout autre poète venu après les systèmes, comme Dante, Voltaire, Pope, Schiller ou Gœthe, leur philosophie, plus réelle, n'est pas plus la leur. Ce sera, pour Euripide, celle de Socrate ou d'Ânaxagore. Saint Thomas a inspiré Dante ; Voltaire a emprunté à Locke ses principes. Le rapport est le même de Schiller à Kant, etc. Mais, pour ce qui est de la phi- ' losophie des premiers poètes (d'Homère, etc.), elle n'en est une d'aucune sorte, parce que Ton n'a rien avant elle ni à côté d'elle qui l'explique ou lui ressemble.

IV. Philosophie gnomique ou sentencieuse. — Celle-ci se rapproche davantage des vrais systèmes ; ce sont , en effet, des pensées générales, des maximes abstraites, des réflexions raisonnées, où. l'observation et l'analyse marquent un degré beaucoup plus avancé de méditation. Une telle sagesse n'en doit pas moins être séparée et distinguée de la vraie philosophie. Celle-ci est toute dans les systèmes. Or, le système, œuvre de réflexion savante, est un tout lié, enchaîné dans ses parties, qui toutes se rapportent à un principe et en dérivent. Toute autre est une suite de pensées ou de maximes, de sentences éparses ou détachées, qu'elles soient ou non revêtues d'images et d'une forme poétique comme ches les poètes gnomiquesy ou qu'elles soient simplement énoncées d'une manière abstraite en courtes formules. Les gnomes appartiennent à la première espèce. Nous n'avons rien à en dire, sinon qu'ils rentrent dans ce genre de poésie que l'historien littéraire et le moraliste sont chargés d*expliquer et de juger.

V. Les sages de la Grège. — Avant les philosophes se placent aussi ceux qui furent appelés les Sages. Contemporains de Selon, ils vécurent de la 40* à la 50« olympiade. Platon {Protagoras, XVIIIJ les énumère dans l'ordre suivant : lo Thaïes^ de Hilet; 2" Pittacus^ de Blitylène; 3« Bias, de Priène; 4« Solon, d'Athènes; 5» Cléobule, de Lindos ; G"" Myson^ de Chênes, et 7"" Chilon^ de Lacédémone. Le

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nombre sept est ici symbolique, comme les sept murailles du monde, les sept planètes, les sept rois de Rome, les sept chefs devant Thèbes, etc. Aussi en a-t-on ajouté d'autres, tels que Pé» riandre, AnacharsiSj Esopsy Epiménide^ jusqu'à dix-sept.

Quels étaient ces personnages? Des hommes supérieurs, célèbres et admirés de leur temps, mais dont la sagesse toute pratique, non spéculative, ne s'élevait pas au-dessus du bon sens et n'appartient pas à la science. Presque tous furent à la tête des cités, hommes d'État, nomothètes ou législateurs. Sauf un seul (Thaïes), ils n'avaient pas de système et ne firent pas école. Cette sagesse s'énonce en sentences courtes, équivoques, comme des réponses d'oracles. (Yoy. Platon, Protagoras. XYIII.) Quelques-unes sont attribuées à tous. Elles expriment les règles de la vie, ou des conseils de prudence pratique, résumé de l'expérience; c'est la raison populaire personnifiée dans quelques individus. Ceux-ci se posaient aussi des problèmes et des énigmes, s'envoyaient des présents. On connaît l'histoire du trépied ofiert à chacun d'eux et refusé par tous. Ces sages sont les Glaudius, les Scévola, les Scipion, les Caton, les Fabius de la Grèce. L'Orient, de tout temps, prisa fort cette sagesse, celle dont brillèrent, chez les Juifs, David, Salomon. Le goût des énigmes et des gryphes fut fort répandu dans toute l'antiquité. On sait Fimportance des apologues et des fables antiques, les défis portés par les princes, la reine de Saba venant visiter Salomon. On se rappelle les sentences en vers élégiaques gravées sur les colonnes ou hermès, dans les rues ou sur les places, espèces de catéchismes populaires servant à instruire le peuple. (Yoy. Creuzer, Symbolique j Egypte, 451.)

Les sentences des sept sages ont déjà un caractère plus personnel et plus réfléchi : elles sortent de la méditation solitaire. Ce n'est pas encore la sagesse abstraite qui sera la philosophie; mais elle en est l'aurore ou le crépuscule. Les sages précèdent les philosophes et leur préparent la voie. Beaucoup de ces sentences ont été recueillies parles auteurs. (Yoy. Orelli.) Toutes indiquent cet esprit pratique et expérimental. En voici quelques-unes : Rien de trop (fAv^aiv «Yav). — Le bien est la mesure (\Ut^ dfpKrcov). — Ecouter beau-êoupy parler à propos. — La sagesse est le bien le plus précieux. — Commence avec lenteur^ continue avec persévérance. — Ce que tu fais de bien, attribue-le aux dieux. — Personne n'est heureux avant la morty c'est le mot de Selon à Crésus. Le Connais-toi toimême se trouve aussi parmi ces maximes. Il a surtout un sens pratique. (Yoy. Platon, Protagoras.)

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