‹ La philosophie chrétienne de la vieChapitre 111 sur 344 · F^ SEMAINE · texte numérisé non relu

F^ SEMAINE

d'une faute, j'étais fréquemment surpris par une autre ; l'habitude prenait le pas sur la vigilance; et l'inclination était parfois plus forte que la raison.

« J'en arrivai à cette conclusion : la simple conviction spéculative qu'il est de notre intérêt d'être parfaitement vertueux ne suffit point à nous préserver des faux pas, et les habitudes contraires à la vertu doivent être détruites, le bien acquis et affermi, avant que nous puissions avoir quelque confiance dans la rectitude stable et uniforme de notre conduite.

2. « Dans ce but, je fis une liste de différentes vertus. Comme mon dessein était d'acquérir l'habitude de toutes ces vertus, je crus qu'il convenait de ne pas éparpiller mon attention en essayant tout en même temps, mais plutôt de la fixer sur une seule vertu à la fois; et lorsque je m'en serais rendu maître, de passer à une autre; et ainsi de suite, jusqu'à ce que je les aie toutes parcourues.

« Pour pouvoir entreprendre un examen quotidien, je me fis un petit livre; je divisai chaque page de telle sorte qu'elle eût sept cases, une pour chaque jour de la semaine, afin de noter par un signe chaque faute. Je fis précéder ce tableau d'une petite prière, où je demandais à Dieu son assistance. Chaque soir je marquai les faux pas ; pendant toute une semaine je ne fis porter mon attention particulière que sur une vertu.

« A ma grande surprise, je constatai beaucoup plus de fautes que je ne me l'imaginais ; mais j'avais la safisfaction de les voir décroître.

« Souvent j'eus la tentation d'abandonner mon entreprise; il me semblait qu'une exactitude aussi consciencieuse que celle que j'attendais de moi était une espèce d'enfantillage dans les choses morales.

SOIN PRAÏIQUH l)K LA CONSCIENCE 279

« Cependant je continuai à pratiquer cet exercice. Et bien que je n'aie jamais atteint la perfection que j'ambitionnais, et que je sois resté bien en deçà, cependant j'étais, grâce à mes efforts, un homme meilleur et plus heureux que je l'eusse jamais été sans une telle précaution ; tout comme ceux qui, en imitant les modèles d'écriture gravés sur cuivre, n'atteignent jamais la perfection de ces modèles, mais améliorent cependant leur écriture... Au début je m'étais proposé douze vertus ; mais sur la remarque qui me fut faite que j'étais en général un orgueilleux, j'ajoutai encore l'humilité. Sans doute, je n'ai pas très bien réussi à acquérir le fond même de cette vertu, mais je suis très bien arrivé à m'en donner l'apparence.

« Je fais cette déclaration dans l'intérêt de mes descendants, pour leur apprendre que leur ancêtre doit, avec la bénédiction de Dieu, à ce petit artifice le bonheur constant de sa vie jusqu'à sa soixante-dix-neuvième année. »

11 ne faut point, cependant, nous contenter : de « l'apparence de rhumilité » ; nous devons avoir en vue l'humilité véritable.

Page 1