LE TRAVAIL 9I
De là vient aussi que chaque homme en particulier a des aptitudes spéciales, au physique comme au moral. Une même chose ne convient pas à tous. Tel homme est particulièrement propre à tel état, et cet autre est autrement doué.
Le travail est donc voulu par le Créateur, qui a réglé ainsi et non autrement la nature des hommes et des choses.
2. Dans le paradis terrestre le travail aurait, par une grâce spéciale de Dieu, perdu son aiguillon, son côté trop pénible. La grâce fut perdue par la faute originelle, et l'homm.e se trouva aux prises avec les difficultés naturelles. « Tu mangeras ton pain à la sueur de ton front. » (Gen., m, 19.) Maintenant le travail est redevenu, avec ses difficultés, une obligation de notre nature ! c'est pourquoi il est honorable.
Le vieux paganisme avait perdu la vraie notion du travail. 11 voyait dans l'exercice d'un métier et dans le travail manuel une dégradation dont tout homme libre devait rougir.
3. Le Christ est venu. 11 nous a délivrés du péché, mais il nous en a laissé les conséquences temporelles — souffrances amères et rudes travaux — afin que nous nous en servions, en esprit de pénitence, comme d'une échelle pour atteindre au ciel. Sans cesse il dirige nos regards vers l'éternité; alors les distinctions sociales semblent choses secondaires : celui-ci a un rôle, celui-là en a un autre : peu importe quel rôle chacun joue sur le théâtre de la vie, pourvu qu'il joue pour l'éternité.
Par son exemple, le Christ a sanctifié le travail, jusqu'à sa trentième année il travailla dans la maison de
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Nazareth, dans l'atelier du charpentier. C'étaient des travaux vulgaires mais cependant pénibles, comrrte ceux qui remplissent la vie de la plupart des hommes.
Puisque Dieu en a agi ainsi, tout homme est honorable qui gagne sa vie et celle des siens par son travail, au milieu des peines et des fatigues.
La croix du travail fut inséparable de l'existence du Sauveur. Sa vie publique fut continuellement remplie par un travail pénible. Lorsque, après une journée fatigante, on lui amenait, le soir, les malades des environs, il ne les renvoyait pas et ne refusait point le travail.
Jamais il n'avait un moment de repos, et lorsqu'il voulait en prendre, il était troublé, mais jamais il ne se plaignait. 11 accueillait aimablement les mères et leurs enfants. Lorsqu'il voulait se reposer avec ses disciples dans un lieu désert, il se trouvait en présence d'une grande foule et il l'entretenait longtemps. (Marc, vi, 34.)
Il ne connaissait point de passe-temps, mais uniquement le travail qui lui était imposé. Ce travafl le fatiguait et il éprouvait de la lassitude. (Marc, viii, 24;Joan., iv, 6.)
Rien ne le détourne du travail, ni les fatigues de la route, ni les incommodités de la température, ni l'austérité de sa vie, où il s'imposait des jeûnes fréquents, des prières prolongées dans la nuit.
C'est dans les classes laborieuses qu'il choisissait ses Apôtres, et ceux-ci devaient être des travailleurs. Le grand Apôtre des nations demande sa subsistance au travail manuel.
Il y a deux choses qui font paraître le travail rebutant à la nature humaine : c'est la déconsidération et la fatigue. Le Christ a accepté ce côté douloureux et humiliant du travail dans toute sa rigueur. Et ainsi il a rétabli le travail dans ses droits.
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4. Aimez donc le travail. Rien de plus misérable que Ihomme bien portant qui est oisif. L'aversion pour le travail se traduit sous la forme de l'oisiveté, lorsqu'on ne veut pas travailler, lorsqu'on refuse de remplir les devoirs imposés par la position; sous la forme de la nonchalance, lorsqu'on redoute tout effort ; sous la forme de la tiédeur, lorsqu'on ne veut rien faire de difficile pour le salut de son âme.
Il n'est pas besoin d'être un chrétien fervent pour comprendre que rien n'est plus préjudiciable à la moralité et au bonheur que la paresse tournée en habitude.
L'oisiveté fatigue plus que le travail ; et par-dessus le marché vous avez le dommage et la honte. Le paresseux est plein de désirs.
Le talent seul est un métal brut : l'activité lui donne son empreinte et en fait une monnaie précieuse.
Le travail n'est pas un tourment : toute activité dirigée à un but honnête a la propriété de devenir intéressante dès qu'on s'y adonne sérieusement.
Le meilleur moyen d'éviter les caprices et l'ennui est une occupation sérieuse et réglée. La nature nous en fait un besoin, la conscience l'élève jusqu'à la dignité du devoir et l'habitude l'ennoblit jusqu'à en faire un plaisir.
5. Celui qui travaille doit travailler bien, non pas comme un animal qui n'a rien au delà de cette vie, mais comme un homme qui a Dieu pour fm. Il faut joindre la prière au travail et ne pas faire du succès la chose essentielle.
Le travail ne doit pas être confondu avec la précipitation, qui, à proprement parler, ne travaille pas mais se hâte autant que possible, vers n'importe quoi, à seule fm d'obtenir un succès palpable.
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Travaillez selon la condition où la Providence vous a placé. Ne vous attristez point si, par la volonté de Dieu, vous ne trouvez pas dans votre état l'occasion de faire valoir vos talents et vos qualités; un tel renoncement, s'il est fait par soumission à la volonté de Dieu, est plus méritoire que le succès le plus brillant.
Par son exemple, le Christ sanctifie le travail de la vie, même le plus vulgaire. Mais il prise peu la besogne telle que l'entendent les hommes d'affaires; il prend son temps pour tout. Il ne recommande rien moins que ce travail affairé auquel se livre le monde moderne et qui n'est autre chose qu'une oisiveté turbulente.
Pour être béni le travail doit être réglé. Que de mécontentements proviennent de ce qu'on fait trop ou trop peu ou de ce qu'on ne fait pas le travail qu'on devrait faire!
Il ne faut point faire du travail une idole, mais on doit l'employer au service de Dieu. Que votre travail ne soit ni votre dieu ni votre enfer ; qu'il soit le chemin qui vous mène à Dieu.
L'homme vivant sur la terre, le travail fait partie du bonheur que l'on peut acquérir ici-bas, mais il n'est pas le bonheur. Nul ne trouve une complète satisfaction dans son travail. Comment s'imaginer un paradis terrestre où l'on travaillerait perpétuellement ? Si le travail était synonyme de bonheur, on ne s'en dispenserait pas si volontiers.