L HOMME DANS LA VIE I
nuelle dépendance des nécessités matérielles ; il est moins stable que la pierre que ses pieds heurtent sur le sol ; il est entouré d'êtres sans raison qui, sous plus d'un rapport, lui sont supérieurs ; il a été jeté sur ce globe, sur notre pauvre petite planète, comme un objet sans prix qu'on repousse dans un coin.
Et cependant l'hôte passager de la terre a, par le plus intime de lui-même, une valeur que ne possède point l'immense univers.
O nature, étrange énigme ! anneau mystérieux ! Ici, quelle grossièreté dans la matière ! Là, quelle délicieuse finesse ! Et cependant l'anneau est admirablement fermé.
Qu'est-ce donc que l'homme sur cette terre? Un souffle qui meurt ; un insecte qui gravit un mont gigantesque ; une feuille de rose flottant sur l'océan ; une gouttelette dans l'immensité des mers ; un instant entre deux éternités ; un atome égaré au milieu de myriades de mondes; — et cependant il peut se créer un monde !
L'homme est faible. Il est incapable de modifier en rien une seule des lois de la nature ; il ne peut à peu près rien sur les événements externes. Et pourtant, à quelle hauteur ne relèvent pas sa raison et sa volonté dans cette nature qui l'environne! La sainte Ecrituie le compare à la fleur éphémère des champs, et, ailleurs, elle dit qu'il est peu inférieur aux anges. L'homme est le trait d'union entre le monde des esprits et le monde de la matière.
11 est vrai : les progrès de la science ont encore diminué la valeur extrinsèque de l'homme ; ils font constater combien sa science est bornée, puisque chaque nouvelle découverte ouvre des horizons inexplorés. Mais, dans la mesure même où les progrès des sciences rabaissent l'homme, ils l'élèvent en même temps et lui donnent la conscience de la supériorité de son esprit sur la matière.
l8 r^ SEMAINE. — I. — l'amour DE LA VÉRITÉ
2. L'activité humaine s"étcnd bien au delà des limites du domaine de la matière. L'homme plonge son regard dans les cieux et il mesure la course des astres, il analyse leurs éléments chimiques ; il ramène ses regards vers la terre, et de l'étude de la vie des abeilles il fait une science.
Le vieux Sophocle avait raison : « Le monde est peuplé de merveilles, mais l'homme est la plus grande de ces merveilles. »
L'homme possède les dons admirables de l'intelligence et de la volonté. Ses aspirations ne sont point limitées à tel ou tel bien en particulier : il veut le bien. En une foule de choses, il jouit du libre arbitre : il agit avec la claire conscience qu'il pourrait agir autrement.
Grâce à ce libre arbitre, il a souvent à choisir entre le bien et le mal. Le mal se présente avec l'attrait du plaisir, le bien lui semble désagréable. Si le mal n'avait aucun attrait, qui donc ferait le mal ? Si le bien n'avait pas d'amertume, qui donc ne voudrait être bon?
O Dieu, vous avez revêtu d'une misérable enveloppe cet esprit immortel ; vous l'avez soumis ici-bas aux conditions de la vie mortelle, pour qu'il y remplît sa destinée. Ayez pitié de lui ! aidez-le, Seigneur, à être fort, à s'élever ! son salut est entre vos mains.
Seul, le christianisme a communiqué aux facultés de l'homme les forces qui lui permettent facilement de rester à la hauteur de la dignité humaine.
Rien de plus triste qu'une humanité sans christianisme! En l'envisageant, on est exposé à mépriser les hommes avec Goethe : « Je ne crois plus au monde ; j'ai appris à douter. Les hommes sont tellement vils, tellement sots, tellement absurdes ! 11 faut avoir vécu aussi longtemps que moi pour les mépriser profondément. »