LA QUESTION DE LA FIN 4I
Comme l'œil, l'oreille, la main, le pied ont un but déterminé, personne ne peut douter que l'homme entier ait une fin.
2. Parmi les différentes fins pour lesquelles tout homme existe, il doit y en avoir une suprême et dernière à laquelle se rapportent les autres.
L'homme avant tout doit répondre à sa fin suprême et dernière.
Celui qui correspond à la fin de son existence et à la fin suprême et dernière est un homme de bien. On peut être un bon peintre et un mauvais homme, comme on peut être un mauvais peintre et un homme de bien.
Posséder la santé, l'usage normal de ses membres, a du prix pour l'homme; mais ce n'est pas en cela que se trouve la fin particulière de la vie humaine. C'est plutôt en exerçant comme il convient ces facultés qui caractérisent l'homme comme homme que cette fin doit être atteinte.
Celui qui ne correspond pas au but suprême et dernier de son existence est un être inutile; c'est en vain qu'il existe, il vit pour sa perte.
On renvoie le domestique qui ne fait pas son service, et on brise et on jette au feu le balai qui ne peut plus balayer.
Il est de la plus grande importance pour l'homme de connaître la fin dernière et suprême de sa vie; il doit savoir en définitive pourquoi il est au monde.
Comment en présence de plusieurs routes un voyageur peut-il choisir la bonne, s'il ignore où il doit et où il veut aller? Comment un homme peut-il bien vivre, s'il ne sait pas pourquoi il vit?
On ne satisfait pas au but de l'existence en satisfaisant
42 r^ SEMAINE. — I. l'amour DE LA VÉRITÉ
aux conditions extérieures de la vie; ainsi celui qui remplit ses devoirs sociaux et religieux n'est pas quitte. L'importance de la vie ne consiste pas seulement dans ce qui intéresse la conservation de l'homme.
Non, le but de l'existence de l'homme ne se trouve pas dans le domaine du monde extérieur. Les biens de ce monde ne vont pas à ceux qui le méritent, et du reste, ce que les hommes obtiennent ici-bas ne peut jamais les satisfaire.
Quand bien même les charmes de l'existence combleraient les désirs de l'homme pour un instant, cette question se pose toujours à lui : Pourquoi pas davantage? Pourquoi tout cela? Quel est le point de vue suprême et dernier sous lequel l'homme doit envisager le labeur de sa vie ?
Et maintenant comment peut-il connaître le but suprême et dernier de son existence? On ne connaît pas toujours le but d'une chose par sa forme apparente; on peut se servir d'une pierre pour enfoncer un clou, il ne s'ensuit pas que ce soit là son emploi.
Mais si la cause d'un être lui a donné une détermination précise, je dois en conclure que là se trouve ce qui nous indique la fin de cet être.
Cette question se pose avant tout : D'où venons-nous? Où se trouve la cause suprême de notre nature?