‹ La philosophie chrétienne de la vieChapitre 206 sur 344 · REGLES DE PRUDENCE · texte numérisé non relu

REGLES DE PRUDENCE

1 . Soyez prudent dans la direction de votre vie ! La prudence chrétienne ne se rapporte pas seulement aux relations avec le prochain; elle doit éclairer tout l'ensemble de la vie du chrétien. A quoi sert la meilleure voiture s'il n'y a pas de cocher ? La prudence est une des quatre vertus cardinales.

Fuyez la fausse prudence du monde : ce n'est qu'un ramassis de mensonges, de dissimulations, de paroles oiseuses.

Ne dédaignez point votre raison ; elle est un don de Dieu qu'il faut utiliser pour atteindre votre but surnaturel. Elle ressemble à l'œil, tandis que la révélation est un puissant télescope : ferme-t-on les yeux pour mieux voir dans la lunette ?

Vos sentiments chrétiens doivent vous donner la force d'accomplir, avec un constant renoncement à vous-même, ce que votre raison vous dit être prudent et sage.

La première règle de la vraie prudence exige que nous ne perdions jamais de vue Dieu, notre Créateur et Seigneur, notre but et notre fin. Pour demeurer dans le droit chemin, il faut n'oublier pas le but auquel ce chemin doit conduire.

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Conservez vos bons principes et vos bonnes habitudes; ne réglez pas votre vie selon les caprices du moment ; mais, comme l'aiguille aimantée, après chaque déviation, reprenez aussi rapidement e]ue possible votre première position. Agissez toujours avec prévoyance et réflexion.

Pour persévérer dans le bien, il faut avant tout s'efforcer d'avoir une parfaite connaissance de Dieu et de soimême.

N'obéissez pas à toute inspiration intérieure : souvent le mal se cache sous l'apparence du bien. Souvent on reconnaît la nature de l'inspiration à son origine, plus souvent encore au but vers lequel elle tend. Trouble et consolation, que tout vous serve à vous rapprocher de Dieu. A l'heure des ténèbres, ne changez rien à ce qui vous a paru bon à l'heure de la lumière. Examinez, utilisez et réglez votre disposition d'âme autant que possible; mais ne vous en rendez pas dépendant. Si vous vous trouvez dans une bonne disposition, remerciez-en Dieu.

En tout, prenez-vous-y adroitement. Le savoir-faire réussit mieux que la violence, le courage est plus souvent vaincu par la prudence que vice versa.

11 ftiut savoir prendre toutes les choses non par la lame, qui blesse, mais par le manche, qui est utile. La meilleure chose cause une douleur inutile si on la prend par son côté tranchant. Au contraire, une arme dangereuse devient une arme défensive si on la saisit par la poignée.

On se trouble de beaucoup de choses, parce qu'on perd de vue leur bon côté. En tout, il y a du pour et du contre. On doit toujours trouver le côté avantageux. Ses ennemis sont plus utiles au sage qu'à l'imprudent ses amis.

Pour vivre, aujourd'hui, il faut se mettre au pas des autres. De là le très grand danger d'aller trop vite ou du moins de perdre haleine. Ceux qui traversent la vie au

galop dans la légèreté et la déraison, ont deux ânes fougueux attelés à leur voiture.

En tout, gardez la mesure, n'allez ni trop vite ni trop lentement.

2. Instruisez-vous par le passé, employez le présent, songez à l'avenir. Donnez à chaque chose le temps qu'il lui faut. Un proverbe dit : Mettez cent poules sur un œuf, elles ne font pas éclore un poussin en trois jours.

Beaucoup n'acquièrent une dose convenable de prudence qu'après des échecs répétés. Pour profiter de l'expérience, il faut déjà être prudent. L'expérience peut ajouter à la prudence, elle ne la donne point à qui en manque. Pour que les ailes se développent en volant, encore faut-il avoir des ailes.

Qui est prudent et réfléchi dans l'action est capable d'entendre raison; il écoute facilement le conseil d'un honnête homme.

