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CHAPITRE IV

I. Aujourd'hui, pour un grand nombre, le salut est compromis par la fausse science et par la curiosité.

Tout homme est naturellement curieux. Une certaine science est nécessaire à l'existence ; mais la véritable valeur de la vie ici-bas n'est ,point dans la satisfaction du désir de savoir. La science doit être une lumière qui aide à bien vivre. Que vous servirait-il de savoir toutes choses, si vous n'en profitez point pour régler votre vie comme elle doit être réglée?

La véritable science est précieuse. Platon mettait à la science une condition nécessaire ; il voulait que l'âme se purifiât de ses passions : pour saisir le vrai, le beau, l'éternel, il faut une âme pure.

Efforcez-vous d'acquérir une volonté droite. Quand l'œil se refuse à voir, à quoi bon la lumière et les lunettes?

Savoir beaucoup est un danger. Par la science l'homme s'approprie un objet mieux encore que par la possession extrinsèque de cet objet; aussi dit-on de la science qu'elle est particulièrement propre à enfler l'homme. Trop de curiosité conduit facilement à une dissipation nuisible et à de funestes illusions.

Platon estime qu'une complète ignorance n'est point le plus grand mal, qu'une science mal réglée est autrement dangereuse.

Il est sage de chercher à savoir dans la mesure où cela peut servir au salut.

Mettez des limites à votre curiosité et reconnaissez que l'esprit humain, faible et borné, peut bien pressentir l'océan de la réalité, mais non pas le contenir. Le monde est plein d'énigmes, et les phénomènes les plus simples sont les énigmes lés plus grandes. Ce que nous pouvons savoir est peu de chose, ce que nous ignorons est immense. La science, dans son progrès, ressemble à une sphère qui irait toujours grossissant; à mesure qu'elle se développe, elle multiplie ses points de contact avec les choses qui sont en dehors de notre science.

Avec la science grandit la responsabilité. L'ignorance coupable est souvent une excuse.

Gardez-vous de vous enorgueillir de votre prétendue science. Une vraie connaissance de vous-même vous préservera de cette faute. Efforcez-vous d'estimer toujours les autres, de vous estimer fort peu vous-même. Soyez content d'être ignoré et méprisé.

Il importe de connaître la vérité et la réalité telles qu'elles sont. Une connaissance sensible et une simple opinion ne nous suffisent pas. Pour connaître ce qui nous est utile, il faut dépasser les sens et nous élever jusqu'au suprasensible. 11 fliut aussi prier et entretenir dans notre cœur l'amour de la vérité. Il n'est pas rare que de savants discours soient un obstacle plutôt qu'une aide.

Tous veulent la vérité, mais beaucoup la cherchent sous l'inspiration d'un égoïsme sans bornes : de là l'infinie confusion des opinions diverses. Dieu une fois connu, il faut chercher la vérité dans le sentiment de la

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dépendance à l'égard de Dieu ; il faut la chercher suivant les prescriptions de Dieu ; il fout la chercher pour se soumettre à la vérité reconnue. Que Dieu soit votre maître ; quand Dieu vous parle, toute créature doit se taire. Le cœur qui cherche Dieu avec simplicité sera éclairé de la lumière divine : pour connaître la vérité cela vaut mieux que tout effort humain.

La science de l'homme est une goutte d'eau perdue dans un océan d'ignorance. La meilleure science est de savoir que nous ne sommes rien par nous-mêmes et que tout ce que nous sommes, nous le sommes par Dieu et pour Dieu.

2. Ne vous fiez point trop à vos propres lumières, mais écoutez volontiers l'avis de ceux qui sont meilleurs que vous et plus savants. Il est plus sûr de recevoir un conseil que de le donner.

Méditez les" pensées des grands hommes sans laisser pour cela de penser vous-même.

Ce qui fait le prix des maximes et des sentences, c'est qu'elles provoquent la réflexion ; si l'on se contente de les lire sans réfléchir, elles peuvent tout au plus produire l'impression qu'on éprouve en parcourant une collection de gravures : une impression eiface la précédente.

Ne vous laissez point intimider par le nombre seul de ceux qui pensent autrement que vous. « Rien de plus désagréable qu'une majorité », dit Gœthe ; « elle se compose de quelques audacieux coryphées, de coquins qui se prêtent à tout, et de la masse qui suit à l'aventure sans mieux savoir ce qu'elle veut ». « Majorité, absurdité », reprend Schiller ; « la raison a toujours été l'apanage du petit nombre. »

Gardez le calme de votre réflexion au milieu de la

confusion qui règne partout aujourd'hui. Du dehors, du dedans, tout cherche à pénétrer l'homme. O vérité, où donc trouves-tu un refuge?

Veillez sur les sentiments de votre cœur. « Le cœur a ses raisons c^ue la raison ne connaît pas. » De là ce fait très réel que la pensée subit l'influence du cœur.

Gardez-vous de l'aveugle fanatisme des convictions toutes faites : l'exposé le plus clair, la connaissance la plus lumineuse de la vérité contraire ne peuvent ébranler ces convictions. Celui-là seul qui prie est accessible à la vérité.

Ne redoutez point les difficultés et les sacrifices inséparables de la connaissance de la vérité. La vérité veut être conquise ; la vérité veut être éprouvée par la souffrance.

Estimez la science. On prodigue, aujourd'hui, ce nom de « science ». De quoi f^iites-vous état? La chose n'est pas indifférente. La science, c'est la puissance, dans la vie publique comme dans la vie privée.

Rendez fructueuse la vérité que vous connaissez. La science sans les œuvres est une nuée sans pluie.

La possession de la vérité n'est en sécurité que lorsqu'on y joint une vie conforme à la vérité connue. Réjouissons-nous donc d'être les enfants de l'Église catholique.

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