‹ La philosophie chrétienne de la vieChapitre 136 sur 344 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

LE PECHE VENIEL

1 . Tout péché ne fait point de celui qui le commet l'ennemi de Dieu.

Pour qu'un péché ait cette gravité, il faut d'abord que son objet soit capable de détacher notre cœur de Dieu ; en second lieu, il faut que celui qui pèche donne son complet et libre consentement ; en troisième lieu, il faut que celui qui pèche sache parfaitement et ait conscience qu'il pèche. C'est seulement dans les cas où ces trois éléments existent, que l'homme commet un péché mortel. Si l'une de ces trois conditions fait défaut, il ne peut être question de péché mortel.

Un homme qui a de bons sentiments ne commet pas si aisément un péché mortel. Un péché mortel est quelque chose d'effrayant.

11 est aussi des péchés que les justes commettent sans cesser d'être justes ; ces fautes ne sont pas le renoncement à l'effort vers le but dernier, elles sont un affaiblissement de cet effort. Le juste tombe sept fois et se relève sept fois. (Proverbes, xxiv, i6.)

2. Mais 1-e péché qui n'est pas mortel — on l'appelle péché véniel — est un très grand mal; il est. après le péché mortel, le plus grand des maux.

Le péché véniel est, lui aussi, une opposition à la souveraineté et à l'ordre de Dieu, une désobéissance, un mépris de la volonté divine; c'est un désordre multiple. Dieu doit le haïr, Dieu doit le défendre, Dieu doit le punir.

Le moindre péché véniel est une telle opposition à Dieu, une telle abomination devant Dieu, qu'il me faudrait plutôt laisser périr le monde entier que de le commettre. Même pour arracher tous les damnés à l'enfer, je ne devrais point commettre le péché véniel. 11 n'est jamais permis de faire le mal pour arriver au bien.

Le péché véniel est un mépris du bon plaisir divin, donc une offense faite à Dieu ; il est en opposition avec la haute estime et avec l'amour que je dois avoir pour l'amour divin. Dieu se sacrifie pour moi et m'aime au delà de toute mesure, et il me serait indifférent de l'offenser !

Le péché véniel nous enlève la protection particulière de Dieu : il favorise en nous l'indifférence religieuse et morale, la légèreté et la tiédeur; il empêche la confiance et l'intimité avec Dieu dans la prière, il diminue la paix du cœur et le sérieux de la conscience.

Tout péché véniel est en soi un pas vers le péché mortel. Celui qui n'est pas fidèle dans les petites choses ne le sera pas dans les grandes, et celui qui est injuste dans les petites choses le sera dans les grandes.

Tout péché véniel a comme conséquence un châtiinenf sensible, soit dans ce monde, soit dans l'autre.

3. Des saints ont fait de toute leur vie une dure expiation de péchés véniels, et nous n'avons aucune raison de considérer la conduite de ces âmes éclairées comme déraisonnable ou exagérée.

On doit distinguer les péchés véniels parfaitement

LH PHCHF VENIEL

volontaires et les fautes de pure faiblesse ; nous pouvons diminuer ces dernières, jamais les supprimer entièrement; nous pouvons, avec la grâce de Dieu, éviter complètement les tautes parfaitement volontaires. Commettre habituellement des péchés véniels volontaires, c'est ce qu'on appelle tiédeur. On peut comparer la tiédeur à une maladie mortelle.

Page 1