CHAPITRE XIII
1 . Que doit attendre Dieu, le saint, le juste, l'infiniment sage, de l'homme qui a péché ? Qu'il se repente de ses péchés.
Rien ne peut être pardonné à celui qui ne se repent pas de ses péchés : tout peut être pardonné à celui qui se repent.
La contrition est l'horreur et la douleur que l'âme éprouve à cause des péchés commis, et le propos de ne plus pécher à l'avenir et, par conséquent, d'éviter l'occasion prochaine et le danger du péché.
La contrition doit être sincère et intérieure ; c'est moins un sentiment qu'un acte de volonté : c'est la volonté qui hait et déteste le péché.
Il ne suffit pas de se repentir de ses péchés par des considérations humaines, terrestres (par exemple à cause du dommage qu'on en soulï're) : il faut vous repentir par considération pour Dieu, que vos péchés ont offensé.
Divers motifs peuvent vous amener à une vraie contrition de vos péchés.
2. Par sa nature, le péché est un éloignement volontaire de Dieu, notre fm dernière. C'est là le plus grand mal que l'homme puisse se faire. Rien ne nous est aussi
indispensable que d'atteindre le but de notre vie. Celui qui pèche se précipite dans un abîme d'oij nul, sinon l'olï'ensé lui-même, — Dieu — ne peut le retirer.
Il V a de plus, dans cet éloignement, un mépris prodigieux de Dieu. Le pécheur donne la préférence à une créature quelconque sur Dieu et sur sa possession, il s'attaque à l'essence même de Dieu et se déclare son ennemi.
Le péché rend l'àme infiniment odieuse aux regards de Dieu. 11 livre l'àme à la tyrannie de la passion; il lui dérobe la paix et la remplit de honte, de dégoût et de répugnance. 11 tourmente la conscience. Il remplit l'âme de la crainte d'être surprise par la mort et d'être précipitée dans la damnation éternelle.
Tout péché consiste dans le mauvais usage d'une créature quelconque. Celui qui pèche abuse d'une chose qui nous a été donnée par Dieu pour servir à sa gloire et à notre bien. C'est un mépris de Dieu. Nous oublions le bien qu'il nous a fait; nous rendons le mal pour le bien; nous abusons du bien pour offenser Dieu; nous agissons de la sorte, comme si le péché lui était indifférent.
^. Le péché n'est pas seulement un désordre infini, M est aussi une offense faite à Dieu. Celui qui pèche blesse la Divinité autant qu'il est en son pouvoir. La contrition est une tristesse analogue à celle que ressent l'enfant qui a offensé ses parents.
La raison naturelle a peine à comprendre qu'un Dieu tout-puissant tienne un si grand compte de chaque individu. Et cependant, il en est ainsi. Dieu s'occupe de ensemble, et il porte en même temps son attention sur chacun. Chacun de nous vaut, devant Dieu, plus que tout
298 r^ SEMAINE. II. LA CONSCIENCE
lunivers visible. Dieu a le droit d'attendre de chaque individu qu'il le serve, qu'il le glorifie. Le pécheur lui dérobe l'honneur qui lui est dû, il lève la main contre Dieu.
Parmi les crimes qui se commettent dans l'Etat, il en est qui portent le caractère de crime de lèse-majesté, parce qu'ils s'attaquent directement à la personne du prince. Le péché, lui aussi, est un crime de lèse-majesté divine, non seulement parce qu'il trouble l'ordre établi et renferme une malice infinie, mais parce qu'il s'attaque* directement à Dieu.
Le péché est une offense. Par la révélation chrétienne, nous connaissons Dieu comme homme dans le Christ, et, dès lors, nous pouvons mieux saisir la nature du péché. Nous comprenons ce que c'est que d'offenser un homme, un bienfaiteur, nos parents. Songeons au Christ, et nous comprendrons mieux ce que c'est que d'offenser Dieu.
4. Le chrétien trouve dans sa vocation surnaturelle une raison particulière de se repentir sincèrement de ses péchés. Par l'amour le plus incompréhensible, Dieu a résolu de se donner lui-même à l'homme et de le rendre éternellement heureux en se l'unissant le plus intimement possible. Dans ce but, il lui a fait don de la grâce sanctifiante, il l'a rendu capable de vertus, il l'a enrichi de grâces, qui lui permettent d'entretenir avec la Divinité des relations filiales.
L'homme, comblé de tant de grâces, se trouve dès ici-bas dans les rapports les plus intimes avec Dieu : il est l'enfant du Père céleste, le frère de Jésus-Christ, membre de la famille de la très sainte Trinité.
Ajoutez à cela que Dieu a témoigné de la feçon la plus saisissante cet amour de bienveillance, par son incarna-
tion et pur sa douloureuse passion, et qu'il continue son œuvre d'amour sur l'autel.
Donc l'ingratitude, l'outrage, l'offense que renferme tout péché, revêtent dans le chrétien une malice particulière, parce qu'ils sont l'œuvre non d'une simple créature, non d'un étranger, mais d'un être infiniment aimé, qui est vraiment l'enfant adoptifde Dieu. Le chrétien qui pèche outrage Dieu d'une façon toute particulière.
j. De toutes ces considérations et d'autres du même genre il ressort que la volonté de l'homme, en présence de ses péchés, doit être remplie de douleur et de dégoût, qu'elle doit avoir le ferme propos de ne plus pécher à l'avenir. Cette douleur de l'âme et cette aversion pour les péchés commis est ce qu'on a coutume de nommer la contrition.
Pour que la contrition ait du prix devant Dieu, il faut que Dieu y coopère par sa grâce : car nos actions n'ont de valeur que par la grâce du Christ. De plus, on ne doit pas perdre de vue que cette contrition ne peut se baser exclusivement sur le dommage personnel que nous cause le péché, ainsi que la raison nous l'apprend : elle doit naître d'un sentiment de foi et se rapporter immédiatement à Dieu.
Cette contrition surnaturelle peut être parfaite, elle peut aussi être imparfaite. Elle est parûiite lorsqu'elle provient de la chanté parfaite, c'est-à-dire lorsque nous détestons le péché plus que tous les autres maux, uniquement parce qu'il offense Dieu, le souverain bien. Elle est imparfaite lorsque notre amour n'est pas parfait et que la crainte des jugements de Dieu et l'absurdité renfermée dans le péché nous poussent à le détester par-dessus toutes choses, et à ne plus vouloir offenser Dieu.