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LA LIBRE OBÉISSANCE A DIEU

I . Déjà dans lincarnation du Christ apparaissent deux traits caractéristiques de son cœur divin.

Le premier et le plus profond de ces traits, c"est son obéissance envers son Père céleste. « A son entrée dans le monde, il dit : « Vous n"avez pas voulu l'hostie et « l'oblation, mais vous m'avez donné un corps... Alors « j'ai dit : Voici que je viens... pour accomplir, ô Dieu, « votre volonté... » Il abolit les premiers sacrifices pour établir le second (c'est-à-dire l'obéissance à la volonté de Dieu). Et c'est cette volonté qui nous a sanctifiés par l'oblation du corps de Jésus-Christ, qui a été faite une seule fois. » (Hebr., x, 5-10.)

La vie du Christ n"a été qu'un développement pratique de cet acte d'obéissance. Constamment le Seigneur voyait devant lui sa Passion imminente et il la voyait dans toute son amertume : il avait hâte de voir venir l'heure douloureuse de son amère Passion, il s'en approchait sans fléchir et sans hésiter: obéissant et cependant libre, car il était libre dans son obéissance.

Enfant, jeune homme, il vit dans la soumission en vue de Dieu. Toutes les fois que, durant sa vie publique, il nous permet un regard dans son cœur, nous y apercevons cette soumission à Dieu. Combien souvent ne répète-

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t-il point qtiil est uniquement venu pour fiiire la volonté de son Père céleste! (Jean v, 30.) 11 dit que c'est sa nourriture, c'est-à-dire tout ce qui fait la force de sa vie (Jean, IV, 34), l'élément dans lequel il vit (Jean, viii, 29), sa consolation en tout (Matth., xi, 26). 11 se montre obéissant en tout ce que le Père a prescrit (Jean, iv, 34). 11 va volontiers au devant de sa Passion, parce qu'elle est le calice que le Père lui donne (Marc, xiv, 36 ; Jean, xiv, 3 ! ; XVIII. 1 1).

Le rosier naît d'un germe délicat et il se couronne d'une splendide parure : ainsi, sur le mont du Calvaire, nous voyons l'obéissance du Christ dans tout son déploiement. Là le Seigneur s'est anéanti lui-même et il s'est fait obéissant jusqu'à la mort, jusqu'à la mort de la croix. Sa dernière parole est un acte de soumission à son Père et d'abandon entre ses mains (Luc, xxiii, 46).

2. Voilà notre modèle. Même à la seule lumière de la nature et de la raison, le don le plus précieux que Dieu fait au cœur humain est d'anéantir le vain égoïsme, afin que l'âme n'aime que Dieu seul.

Sophocle dit : « L'esprit de discipline et d'ordre qui veut obéir, fortifie et affermit le guerrier ; il est une bénédiction pour le peuple et pour la patrie. »

Mais c'est dans le Christ que s'est manifestée pour la première fois toute l'excellence de cette vertu. Le Christ obéissait non par nécessité, mais par la charité la plus libre et la plus empressée ; il aimait l'obéissance de toute l'ardeur de son cœur aimant'. C'est dans cette obéissance libre et volontaire que le Christ a accompli

1. Cf. Siniiiiia Tbeol . de saint Thomas d'Aquin, i" 2"', q. 104, a. i ad 1 et 1, q. 47. a. 2.

l'œuvre qui lui avait été assignée. L'impulsion fondamentale de son cœur fut l'obéissance libre et volontaire. C'est dans l'obéissance libre et volontaire que se trouve la puissance régénératrice du christianisme.

Seule l'obéissance libre et volontaire à l'ordre voulu de Dieu peut sauver l'humanité de sa perte.

De la désobéissance de notre premier père vient tout le mal. De l'obéissance du Christ vient notre salut.

Nous devons apprendre du Christ comment obéir. Le royaume du Christ repose sur la subordination la plus complète à Dieu, sur le dévouement noble, courageux, plein d'amour aux intérêts de Dieu, qui sont aussi les vrais intérêts de l'humanité.

Le Christ a obéi volontairement. Lorsqu'une âme aimant Dieu supporte les rigueurs du sort non par force ou par nécessité, mais parce que l'obéissance à Dieu est le mobile de son cœur, on ne peut pas dire que cette âme se soumet à la volonté de Dieu par force ou par nécessité. De même le Christ désirait l'obéissance de toutes les forces de sa volonté. Il obéissait volontiers, avec le plus grand zèle, avec un abandon spontané.

Il désirait du désir le plus intime l'accomplissement de la très sainte volonté de Dieu, même à l'heure douloureuse où sa nature humaine fut remplie de dégoût (Luc, XXII, 42). Une mystérieuse puissance le poussait à être baptisé du baptême de sang qui lui était destiné. C'est dans cet ardent empressement que consiste la spontanéité de l'obéissance du Christ. Bien qu'il dût obéir, il n'obéit cependant pas parce qu'il le devait, mais parce qu'il le voulait spontanément : c'est pourquoi il obéit avec surabondance.

^. Cette disposition doit être aussi la nôtre. Souvent

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l'Apôtre nous exhorte à la liberté de l'esprit, et cependant aussi à l'obéissance (Rom,, viii, is: xiii, s: i Pierre, II, n, 16). C'est une disposition d'âme qui s'attache moins à éviter le mal qu'il faut fuir, qu'à pratiquer le bien qu'il Hiut faire, et qui, là encore, s'attache moins au bien qui est d'obligation, qu'au bien qu'elle peut faire au delà du nécessaire.

C'est la disposition de l'amour, jamais satisfait de ce qu'il accomplit, mais qui voudrait toujours en faire davantage.

C'est cet enthousiasme qui fait qu'on se réjouit dans le sacrifice, la souffrance et la lutte.

C'est cette sainte et sublime disposition dans laquelle on s'écrie : L'amour du Christ me presse ! Qui me séparera de l'amour du Christ? Je méprise tout et le tiens pour de l'ordure, afin de gagner le Christ.

Une telle obéissance remplit notre cœur de joie, elle nous rend forts dans la lutte, elle nous confirme dans l'intelligence du christianisme, elle accroît notre mérite pour l'éternité, et, ce qui est le principal, elle nous unit très intimement au Christ et nous rend particulièrement agréables à Dieu.

C'est la noble pensée qui animait tous les saints; nous ne devons pas nous en départir.

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