LA SENSUALITE
I . La nature humaine a cela de propre qu'elle est un composé d'animalité et de spiritualité. Durant sa vie terrestre l'homme porte avec lui ces deux forces adverses, et malgré la lutte qu'elles se livrent il doit s'efforcer de maintenir ses pas dans la bonne direction.
En soi l'animalité n'est pas plus mauvaise que la spiritualité. Mais il y a dans l'animalité des instincts puissants qu'il f^iut soumettre à la raison. De ce dernier point dépendent le bonheur et le malheur de la plupart des hommes. Le corps humain ne doit pas être l'instrument de l'instinct aveugle, mais l'expression et l'organe de l'esprit libre. L'ordre de la nature peut et doit être aussi défendu contre cet instinct. Mais l'homme n'arrive à ce résultat qu'en s'attachant à Dieu.
L'homme ne doit pas se déshonorer. Et il se déshonore de la façon la plus vile lorsqu'il s'abandonne à la passion, qui mérite un nom aussi peu honorable que celui de faiblesse. La sensualité ressemble à un grand feu qui attire, comme par une force magique, des millions d'insectes pour les plonger dans la mort impitoyable.
Pallier les péchés et les vices en prétextant les droits
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de la sensualité ou du moins la puissance de ses charmes en face de la faiblesse humaine, soi-disant excusable et pardonnable, tel a été de tout temps le subterfuge de la tentation, tel a été, d'autre part, le triste expédient d'une conscience souillée de crimes. C'est pourquoi l'Apôtre dit : « Prenez garde à ce que personne ne vous séduise par des paroles vaines. » (Ephes., v, 6.)
II n'est pas possible de conserver la chasteté sans un secours particulier de la grâce. Voilà pourquoi la prière vous est un devoir.
La sensualité trouve son aliment dans une certaine légèreté qui joue et badine avec tout, et qui ne réfléchit jamais ; dans une certaine extériorité, qui se donne entièrement aux préoccupations et aux distractions du dehors, sans jamais prier du fond du cœur, sans jamais penser au surnaturel ; dans un certain amour de ses aises et une certaine indolence qui s'effraient de tout efïort et de toute contrainte ; puis aussi dans une curiosité désordonnée qui veut tout savoir, particulièrement quand il s'agit de quelque chose de scandaleux ; dans une avidité des sens qui veulent tout voir, tout entendre, tout lire, tout expérimenter ; dans une licence effrénée de l'imagination et de la sensibilité, qui s'imaginent tout, s'attachent à tout, s'embarrassent dans les sensibleries les plus dangereuses.
2. Que ce vice soit condamnable, nous en avons pour preuves :
a) Le paganisme. Malgré sa dépravation, il appelle ce vice tout simplement « le vice », et professe la plus grande estime pour la chasteté.
b) Le jugement des philosophes, qui ont stigmatisé ce vice sous toutes les formes imaginables.
c) L'aversion naturelle pour une telle chose. Le débau-
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ché lui-même ne manque pas de condamner très sévèrement chez les autres les désordres des sens ; lui seul est excusable à ses propres yeux.
d) La raison, qui ne peut trouver la moindre excuse pour pallier ce vice et qui, pour cela, l'appelle une inconvenance répugnante. Comme les prétextes et les excuses qu'on apporte à ce vice sont misérables ! L'esclave de la sensualité s'excuse en disant : « C'est là un instinct naturel. » Est-ce donc une excuse à tous les excès .-* Le voleur, l'assassin, l'empoisonneur, agissent aussi par instinct naturel. « Après tout, il est permis de parler des choses naturelles; or, ce qui est naturel n'est pas obscène. » N'y a-t-il pas des choses naturelles qui sont des ordures, et que personne ne porterait à sa bouche .-•
ej La manière de voir et d'agir des nobles cœurs et des saints, qui n'ont rien négligé et qui étaient prêts aux plus grands sacrifices pour conserver la pureté de leur cœur.
f) Le jugement de Dieu. Cent et cent fois, dans la révélation chrétienne, ce vice est stigmatisé de la façon la plus sévère.
3. Inexprimables sont les troubles que ce vice occasionne dans la société humaine, dans la famille, dans le cœur des hommes.
Si tant d'âmes faibles se roidissent contre la foi vivante au Christ, c'est que le Christ est trop élevé, trop divin pour entrer en pourparlers avec les exigences de la chair.
C'est l'immoralité qui engendre la haine de la religion. La sensualité est le terrain de culture où se multiplie irrésistiblement l'indifterence religieuse.
C'est dans cette effroyable sensualité que le monde
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déchi'isîiaiiisô menace aujourd'hui d'étouffer. Un cri épouvantable s'échappe du fond de millions de cœurs humains flétris et blasés: il s'échappe en particulier des cloaques sans nombre du vice qui sont au milieu de nos grandes villes, emportées par les progrès de la civilisation: il s'échappe des hôpitaux, où la sensualité a jeté ses victimes, qui tombent en pourriture : il s'échappe de tant de familles imprégnées de l'esprit moderne, où la sensualité non refrénée fait naître les plus déplorables dissensions, tourmente et déchire les cœurs, détruit si souvent le bonheur, pour le remplacer par le dégoût de la vie et un sauvage désespoir.
Le christianisme a rendu à l'humanité sa dignité. Les païens s'étonnaient de la chasteté des premiers chrétiens. Le chrétien lui aussi doit lutter, mais il peut rester victorieux à condition qu'il le veuille.
Que d'âmes faibles ont trouvé, dans la contemplation des souffrances du Christ, le courage de faire les efforts et les sacrifices nécessaires pour sortir victorieuses de la lutte contre les passions honteuses ! Placez-vous en esprit devant le Sauveur, flagellé et déchiré, couvert du sang qui jaillit de ses blessures sans nombre ! Mettez-vous au pied de la croix, considérez les clous, considérez la couronne d'épines, et demandez-vous pourquoi votre Sauveur a permis que son corps très saint fût plongé dans cet océan de douleur.
4. Une vie modérée, réglée, d'où la mollesse et la sensualité soient bannies, est un préservatif nécessaire contre les tentations.
Sans la prière nul ne peut conserver la pureté du cœur. Mais la prière doit être humble. Toute prière qui, au lieu de vous humilier, réveillerait votre orgueil, serait
mauvaise. Comment pourrait-elle être une arme contre les tentations, puisqu'elle est elle-même la pire des tentations ?
« Je réduis mon corps en servitude », dit l'Apôtre saint Paul, (i Cor., IX, 27.) La modération constante dans le boire et le manger vaut mieux qu'un jeûne sévère, pratiqué de temps à autre ; et une retenue continuelle doit être préférée aux austérités extraordinaires.
Gardez donc avec le plus grand soin la pureté de votre cœur. Un cœur joyeux et des pensées pures sont ce qu'il y a de plus précieux sur terre.