‹ La philosophie chrétienne de la vieChapitre 11 sur 344 · L HOMME DANS LA VIE I · texte numérisé non relu

L HOMME DANS LA VIE I

Lorsqu'au contraire, on regarde l'homme dans la perfection que le Créateur lui a destinée, on comprend sa valeur et on l'estime. Rien, dans l'univers visible, ne mérite davantage l'étude et la réflexion.

Si, par impossible. Dieu créait un homme tel que le rêve un monde ennemi du christianisme, il faudrait dès le premier jour enfermer cette misérable créature dans un asile d'aliénés ou dans une maison de correction.

3. Pour bien comprendre l'homme et son rôle dans la vie, nous devons l'envisager encore dans sa condition sociale. Il n'y a pas seulement des devoirs privés, il y a des devoirs sociaux.

La société humaine n'est pas une agglomération d'individus que le hasard a réunis, que le hasard rapproche ou met en contact. Tout d'abord chacun s'appartient à soimême ; puis chacun fait partie de l'organisme de la communauté. Par conséquent, nul ne vit comme un individu isolé : tous sont, en même temps, membres de la société ; il faut donc tenir compte des autres, de même que nous avons droit à ce que les autres tiennent compte de nous.

Dans la société humaine nous voyons divers groupements en organismes, que les hommes ont formés par une nécessité naturelle. La nature, en effet, assigne à leur vie différents buts qui ne peuvent être atteints que par la coopération de plusieurs ; en tant qu'hommes, ils doivent donc, pour réaliser leur fin, s'entr'aider les uns les autres par des groupements divers. De même que, dans un organisme, les membres qui concourent à constituer le tout, diffèrent entre eux, ainsi, dans chacune de ces communautés, les membres diffèrent physiquement et moralement.

20 r'« SEMAINE. — I. — L AMOUR DE LA VÉRITÉ

Cette loi naturelle de la communauté et de la réciprocité s'étend à toutes les sphères de la vie, aux plus élevées comme aux plus basses. Que personne ne dise donc : « Je me suffis et je ne vis que pour moi ; le bien ou le mal des autres et de la communauté ne m'importe point. » C'est là un sentiment contre nature : la nature veut que le bien et le mal de l'individu intéressent les autres et la société tout entière. Et, sous certains rapports, le bien et le mal de la société sont, à leur tour, le bien et le mal de l'individu. L'honneur ou la honte de l'individu rejaillit sur la communauté ; et, réciproquement, les individus participent au mérite et à la valeur de la société.

Sans doute, l'homme est ici-bas pour se sauver luimême, mais, en bien des cas, le moyen de se sauver est de chercher à sauver les autres. Sous plus d'un rapport, on ne veille jamais mieux à ses intérêts qu'en prenant en légitime considération les intérêts d'autrui. C'est une erreur de voir toujours dans l'avantage des autres un dommage pour soi-même.

Cette coordination, cette mutuelle dépendance font partie des principes naturels sur lesquels repose le christianisme. Nombre de ses enseignements, de ses institutions et de ses préceptes ne peuvent être compris, si l'on ne songe à la solidarité naturelle des hommes.

C'est à quoi Pie IX pensait lorsqu'il écrivait : « Puissent nos efforts réunis atteindre ce double but : guérir les maux de la société, assurer le triomphe de la vérité sur la terre ! Parmi les maximes de la civilisation moderne, un grand nombre sont fausses. Loin de nous incliner devant ces erreurs, opposons-leur la vérité. »

Ainsi, l'homme est dans la vie non seulement comme individu, mais encore comme être social, comme membre d'une communauté. Sous ce double rapport, sa valeur lui

Page 1