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LES INSUFFISANCES DE L'EXISTENCE HUMAINE

I. Pour préparer l'esprit humain à se connaître parfaitement, il est bon de ramener souvent son regard sur les insuffisances de l'existence humaine. Combien rebutante, insipide, plate et infructueuse, semble toute l'agitation de ce monde! Fi donc de ce monde ! C'est un jardin inculte qui monte en graine ! L'ivraie le remplit entièrement.

Platon pensait, en considérant les conditions de l'existence humaine, que le séjour de l'àme en ce monde était une punition, un état violent, contre nature, comparable à une prison.

Mais comment admettre que l'âme humaine a déjà existé avant son union avec le corps ? qu'elle est châtiée d'une façon si positive pour des fautes dont elle n'a pas la moindre conscience ?

De plus, l'union de l'âme et du corps n'est point un état violent et contre nature. La vie d'ici-bas est pour nous la voie naturelle vers notre but : elle nous offre les moyens dont nous devons faire l'usage approprié à la fin de notre existence. Le monde matériel n'est pas notre patrie : il est le chemin qui doit nous y conduire, chemin magnifique, chemin dont la splendide parure nous laisse deviner à chaque pas la grandeur et l'infinité de Celui qui nous attend au terme du voyage. L'homme doit être ici-bas

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comme un voyageur dont le bonheur est de se savoir sur la route qui le mène au but, mais qui ne s'attend pas à ce que la route soit sans difficultés et sans fatigues.

2. De fait, notre condition ici-bas ressemble, par ses difficultés et ses humiliations, à une prison où, loin de notre patrie éternelle, nous sommes enchaînés par les liens de la sensualité animale et accablés de peines nombreuses. 11 n'est pas jusqu'aux agréments de la vie eux-mêmes qui ne soient pour nous un fardeau et un danger.

L'homme entend dans l'intime de lui-même deux voix qui l'attirent : l'une l'avertit de se maintenir dans le chemin qui le conduit à sa destinée ; l'autre l'invite à chercher sa consolation dans les charmes de la route et à s'arrêter indéfiniment. Au dehors il entend deux voix : le monde, avec ses richesses, ses biens et ses promesses, ne lui parle pas seulement le langage de la raison pour lui indiquer le vrai chemin : il lui parle aussi le langage de la tentation pour montrer la fréquentation du monde comme la chose la plus importante ; il n'est point besoin d'être chrétien pour reconnaître combien est dangereuse la voix de cette sirène.

Ainsi nous voyons que la nature humaine est sujette à des ennuis et à des difficultés de toutes sortes.

3. Dans les plans primitifs du Créateur, l'homme aurait été soustrait,' par un don de la grâce, aux insuffisances et aux ûiiblesses de sa nature. Ce don que Dieu faisait par pur amour a été perdu par la faute personnelle d"Adam et par la faute de la race humaine dans Adam, et l'homme est retombé dans son état naturel avec toutes les imperfections inhérentes à la nature humaine.

Et qu'est-il advenu de l'homme? En dehors de lui se déchaîne la tempête des tribulations qui le tourmentent de tous côtés. Au dedans, c'est la lutte continuelle, entre la partie supérieure et la partie inférieure de la nature humaine. Chacun se plaint avec l'Apôtre : «Je suis charnel, vendu pour être assujetti au péché ; je ne fais pas le bien que je veux, mais je fais le mal que je hais; je trouve en moi la volonté de faire le bien, mais je ne trouve pas le moyen de l'accomplir. » (Rom., vu, 14, seq.) Le Sauveur dit à ses disciples : « L'esprit est prompt, mais la chair est faible. » (Math., xxvi, 41.)

Telles sont les conséquences du péché originel !

4. La science moderne torture la statistique pour arriver à faire un portrait avantageux de l'homme de capacité moyenne. « L'homme moyen, dit un statisticien, tient suffisamment le milieu entre le bien et le mal ; c'est un assemblage de toutes les faiblesses et de toutes les passions, mais aussi de toutes les vertus de la race humaine. Sa conscience est une sorte de mosaïque : on y retrouve quelque chose de toutes les scélératesses comme de toutes les actions nobles et généreuses qui se sont accomplies. Il en va de même de ses qualités intellectuelles. ■C'est un mélange de folie et de bon sens. »

Mais c'est là un portrait imaginaire ; car la part du bien et du noble semble être de beaucoup la moindre.

Le penchant au mal et la préoccupation de cacher ce mal à ses propres yeux et aux yeux de son prochain sont profondément ancrés dans la nature humaine.

Pécheur et hypocrite ! L'homme pèche, et il ne veut pas s'avouer coupable ; personne ne fait le bien, et tout le monde veut l'avoir fait.

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