LA VICTOIRE SUR LES TENTATIONS I^I
mal de la fai^on la plus iinportuiic, la plus maligne, la plus folle.
La tentation est tout ce qui nous pousse à méconnaître la volonté de Dieu, pour rechercher notre propre satisfaction ; la plupart du temps la tentation existe avant que lame sache clairement et nettement qu'elle est tentée.
Les tentations ne vont pas immédiatement à l'extrême; elles semblent d'abord inoffensives. Elles veulent nous détourner du bien sous prétexte qu'il en résulterait un dommage ou une perte de temps; elles nous sollicitent à un autre bien pour nous empêcher de faire ce que Dieu veut; elles nous embarrassent dans les subtilités menteuses de l'égoïsme. Il est important de reconnaître et de repousser à temps ces manœuvres de la tentation mauvaise.
Les tentations se présentent sous les formes les plus diverses. Pour Adam et Eve, la tentation fut en rapport avec la nature encore intègre de l'homme et avec les sentiments simples et naïfs de nos premiers parents.
Souvent la tentation se reproduit comme dans l'Eden. Elle commence par le doute et par une interprétation subtile des préceptes divins. Puis on se dissimule les conséquences funestes. Ensuite on s'illusionne, en se représentant par l'imagination un bien immense. Un bonheur divin, une gloire divine, telle est assez souvent la formule magique : « Vous serez semblables à des dieux. »
Faux orgueil scientifique, désir eftVéné de liberté, efforts pour s'égaler à Dieu, tel est souvent le début: plaisirs grossiers, désirs honteux, esclavage des sens, abrutissement complet de l'homme, telle est souvent l'issue malheureuse de la tentation.
. 3. Les tentations proviennent avant tout de la nature
humaine et du monde extérieur. Satan profite en traître des conditions naturelles et des influences extérieures pour donner plus de force à la tentation. De là, ce qu'il y a de bizarre, d'insensé, de prodigieux dans beaucoup de tentations.
De dangereuses tentations proviennent aussi de la puissance de l'imagination. Celle-ci ressemble à une loupe ou à un kaléidoscope : elle nous fait voir des choses qui ne sont pas.
11 ne faut pas attacher trop d'importance aux tentations, il ne faut pas trop s'en inquiéter, s'en alarmer. Ce serait enfoncer une porte ouverte.
L'exemple du Christ nous prouve que la tentation n'a rien de coupable, rien d'imparfait, tant que nous ne la cherchons pas, tant. que nous ne la voulons pas.
Et quand bien même nous serions lancés çà et là comme une balle par Satan, il ne faudrait pas nous décourager, puisque nous voyons le Sauveur tenté à un tel point.
Beaucoup se font mille scrupules au sujet des imaginations et des pensées mauvaises dont ils sont obsédés; ils se troublent sans raison, car il est certain que seul le consentement mauvais est péché.
11 se peut que les tentations soient des signes de violentes passions, il se peut que Dieu se cache pour ainsi dire et nous abandonne à toute la faiblesse de la nature et aux plus furieux assauts du démon : tant que nous n'y consentons pas, tant que nous ne savourons pas le .plaisir qui est contre l'ordre de Dieu, il ne saurait être question de péché. Le péché consiste dans le libre acquiescement.
Dieu n'exauce pas toujours notre prière en faisant cesser la tentation ; il l'exauce toujours en nous gardant de consentir à la tentation. Soyons-en bien convaincus :
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jainais Dieu ne nous tentera au delà de nos forces (i Cor., X, 13). Dès lors nous sommes toujours en état de résister à la condition de le vouloir.
4. D'un autre côté, on ne doit pas non plus faire fi du danger de la tentation. Pour bien des gens, l'histoire de leurs tentations est l'histoire de leurs défaites et de leur perte.
Il est des tentations si violentes que nous ne pouvons pas manquer d'en être ébranlés. On les appelle souvent simplement tentations, et ce n'est pas sans raison que nous faisons cette demande : « Ne nous laissez pas succomber à la tentation. »
5. L'utilité des tentations mérite aussi notre attention. Qui n'a pas combattu n'a pas droit aux honneurs du triomphe ; qui n'a jamais été tenté n'a jamais éprouvé sa vertu.
La tentation éclaire notre intelligence en nous ftiisant mieux connaître la vérité. Elle détruit l'estime exagérée que nous avons de nous-mêmes. Elle nous montre tout le mal dont nous sommes capables ; elle nous montre aussi le degré de fidélité que nous avons atteint avec la grâce de Dieu. Nul ne sait l'étendue de son courage, le danger seul nous l'apprend.
La tentation trempe et fortifie la volonté. Plus violemment un arbre est secoué par le vent, et plus profondément il enfonce ses racines.
La tentation conduit à une union plus étroite avec Dieu. Dieu permet les tentations chez les âmes droites, afin qu'elles sentent par expérience leur misère et le besoin qu'elles ont de secours. Elles expérimentent par là toute la force de leur perversité. Des pensées mauvaises, des désirs bas de toutes sortes remplissent leur esprit ; les
passions sont en quelque sorte déchaînées, et aux basses inclinations de la faible nature, la puissance du mal ajoute encore ses noires suggestions. Poussé ainsi jusqu'aux limites du consentement, l'homme se sent à bout de ressources ; plein de confiance, il se jette entre les bras de Dieu, et, dans un profond sentiment de reconnaissance, il emploie les moyens surnaturels que la bonté divine a établis dans l'Église pour notre direction et notre salut.
Le moment de la tentation est le meilleur pour atteindre le but de notre vie : « Mes frères, considérez comme le sujet d'une extrême joie les diverses afflictions qui vous arrivent, sachant que l'épreuve de votre foi produit la patience. Or la patience doit être parfaite dans ses œuvres, afin que vous soyez parfaits et accomplis en toute manière et qu'il ne vous manque rien. » (Jac, i, 2, ssq.)
6. Pour que les tentations nous soient utiles, il faut savoir y résister. Au temps de la paix nous devons fortifier notre volonté par la pratique de la domination sur nous-mêmes, nous devons veiller et prier, nous devons nous maintenir dans le repos intérieur et le calme.
11 est des tentations qu'il faut combattre directement avec une grande décision, sans discuter avec l'ennemi, sans entrer avec lui en pourparlers.
Il en est d'autres que l'on doit chasser et écarter en leur opposant un principe de foi.
D'autres enfin doivent être simplement méprisées : il suffit d'en détourner son esprit. Tel est le cas notamment pour celles qui proviennent de l'imagination. Les fantômes de l'imagination ressemblent à une troupe de saltimbanques, qui jouent lorsqu'on les regarde et qui se démènent d'autant plus qu'on leur prête plus d'attention, mais qui cessent de jouer dès qu'on détourne les regards.