‹ La philosophie chrétienne de la vieChapitre 174 sur 344 · LA PAUVRETE DU CHRIST · texte numérisé non relu

LA PAUVRETE DU CHRIST

pains, au milieu d'une multitude; une autre fois, sous la chaleur de midi, il est en pleine campagne avec ses Apôtres, sans un seul morceau de pain : si bien que les Apôtres commencent à cueillir les épis (Matth., xii, i) pour s'en nourrir.

Son vêtement est pauvre (Jean, xix, 2}). 11 n'a pas assez d'argent pour payer l'impôt du temple (Matth., xvii, 26). Il vit d'aumônes (Luc, vu, 3 ; Jean, xii, 6).

La pauvreté du Christ grandit jusqu'à sa mort. A Nazareth, dans l'humble maison, il avait du moins une demeure permanente : Marie et Joseph prenaient soin de tout. Au moment de sa mort, il n'a même pas un verre d'eau, pas un morceau de toile pour se couvrir, pas un appui pour reposer sa tête endolorie, pas un sépulcre pour v dormir son dernier sommeil.

Pourquoi donc le Sauveur du monde s'est-il révélé dans une si extrême pauvreté ? Cette pauvreté était en harmonie avec l'anéantissement infini qui devait procurer à Dieu une gloire infinie. Cette pauvreté, il la fallait aussi pour nous donner l'enseignement et le remède dont nous avions besoin.

Tous, tant que nous sommes, nous voulons être heureux. Ce que nous percevons par les sens s'impose à nous avec une force presque irrésistible. Nous avions donc besoin d'apprendre que le bonheur, le bonheur véritable, n'est pas dans les possessions et dans le bien-être terrestres.

A quoi nous eût-il servi que le Sauveur se contentât de nous enseigner cette doctrine en paroles ?

2. Le chrétien qui se trouve dans les circonstances ordinaires de la vie n'est pas invité à imiter la pauvreté effective du Seigneur. La Providence lui assigne une posi-

PHILOSOI'HIE. II. — î

66 2^ SEMAINE. — 1. — l'imitation DU CHRIST

tion sociale où il lui est permis, dans une certaine mesure, d'user des biens terrestres et même de s'enrichir.

La pauvreté effective consiste dans le dépouillement et la privation volontaires des biens extérieurs, matériels, en vue d'un but surnaturel, pour atteindre à la perfection chrétienne.

Ceux qui veulent coopérer avec le Seigneur dans la mission apostolique du salut des âmes doivent être plus ou moins semblables à lui dans la pauvreté extérieure, autant que le leur permet leur état. Le Sauveur l'exige. (Matth., XIX, 21-23; Luc, xii, }}.)

Mais tous les chrétiens doivent être pauvres en esprit, c'est-à-dire par les dispositions du cœur, en se détachant de toute fausse estime des biens, en renonçant à tout attachement excessif aux choses terrestres.

Beaucoup d'hommes arrivent à la richesse, et s'élèvent à une certaine hauteur, mais comme les ramoneurs : ils rampent dans des conduits sombres et sales, ils se noircissent.

Vous n'avez nul besoin d'être haut placé dans le monde, pourvu que vous vous teniez ferme à votre place.

De tout temps, il y a eu des hommes dont tous les efforts et toute la vie n'avaient d'autre but que la possession des biens matériels.

Quelle triste chose que cette estime de l'argent et du bien-être, lorsqu'elle se glisse dans la vie de ceux qui, par état, sont appelés à donner aux autres le bon exemple !

3. Cette passion est la coupable exagération d'un penchant profondément ancré dans la nature humaine.

Vous pouvez posséder les richesses, mais vos richesses ne doivent pas vous posséder. Avoir du poison et être

LA l'AUVKhll. DU CHRIST 0/

empoisonné sont choses fort différentes. Les pharmaciens ont du poison, mais ils ne sont pas empoisonnés. Ainsi vous pouvez posséder des richesses sans en être empoisonné, lorsqu'elles sont seulement dans votre bourse sans remplir votre cœur.

Cette passion est indigne de l'homme. Rien n'abaisse autant l'homme que d'attacher son cœur à l'argent, aux appétits sensuels et à l'apparence extérieure.

Cette passion est dangereuse parce qu'elle permet à l'homme de satisfaire toutes ses autres cupidités. Plus on entasse les jouissances terrestres, et plus on court le risque de glisser et de tomber dans le désordre.

Facilement cette passion conduit à penser qu'on pourrait se passer de Dieu parce qu'on a de l'argent. Le prophète fait entendre ce cri : « Malheur à vous, riches de Sion, qui êtes en sécurité sur la montagne de Samarie, grands, chefs de peuples, qui entrez avec pompe dans la maison d'Israël. » (Amos, vi, i.)

Jamais encore cette passion n'a rendu un seul homme heureux. Les richesses sont comme les eaux de la mer : plus on en boit, plus on est altéré.

Et qu'advient-il à celui qui entasse son argent par avarice? L'âne, dit un sage, n'a durant sa vie que beaucoup de travail et une méchante nourriture ; après sa mort, sa peau, devenue tambour, réjouit les autres. Il en va ainsi de l'avare.

Socrate voyant un riche tenir beaucoup à ses richesses, disait : Encore un esclave doré !

Les richesses sont des épines. Que de peines pour les acquérir ! que de blessures quand on s'y attache ! que de soucis cuisants si on les dépense ! quelles tortures quand on les perd !

68 2^ SEMAINE. — I. — l'imitation DU CHRIST

4. Avec les richesses il faut, en outre, le bonheur, mais bonheur passe richesses.

Celui qui veut rapidement et facilement obtenir ce qu'il souhaite doit viser moins à accroître ses biens qu'à réprimer son avidité.

Voulez-vous mépriser aisément les biens de la terre : considérez la plupart de ceux qui en sont dotés.

Le temps vient — et cette heure vient vite et à l'improviste — où les riches ne trouvent plus rien dans leurs mains : « Insensé que tu es, on va te redemander ton âme cette nuit même, et pour qui sera ce que tu as amassé PII en est ainsi de celui qui amasse des trésors pour lui-même et qui n'est point riche en Dieu. » (Luc, xn, 20-21.)

Amassez les richesses que les voleurs ne peuvent dérober, dont les puissants ne peuvent s'emparer ; les richesses qui vous suivront dans la mort, qui ne disparaissent pas, qui ne se corrompent pas. Ce sont les quatre vertus fondamentales du divin Cœur de Jésus : l'obéissance au Père céleste, l'amour envers les hommes, l'humilité vis-à-vis de soi-même, le mépris des choses du monde.

Page 1