‹ La philosophie chrétienne de la vieChapitre 132 sur 344 · UNE LUTTE A VIE ET A MORT · texte numérisé non relu

UNE LUTTE A VIE ET A MORT

la nature et de lui nuire, mais de l'ennoblir, de la rendre souple et utile à l'accomplissement du devoir et au service de Dieu. Dans chacun de nous, il y a des inclinations singulièrement contradictoires, contradictions qui quelquefois frisent la folie et nous conduisent à de vraies monstruosités.

Se vaincre soi-même est difficile. Car ce qu'il faut combattre, c'est notre propre moi avec son penchant à l'orgueil et à la sensualité. Et il n'est rien en quoi nous nous complaisions autant qu'en nous-même, cette complaisance s'étend même à nos torts et à nos folies.

« Qui abat le lion ? » chante un vieux poète allemand. « Qui abat le géant? Qui triomphe de l'un et de l'autre? Celui qui se domine lui-même. »

Se vaincre soi-même ennoblit l'homme et le rend libre. 11 n'est pas de souveraineté plus belle que l'empire sur soi-même et sur ses penchants, c'est le triomphe du libre arbitre.

2. Se vaincre soi-même est nécessaire sous différents rapports. Nécessaire pour éviter le péché. Car les inclinations et les passions effrénées conduisent irrésistiblement au péché.

Nécessaire pour pouvoir remplir nos devoirs d'état. L'animal est l'animal, et sa nature animale le maintient dans le vrai chemin. L'homme doit tenir en bride d'une main ferme l'animal qui est en lui et lui-même, s'il veut rester dans le droit chemin.

Nécessaire pour pratiquer les vertus. Celui qui tend à la vertu se heurte à chaque pas aux difficultés que lui suscitent les instincts et les inclinations de son être. Les progrès réels dans la vertu ne peuvent se mesurer que d'après la violence qu'on se fait, et non d'après les airs

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OU l'importance qu'on se donne, ou d'après un bon mouvement naturel.

La vertu peut se comparer à une magnifique rose ; chacun voudrait la cueillir et la cueillerait, s'il n'y avait une épine : l'empire sur soi-même.

La suprême vertu n'est pas l'empire sur soi-même, c'est l'union par l'amour avec la très sainte volonté de Dieu : mais l'empire sur nous-mêmes est pour nous, pauvres humains, l'élément le plus indispensable de la vertu ; il n'est pas la moelle des os, mais la charpente osseuse qui doit permettre au tout de se tenir debout.

Ce n'est pas une vertu particulière et déterminée, mais son but est ce refrénement du moi absolument nécessaire à toute vertu, en particulier aux quatre vertus cardinales: la prudence, la justice, la tempérance, la force.

L'empire sur nous-mêmes nous est également nécessaire pour rester dans notre dignité d'homme, il s'agit de vaincre ce qui est bas, misérable, faible, troublant. Il s'agit de refréner les instincts qui ont besoin d'être refrénés selon l'ordre du Créateur, parce qu'ils souilleraient, saliraient, corrompraient notre nature.

Travaillez donc à vous vaincre; mortifiez en vous tout ce qui est contre l'ordre. La difformité de l'âme est plus haïssable que celle du corps.

3. Que votre mortification ne soit pas superficielle et capricieuse, qu'elle aille au fond des choses, qu'elle soit systématique : ce que vous combattez en vous est aussi une loi et un principe.

Disciplinez-vous constamment. En un jour de dissipation on peut perdre plus qu'on n'a gagné en plusieurs jours de recueillement.

Apprenez à vous connaître vous-même. On ne peut

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être maître de soi sans s'être connu au préalable. Pour le visage, il y :i des miroirs; le seul miroir de l'âme, c'est l'examen de conscience; mais l'âme a besoin de la lumière d'en haut.

En dehors des dons communs de la nature humaine, tout homme possède des qualités qui lui sont propres, mais aussi des défauts de caractère, qui appellent la mortification. Chaque âge a ses défiiuts particuliers. Combattez ces défauts. Et comment le pourrez-vous. sinon par l'empire sur vous-même et par la mortification ?

Veillez à ce que le mal ne tourne jamais chez vous en habitude. Il est déjà difficile de vaincre une inclination ; mais si l'habitude se joint au penchant, vous ne vaincrez jamais.

Rendez-vous maître de votre intelligence ; mettez-la tout entière au service de la vérité et de la vertu. Rendez-vous maître de votre volonté. N'agissez jamais par caprice, mais toujours par principe.

Dominez votre imagination ; elle a besoin d'être refrénée: aisément elle peut acquérir un pouvoir tyrannique et faire de toute une vie une folie ou un malheur.

4. Rendez-vous maître de votre mémoire; elle n'est pas seulement désobéissante, en nous trahissant lorsque nous aurions surtout besoin d'elle: elle est aussi folle, en nous importunant par des souvenirs que nous devrions oublier.

La mortification s'applique non seulement à l'intérieur, mais aussi à l'extérieur; elle règle toutes les paroles et tous les gestes. Pas de bienséance sans mortification.

Que la mortification soit non seulement défensive, mais offensive. Nous devrions savoir nous refuser volontairement une chose dont nous pouirions jouir sans qu'il y

ait faute. Aucune vertu n"a, autant que la mortification, besoin d'un exercice constant.

Veillez surtout à vous vaincre et à vous mortifier pour le bon motif. Ce n'est pas pour l'intérêt d'autrui, mais par amour pour Dieu, qu'il faut mortifier une inclination mauvaise. Les mauvais pratiquent bien la victoire sur eux-mêmes et la mortification, mais pour leur tourment temporel et éternel.

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