L'OPERATION DE LA GRACE DIVINE
I. La vie chrétienne se compose, dans chacune de ses parties, de la grâce divine et de la coopération humaine.
L'histoire de la vocation des Apôtres nous donrre des lumières pleines d'enseignements sur l'opération de la grâce divine.
Qu'étaient les Apôtres avant d'être appelés ? Des hommes du peuple, grossiers, peu cultivés. Nous ne voyons nulle part qu'ils se fussent signalés par une vertu éminente. Leurs sentiments étaient tout humains, et ils ne comprenaient que difficilement les salutaires enseignements du Christ.
Et cependant ces hommes furent appelés à l'apostolat (Marc, m, i3;Joan., xvii, 6,11,24; xviii, 9) pour vivre auprès du Christ, pour devenir ses messagers et ses représentants auprès des hommes. Ils devaient être investis de la charge de docteurs, de pasteurs et de prêtres, ils devaient être le fondement et les chefs de l'Eglise, les assesseurs du jugement dernier. (Matth., xix, 28.)
Que suit-il de là? Votre faiblesse et votre penchant au péché ne doivent jamais vous décourager lorsqu'il s'agit de suivre un appel de la grâce divine. A considérer leur
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nature, ces hommes ne pouvaient en rien contribuer au succès apostolique. Dieu, il est vrai, a coutume de tirer parti des qualités naturelles; mais il n'en a pas besoin.
Soyez bien convaincu, que dans toutes vos bonnes œuvres, la grâce de Dieu fait tout et que vous n'êtes pour ainsi dire rien.
2. Comment se fit la vocation des Apôtres? Bien que la grâce fût essentiellement une opération intérieure et particulière sur l'intelligence et la volonté, elle se servit cependant d'un intermédiaire extérieur. Cet intermédiaire fut Jean-Baptiste, ce fut en particulier la vue, la manifestation du Christ (Joan., i, 29-36).
Le Christ appela ses Apôtres progressivement, d'abord à le suivre pour un temps (Matth., vi, 18-22; Marc, i, 16-20); puis à le suivre en renonçant à toutes les autres occupations extérieures (Luc, v, 2-1 1); enfin il les choisit comme Apôtres (Matth., x, 1-2; Marc, m, 13-19: Luc, VI, 13-16).
En outre, le Seigneur daigna se conformer au caractère particulier de chacun. Il gagna André et Jean par l'amitié (Joan., i, 37-40). 11 ouvrit à Simon-Pierre la perspective d'une haute vocation et d'un grand avenir (Joan., i, 40-42). 11 se contenta d'une simple invitation et d'un appel pour Philippe et pour Matthieu (Joan., i, 43 ; Luc, v, 27). 11 découvrit à Nathanaël l'état de sa conscience, que Dieu seul pouvait connaître (Joan., i, 45-50). Ainsi sa grâce cherchait partout les points de contact et les traits de liaison, et elle s'en servait.
Que suit-il de là ? 11 faut avoir la plus grande confiance en l'amour et en la condescendance de Dieu. Comme une mère aimante s'incline vers son enfant, ainsi Dieu
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condescend jusqu";i vous, pour vous porter peu à peu là où il veut.
Vous devez donc observer avec soin l'opération de la grâce divine en vous, et vous efforcer de correspondre à ce que Dieu attend de vous.
3. Que tu enfin des Apôtres la grâce divine? Tous devinrent dignes de vivre en commun et d'habiter avec le Christ (Matth., xiii, 16 ; Luc, x, 23), de participer à la plénitude de sa puissance (Matth., x, 8; Marc, m, i^).
Par là même ils étaient appelés à la plus haute sainteté ; toute la grandeur de la vertu chrétienne devait briller en eux. Et c'est ce qui arriva.
Saint Pierre, si lâche auparavant, prêcha hardiment la vérité chrétienne le jour de la Pentecôte à la foule assemblée. Lorsque les Apôtres, auparavant si terrestres, durent souffrir les injures et la persécution pour l'amour du Christ, il est dit d'eux : « Ils sortirent de là tout remplis de joie. » (Act., v, 41 .)
Mais tous ne furent pas préservés de toute faute par le don de la grâce de la vocation. Pierre renia le Seigneur, judas devint même un traître.
Que suit-il de là? Il ne faut pas me croire assuré de mon salut parce que j'ai déjà reçu beaucoup de grâces. Saint Philippe de Néri avait coutume de faire chaque jour cette prière : « Seigneur, gardez-moi ; autrement je vous trahirai aujourd'hui même. »
A cette crainte salutaire je dois joindre une ferme confiance en la puissance de la grâce divine. Par moi-même je ne puis rien, mais je puis tout en Celui qui me fortifie. Tout bloc de marbre renferme la matière d'un chefd'œuvre ; dans tout cœur humain, il y a un saint.
A l'exemple des Apôtres, je dois suivre l'appel de la
grâce, promptement et avec empressement, avec joie, avec persévérance et constance.
La raison humaine a si bonne opinion d'elle-même, qu'elle est naturellement portée à mésestimer les opérations de la grâce divine et à les considérer comme insignifiantes.