‹ La philosophie chrétienne de la vieChapitre 1 sur 344 · II NOTES BIOGRAPHIQ.UF.S · texte numérisé non relu

II NOTES BIOGRAPHIQ.UF.S

nous esquissons est la vie en apparence très ordinaire, trôs monotone, si l'on y tient, d'un religieux fidèle à ses devoirs et à sa haute vocation ; au vrai, c'est la vie très féconde d'un remueur d'idces, d'un apôtre par la plume, d'un convertisseur d'âmes, surtout d'âmes pensantes. A ce nouveau titre, les quelques lignes qui suivent ne nous paraissent pas inutiles.

Le Père Tilmann naquit le r'' février 1830, à Cologne. C'était l'époque où la conscience catholique, en Allemagne, commençait à se reprendre, après avoir lourdement sommeillé pendant des années; l'époque agitée qui, dans l'histoire de l'Eglise en Prusse, porte le nom caractéristique de Troubles de Cologne, Kœltier IVineii, et qui nous remet en mémoire le prélat à jamais illustre, défenseur courageux des vrais droits et des saines doctrines, au milieu de défections ou de défaillances presque générales : Clément-Auguste de Droste-Vischering. Nul doute que ces divers événements, dont sa ville natale fut en grande partie le théâtre, n'aient eu une influence profonde sur le jeune Pesch.

De sa première enfance et de son adolescence nous savons peu de chose, si ce n'est qu'il fut un espiègle et que ses légèretés d'enfant furent souvent réprimées par un père sévère. Il suivit les cours du gymnase de Cologne, et il n'avait pas encore dix-sept ans lorsque, le 15 octobre 1852, il entrait au noviciat des Jésuites de Munster. Après la période réglementaire d'études à Paderborn et à Bonn, il passa quatre années au fameux collège de Feldkirch, comme rcgent d'une classe de latin. Le 13 janvier 1866, il recevait la prêtrise à Maria-Laach, dans la Province Rhénane.

Déjà, lorsqu'il étudiait la philosophie à Bonn, 1856-1858, le Père Pesch avait attiré sur lui l'attention de ses supérieurs par son goût et ses aptitudes marquées pour cette branche des sciences. Rien donc d'étonnant si, dès la fin de 1867, on lui confiait la chaire de philosophie au grand collège de Maria-Laach.

Le Père Tilmann Pesch fut un classique, un scolastique dans toute l'extension que ce mot comporte; il fut le digne continuateur et l'émule heureux des Pères Joseph Kleutgen, Jean Perrone, Liberatore, Franzelin, Taparelli, Tongiorgi, de cette élite de Jésuites qui, reprenant les traditions de la scolastique et de la métaphysique de saint Thomas, ont réussi à rajeunir et à remettre en bonne place la vieille école du passé. L'amour et l'estime que, toute sa vie, il témoigna aux enseignements d'Aristote et du Docteur angélique, il les manifesta au début de sa carrière professorale. Toujours et en toute occasion il poursuivit — avec quel succès, ses travaux le disent hautement — la restauration de la

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philosophie chrcticiino on Allemagne. Ce devait être comme un contrepoids aux atîirmations erronées des nombreuses écoles de théologie et de philosophie d'outre-Rhin. Mais libre de tout conservatisme étroit, dédaignant réternellc routine et le piétinement sur place, il ne voyait pas, comme certains esprits moroses, un péril caché dans tout progrès. 11 voulait connaître et comprendre les travaux de son siècle et ses conquêtes, et nul ne pourra c]ualitlcr ses écrits d'œuvres arriérées.

Toutefois, la solitude retirée et toute monastique de Maria-Laach, perdue au fond d'une vallée verte et gracieuse, au bord de l'immense et splendide nappe d'eau qu'on nomme le Laacber St'i'\ très à l'écart du tumulte des grandes villes, semblait peu convenir au caractère plutôt apostolique du Père Tilmann. Ce mot qui pourrait être la devise de tout chrétien, est de lui; il le répétait souvent : « Tout ce que nous faisons doit être pointe vers l'apostolat : Ailes ic.is -u'ir Ibiiii, iiniss ciiw aposlolische Spit{e habeii. » Aussi dès iSog, le trouvons-nous à Aix-la-^Chapelle, à la tête d'une société florissante d'hommes cultivés, formée en grande partie de commerçants. Les travaux scientifiques cèdent le pas pour quelque temps aux occupations du ministère des âmes; mais cet intermède ne sert qu'à mettre en plein relief de nouvelles qualités du Jésuite. Il se révèle orateur de premier ordre, et surtout excellent directeur de conscience, il sait attirer les cœurs et se les attacher par d'indestructibles liens et, trente ans plus tard, on verra, non sans quelque émotion, un nombre considérable de catholiques d'Aix-la-Chapelle honorer de leur présence les funérailles de leur ami et de leur vieux maître.

Nous devrions apprendre de ces fils spirituels du Père Pesch tout ce que renfermait de tendresse cette âme de prêtre dans laquelle il leur fut permis de lire. N'est-ce pas là, en effet, dans ce face à face de deux intelligences et de deux cœurs, que cievaient apparaître, dans leur vrai jour, tous les dons qui furent le partage du Père Tilmann ? Cette affection persévérante de trente années nous laisse entrevoir ce qu'étaient les colloques entre les pénitents et leur confesseur. « Heureux, dirons-nous, ceux qui ont pleuré près de lui et qu'il a consolés! Heureuses les larmes saintes et chrétiennes qu'il a séchées! Heureuses les tristesses du pécheur repentant qu'il a relevé et réconforté ! Heureuses les amertumes de ceux qui souffraient de l'exil et des peines de la vie, et dont il a su.

I. Depuis le 23 novembre 1892, les Bénédictins de la Congrégation de Beuroii ont pris possession de la vieille abbaye de Maria-Laach, qui avait été habitée par des membres de leur Ordre jusqu'en 1802, et la discipline monastique y est maintenant dans tout son éclat.

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