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CONTRE LES VANITEUX ET LES AMBITIEUX

1. L'ambition et la vanité font partie de l'orgueil. Cette faiblesse consiste dans le désir immodéré d'être connu, estimé et honoré des autres, dans la recherche de l'approbation, de la louange et du renom parmi les hommes.

Notre position sociale exige une certaine estime de la part de notre prochain. Nous y avons droit et nous avons le devoir de nous en préoccuper. Le défaut commence dès que nous attachons trop de prix à cette estime juste en soi ; il s'accentue davantage lorsque nous nous efforçons d'obtenir de notre prochain une considération non justifiée et qui ne nous est point due.

L'homme vain s'imagine qu'il ne vit pas s'il reste inconnu ; par suite il se met en avant autant qu'il le peut, il se figure que sa grandeur s'accroît avec le nombre de ceux dont il est connu.

Même au seul point de vue de la raison, on constate combien cette passion est vaine. Les grands du monde les plus haut placés ont toujours répété l'antique parole : Tout est vanité.

La gloire ressemble au rond que l'on fait dans l'eau : il s'agrandit toujours et toujours davantage jusqu'à ce

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qu'il s'évanouisse ; elle ressemble aux bulles de savon, qui éclatent alors qu'elles sont dans toute leur beauté.

Qu'est-ce que la renommée, sinon une ombre vaine, qui ne rend, en réalité, ni plus grand ni plus petit?

Et auprès de qui recherche-t-on cette renommée? Auprès des hommes qui se trompent si souvent dans leurs jugements et qui sont si passionnés ! Auprès de statues de sable qui s'effritent ! Auprès d'hommes qui souvent n'ont aucune valeur morale !

Beaucoup cherchent leur renommée dans le péché, dans les chimères, dans le mensonge; d'autres dans des choses extérieures, dans les charmes du visage, dans une frisure élégante, dans un costume à la mode, dans une belle voix; d'autres, il est vrai, dans des avantages réels, comme les dons de l'esprit et du cœur. Mais est-ce mon mérite si je les possède? Dieu me les a donnés. D'autres les auraient si Dieu les leur avait donnés.

Parce qu'un âne porte plus de sacs au moulin, peut-il dresser ses oreilles plus haut que celui qui en porte moins ?

Cette passion vient d'une tendance plus ou moins consciente ou inconsciente à se mettre à la place de Dieu ; elle corrompt toutes les vertus, en les mettant au service de régoïsme.

2. « Celui qui ouvre son cœur à l'ambition le ferme au repos », dit un proverbe chinois.

Et cependant, l'homme sue par tous les pores l'ambition, la vanité, le désir de plaire. C'est une passion vorace : elle ne dédaigne aucun aliment.

L'ambitieux veut des éloges, sans quoi il estime qu'on le blâme. Voilà pourquoi on cherche à se mettre en vue, on s'efforce de prendre des airs et de se faire remarquer.

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chacun à sa manière. On pille toute la création et on se l'attribue, on en orne son esprit, on en pare son corps, uniquement pour briller et acquérir la renommée auprès des hommes.

C'est l'ambition qui, dans la vie sociale, est l'ennemie de la paix et de la sociabilité, l'origine de tous les troubles, la source de toutes les hypocrisies, le mobile de la chasse aux dignités et de toutes les manœuvres de l'envie.

Plus d'un petit homme, pour paraître grand, a cherché à monter sur un escabeau. Hélas ! s'il pouvait comprendre qu'on voit mieux sa petitesse quand il est sur la hauteur!

Qu'est-ce que l'homme haut placé ? Un mendiant orgueilleux, qui se vante et qui mendie, qui mendie auprès de la foule l'aumône des hommages, et auquel souvent la foule refuse son obole. Et pourtant le monde est rempli de ces mendiants.

Comme l'ambitieux en quête de dignités, le ver se recourbe et rampe ; mais il n'a pas de boutonnière pour y accrocher une décoration.

Tout homme naît avec le penchant à se mettre en avant, à se faire admirer, même dans la vertu ; et la raison comprend qu'il faut donner un vernis de vertu à ce penchant. Le fnux éclat de la vertu a déjà fait perdre à plus d'un la vertu qu'il possédait.

Beaucoup refusent la louange parce qu'ils veulent être loués deux fois.

Beaucoup, honnêtes gens d'ailleurs, se laissent entraîner à mentir, parce qu'ils ne résistent pas à la vanité.

Combien le monde donne à l'apparence de la science ! Et cependant, qu'est-ce que cette apparence? Un âne qui porte beaucoup de livres n'en est pas plus savant ; s'il broute des chardons grecs, il n'en perd pas ses oreilles.

Certains vaniteux croient que tout le monde se préoc-

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cupe de leurs moindres faits et gestes, ils s'imaginent que s'ils regardaient l'Océan d'une certaine manière, ce serait un cas de guerre avec les Américains.

Plus nombreux encore ceux qui sont assez vaniteux pour croire qu'ils ont partout des envieux, quoiqu'ils soient peu enviables.

Chacun accuse son voisin, chacun publie la faute d'autrui, mais il est rare qu'on avoue librement une faute commise.

Le temps émousse l'aiguillon de la douleur ; il aiguise celui de la vanité blessée.

Ainsi la vanité est toujours répugnante et importune ; souvent elle est ridicule. Dans un chrétien, elle est plus répugnante encore.

3. Le Christ est pour nous une lumière et un modèle. Il se soucie peu de se montrer au monde pour acquérir la gloire. 11 passe sa jeunesse dans un hameau caché dans les montagnes. Ses parents sont de pauvres artisans déchus d'une haute noblesse. Jusqu'à l'âge de trente ans, sa vie s'écoule dans les occupations les plus vulgaires. 11 cache toute sa puissance et sa sagesse sous l'apparence d'un homme ordinaire. De même il voile sa sainteté divine sous l'apparence d'un homme vertueux.

Alors même que, pour obéir à sa vocation de Messie, il entre dans la vie publique, il ne cherche jamais l'éloge qui était dû à ses qualités ; il n'a qu'une pensée : la gloire de son Père céleste. Lorsque ce zèle lui attire les opprobres et les persécutions, il supporte tout avec une sainte patience. Encore enfant, il doit fuir en exil, comme un être dangereux pour l'État ; et il meurt comme un scélérat sur le gibet de la croix.

Et, malgré ces exemples, vous voudriez satisfaire votre

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ambition en cherchant la louange et la considération des hommes ! Vous vous sentiriez malheureux si cette gloriole vous était refusée ! Si la renommée humaine avait en réalité tant de prix, le Christ l'aurait recherchée lui aussi.

Ne cherchez donc point à acquérir un faux brillant. Contentez-vous de faire le bien, et laissez aux autres le soin d'en parler. Efforcez-vous d'être bon plutôt que de le paraître. Celui-là seul qui cherche Dieu du fond du cœur peut se préserver d'une vaine ambition.

Ce n'est pas faire le bien, que de vouloir le bien pour la louange et l'honneur. Faites le bien aussi secrètement que si c'était le mal.

N'estimez pas trop votre intelligence, mais reconnaissez ce qui vous manque. Beaucoup seraient sages s'ils croyaient ne pas l'être.

Ne souhaitez pas paraître savoir quelque chose ou être quelque chose ; et alors même que vous semblez aux autres avoir quelque valeur, défiez-vous de vous-même.

Ne ressemblez point au paon qui déploie sa queue, surtout si la queue n'a pas de plumes.

Défiez-vous d'autant plus de vous que les autres vous accordent plus de confiance.

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