LA VRAIE PIETE
1. Il n'est rien de si noble dont on ne puisse abuser. Il y a dans le monde beaucoup de choses fausses, il y a aussi une fausse piété.
Pourquoi la piété est-elle si décriée en de certains milieux? Parce qu'un grand nombre d'esprits fourvoyés l'ont dépréciée : ils la font consister dans des pratiques accessoires et ils négligent l'essentiel.
Sur cent personnes qui veulent passer pour pieuses, plus de quatre-vingt-dix n'ont d'autre règle que le caprice ou l'entêtement.
Plus un bien est noble, et pire est l'abus de ce bien. Sous maints rapports on a fait de la piété la servante de l'égoisme. On en a fait aussi un vêtement pour la vanité du cœur.
Les pires ennemis de la vraie piété sont : i« une sensibilité purement naturelle (la sentimentalité) ; 2« une estime exagérée des pratiques extérieures (pharisaïsme) ; 3° une estime exagérée de son opinion personnelle (subjectivisme); 4° une rudesse outrée (égoisme); 3° l'estime exclusive de la raison, au point de faire peu de cas de tout ce que la raison humaine ne peut mesurer (rationalisme).
La piété a deux vers rongeurs : la sensualité spirituelle, qui recherche les sentiments tendres et doux, et la vanité spirituelle, qui voudrait se distinguer par la piété.
Ils ne sont pas rares, ceux qui se croient pieux, parce qu'ils se bercent dans des sentiments doux et agréables.
Il est beaucoup plus facile de rêver dévotement que de faire le bien. Aussi ne manque-t-il pas de gens qui rêvent de la sorte uniquement pour n'avoir pas à bien agir.
2. II en est qui se croient pieux parce qu'ils s'imaginent connaître une foule de moyens de mener une vie religieuse, mais ils n'ont garde d'employer un seul de ces moyens. Pour être vraiment pieux, il n'est pas nécessaire de savoir beaucoup, mais de faire beaucoup.
D'autres placent leur piété dans les choses extérieures. De telles choses — même les pratiques de dévotion et les bonnes œuvres — ne sont utiles qu'à la condition d'être vivifiées par les dispositions intérieures. A quoi vous servirait-il de vous tourmenter pour avoir les dehors de la vertu, de donner votre bien aux pauvres, d'être rempli d'une dévotion ardente, si, au plus profond de votre cœur, vous vous cherchez vous-même ? si vous agissez de la sorte pour avoir les louanges et l'estime des hommes, pour vous pousser dans le monde grcâce à votre conduite religieuse?
Certaines personnes pieuses désirent que Dieu les serve, plutôt qu'elles ne veulent servir Dieu.
Toute piété qui ne rend pas l'homme plus consciencieux, plus fidèle à ses devoirs d'état, plus humble, est une fausse piété.
Mesurez la quantité et la longueur de vos prières au nombre de vos affaires ; et ortranisez vos exercices de