LA MISERICORDE DE DIEU
1 . La miséricorde de Dieu, c'est sa bonté, en tant qu'elle porte remède à nos misères. Le mal est l'absence de quelque perfection requise. Le pire des maux, c'est le péché. C'est pourquoi la miséricorde de Dieu se rapporte avant tout au péché. Dieu ne hait pas le pécheur, mais seulement le péché : il est rempli de sollicitude et d'amour pour le pécheur.
Comme toute perfection de Dieu, sa miséricorde est en elle-même infinie. Cette bonté infinie, Dieu a résolu de la témoigner aux hommes dans un degré suréminent.
Parce que la nature humaine est si faible et si misérable, Dieu l'a choisie pour prouver la grandeur de sa miséricorde. Les autres attributs de Dieu, par exemple la sagesse, la toute-puissance, sont pour ainsi dire au sej'vice de la miséricorde.
Ce n'est point l'enfer qui est le centre du christianisme, c'est l'amour et la miséricorde de Dieu.
La miséricorde de Dieu imprime à tout le christianisme un caractère spécial. Si Dieu a jugé bon de ne point empêcher le péché, il l'a fait pour fournir à sa bonté une occasion de se manifester sous la forme de la miséricorde.
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Quand l'humanité allait de plus en plus à sa perte comme un enfant prodigue, Dieu ne la perdait pas de vue, son cœur ne l'oubliait point. Comme un bon pasteur, il est aile à la recherche de la pauvre égarée pour l'inviter au retoui'.
Et Lorsque l'ingrate est de retour à la maison pater-
' nellc, il presse sur son cœur, avec l'amour le plus aimable, la pauvre repentante.
Si, après une chute, les hommes vous méprisent, pourquoi vous étonner? C'est la façon d'agir des hommes. Ils foulent aux pieds celui qui est tombé. Dieu n'agit pas
■ ainsi.
2. La miséricorde est tellement le trait caractéristique du christianisme que le Christ a pu dire qu'il était venu sur la terre moins pour les justes que pour les pécheurs. Le Christ est la miséricorde divine faite homme.
Le Christ traite avec prédilection les pécheurs, pourvu -. qu'ils reconnaissent leur misère et s'en repentent; il n'a de paroles dures que pour les hypocrites orgueilleux. C'est parmi des pécheurs qu'il choisit ses a.pôtres. Il ne repousse point Pierre, qui est tombé : d'un regard plein d'amour il lui fait verser les larmes amères du repentir. Judas lui-même aurait eu son pardon s'il avait humblement recouru à la miséricorde divine.
Dieu s'est comparé à un homme qui possède cent brebis et qui court à la recherche de l'une d'elles qui est égarée, pour la rapporter sur ses épaules. 11 s'est comparé à une pauvre femme qui laisse tout pour rechercher la drachme perdue, et n'a pas de repos avant de l'avoir retrouvée. Et la parabole de l'enfant prodigue, comme elle nous révè'ie magnifiquement la miséricorde de Dieu !
Lorsque le pécheur se convertit, quelle joie nu ciel et
dans le cœur de Dieu ! Quelle abondance de grâces dans le cœur de celui qui se repent ! Tous les péchés sont effacés ; le mérite des bonnes œuvres antérieures renaît ; le repentir et la pénitence sont même récompensés par de nouvelles grâces.
Les fautes d'une Madeleine pécheresse, d'un Saul qui ne respire que le carnage, d'un Augustin libertin, n'empêchent pas Dieu de convertir leur cœur, de le remplir de la grâce d'une haute sainteté et de l'orner de la plus haute de toutes les vertus — la divine charité.
La croix de Jésus-Christ est la révélation la plus éclatante de la miséricorde.
L'Église, avec tous ses moyens, de salut, est éminemment une institution de la miséricorde divine. Le sacrement de la pénitence efface les péchés et la peine éternelle. Quant à la rémission de la peine temporelle, la sagesse de Dieu exige la coopération de l'homme. Mais la miséricorde permet à l'homme repentant de racheter cette peine temporelle (indulgences). Bien plus, la miséricorde de Dieu s'étend au delà de la tombe : elle permet que les âmes qui expient dans le purgatoire soient aidées par les suffrages des vivants.
3. La pensée de la miséricorde de Dieu doit nous remplir de confiance à l'égard de notre vie passée. Si nous sommes de grands pécheurs, nous sommes ceux que le Seigneur invite et recherche tout particulièrement pour les sauver et les fortifier.
A l'égard de notre avenir, cette pensée doit nous remplir de confiance, mais aussi de crainte. Si Dieu a été jusqu'ici plein de miséricorde envers moi, ce n'est point pour me perdre, mais pour me sauver : il m'accordera très abondamment les grâces qui me sont nécessaires pour mon salut.