11 ne se creuse pas la tête pour des choses que leur nature dérobe à notre connaissance. Il estime la vérité et la science, mais il ne vise pas au renom de savant. H ne cherche pas le commerce des gens de qualité et ne se confie pas à quiconque est aimable. Il est réservé dans ses relations avec ceux dont il peut redouter un danger.

Souvent l'on s'imagine plaire aux autres par l'intimité, tandis qu'on leur devient à charge parce qu'ils s'aperçoivent de l'infirmité humaine.

3. Le sage se sent attiré vers tout ce qui l'unit intimement à la très sainte volonté de Dieu. 11 n'attend pas d'une modification des circonstances ce que le changement de ses dispositons peut seul lui apporter.

Réfléchissez d'abord, puis commencez. L'insensé enfonce

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les portes. Tous les sots sont téméraiics. Cette étroitesse d'esprit qui les empêche de prévoir les mesures à prendre, les rend bientôt insensibles aux dommages causés par le mauvais succès.

Le sage vit comme il peut, s'il ne peut vivre comme il le veut; il compte avec ce que la Providence lui accorde, non avec ce qu'elle lui refuse.

Exploitez ce que vous avez, et non ce que vous n'avez pas. Mieux vaut employer les faibles moyens que vous possédez que d'envier aux autres leurs gros capitaux. Mieux vaut accomplir les travaux et les bonnes œuvres qui sont de votre état, que de désirer des travaux et des choses qui sont au-dessus de votre condition. Mieux vaut supporter les peines légères et les petites contrariétés qui vous frappent dans le cours ordinaire de votre vie, que de souhaiter répandre votre sang pour Dieu.

L'homme vertueux choisit la voie moyenne, dit Aristote; il se tient à égale distance des deux extrêmes, du trop et du trop peu. Que de pensées raisonnables ont un superlatif insensé !

Employez chaque jour comme s'il était le premier. Je ne profite bien de la vie que si chaque jour est pour moi une nouvelle conquête.

Veillez à ne pas prendre de mauvaises habitudes. Un penchant est difficile à vaincre ; mais si l'habitude s'y joint et s'enracine peu à peu, il est invincible.

Si vous vous apercevez que vous faites fausse voie, revenez sur vos pas. il vaut mieux revenir sur ses pas que d'avancer.

Si vous avez commis une faute, réparez-la sur-lechamp, afin qu'elle n'étende pas ses conséquences.

On va loin lorsqu'on possède ces deux arts : savoir attendre, ne laisser échapper aucune occasion.

C'est un grand art dans la vie que de savoir profiter de toutes les occasions pour atteindre le but. C'est ce que fait le batelier : il profite du vent qui souffle. Il ne suffit pas d'agir d'après des principes solidement établis : il faut nous faire un principe de régler au besoin nos actions selon les circonstances et les occasions.

4. Distinguez toujours l'essentiel de l'accessoire, et ne perdez ni votre temps ni votre patience pour des choses sans importance.

L'essentiel ne suft'it pas d'ailleurs : les circonstances ont aussi leur utilité. Le « comment » fait beaucoup.

Si vous avez une chose en vue, examinez non seulement si votre conduite est droite, mais encore s'il est sage d'exécuter votre projet dans les circonstances données.

Distinguez entre la réalité et l'imagination. L'imagination se mêle à vos désirs et vous montre leur objet tout autre qu'il n'est.

Distinguez entre l'être et le paraître. Ni les choses ni les personnes ne sont toujours ce qu'elles semblent à première vue. Mais il ne faut pas toujours dédaigner l'apparence. Souvent la réalité n'a de puissance parmi les hommes que si l'apparence lui vient en aide.

Assignez à chaque chose sa véritable valeur. Attacher trop d'importance aux choses insignifiantes, c'est vouloir brider une puce. Ne traitez pas non plus trop légèrement les choses importantes : un aigle ne vole pas avec les ailes d'une mouche.

Ne dédaignez pas la connaissance pratique de la vie. Il est des gens sages qui sont extrêmement judicieux dans les hautes questions; mais, parce qu'ils n'entendent rien aux choses courantes, ils trébuchent à chaque pas. Pour cheminer à travers la vie, il faut regarder non seulement

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