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LE PECHE DEVANT LE TRIBUNAL DE DIEU

I. Devant le tribunal de la raison humaine, le péché n'est pas seulement une faiblesse de la nature, une atteinte portée à la dignité humaine, la source de la misère ici-bas : il est, en outre, une révolte contre Dieu, le pire des maux, un désordre infiniment grand, et une injure faite à Dieu.

C'est ainsi que la raison juge le péché et, à la révélation chrétienne, nous voyons que le tribunal de Dieu confirme ce jugement. Comment Dieu a-t-il jugé le péché?

Dieu n'a pas créé seulement la matière, et, dans l'homme, un composé de matière et d'esprit : il a aussi créé de purs esprits, les anges. De même que les hommes, les anges étaient destinés à contempler Dieu. Ils devaient mériter cette grâce, et, par conséquent, passer par une épreuve. Beaucoup ne soutinrent pas cette épreuve. Avant leur chute ils étaient les prémices et les étoiles matinières de la création, ils resplendissaient des dons les plus précieux de la grâce. A la suite de leur péché ils furent pour jamais enchaînés dans un lieu de bannissement, d'épouvante, de tourments. Dieu les rejeta pour toujours, et Dieu est saint, juste et bon. 11 les rejeta par

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suite de son aversion et de sa haine infinies contre le péché. Qiiel abîme infini de malice, d'absurdité, d'injustice, y a-t-il dès lors dans tout péché grave, pour que Dieu, qui est toute justice, ait pu agir de la sorte ? Tous les péchés graves sont par leur nature semblables, qu'ils soient commis par des anges ou par des hommes. Qu'est donc, aux yeux de Dieu, l'homme qui a sur la conscience non pas seulement un péché, mais un grand nombre de péchés? N'a-t-il pas tout motif d'avoir une triste opinion de lui, en raison de cette accumulation de folies et de malices ?

2. Dieu avait créé nos premiers parents ; il n'avait pas seulement voulu couronner ainsi l'œuvre de la création ; il leur avait accordé, outre la nature humaine, le don de lafiliation divine. Un grand nombre de grâces étaient rattachées à ce don de l'amour, et ces grâces devaient écarter de l'esprit et du cœur de l'homme les faiblesses et les afflictions de la nature. Une existence splendide en puissance, en gloire, en joie et en vertu, devait être la préparation à un royaume éternel plus magnifique encore, où les hommes seraient transférés sans éprouver l'amertume de la mort.

Ces grâces excellentes que Dieu, par pur Smour, voulait ajouter aux dons de la nature, il les faisait dépendre de certaines conditions. 11 le pouvait; mais ces conditions ne pouvaient être en contradiction avec la sagesse divine. Cette condition était la fidélité du premier homme. Adam pécha, et tous les dons surnaturels, tous les privilèges extranaturels furent perdus pour toute la race. La nature humaine parficipa à sa façon au péché d'Adam, et la nature souillée de tous les hommes et de chaque homme en particulier en subit les conséquences. L'humanité descendit au niveau d(> la nature. Il est vrai, la nature possède

quelques nobles germes. iMais toutes les souffrances et toutes les les atrocités dent témoigne l'histoire de l'humanité ont aussi leur germe dans la nature. De quoi l'homme n'est-il pas capable, par suite des imperfections de sa nature ?

Quel horrible bouleversement pour tous les siècles et tous les pays, par suite du seul péché d'Adam ! Le péché d'Adam fut un acte de désobéissance consciente à un ordre exprès de Dieu. Adam aurait dû d'autant plus obéir, qu'il lui était très facile de se soumettre à cet ordre, qu'il avait reçu de Dieu les plus grands bienfaits, que de la conduite du chef de la race dépendait le sort de toute sa postérité. Qu'est-ce donc, aux regards de Dieu, qu'un seul péché, pour que Dieu ait pu en agir ainsi dans son infinie sagesse ?

3. Considérez de plus quelles sont, pour chaque homme, les conséquences d'un péché grave, réel, conscient et voulu. Dieu n'est pas aux aguets pour précipiter l'homme dans les enfers après un premier péché mortel. Dieu ne veut pas la mort du pécheur, mais qu'il se convertisse et qu'il vive : Dieu est d'ordinaire patient, à tel point que l'homme ne s'explique pas cette longanimité. Mais il n'est pas moins vrai que tout péché grave est une semence empoisonnée : en se développant, elle croît pour le châtiment éternel de l'enfer. Le damné reconnaît quel profond abîme d'absurdité et de malice est contenu dans le péché mortel.

Le pèche est le péché. Sous tout rapport le péché est un acte de méchanceté, d'étourderie et d'abomination infinies. Tout ce que la révélation chrétienne nous dit du péché nous atteste cette vérité.

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