DE L'HUMEUR PACIFIQUE
1. L'homme pacifique est celui qui fait volontiers des sacrifices pour conserver ou pour rétablir la paix avec son prochain : « Bienheureux les pacifiques, parce qu'ils seront appelés les enfants de Dieu. » (Matth., v. 9.) « Rendez ma joie pleine et entière, dit l'Apôtre, étant tous parfaitement unis ensemble, n'ayant tous qu'un même amour et les mêmes sentiments. » (Philip.. 11, 2.)
Comme les autres vertus chrétiennes, l'humeur pacifique est avant tout un don naturel, mais ce don puise dans les enseignements chrétiens des motifs plus élevés, la grâce le transforme, le rend capable du sacrifice et lui donne une valeur surnaturelle.
Soyez circonspect. Les hommes sont enclins à manifester leurs opinions d'après leurs intérêts, et à raisonner d'une chose nouvelle d'après leurs préjugés. Cela est vrai des autres, cela est vrai de vous.
Pour disputer, il faut être deux ; dans les relations ordinaires, ne soyez jamais le second.
Evitez les chocs d'opinions différentes ; il est cependant des circonstances où le devoir demande que l'on préfère la guerre à la paix.
Vous ne devez contredire les autres que si vous avez pour cela des raisons suffisantes. Distinguez avant tout entre le bon et le juste, et entre le mal et le faux.
Gardez-vous de toute amertume personnelle. Si vous avez fait une blessure, il est bon, d'ordinaire, de panser la plaie; faites ce qu'il ftmt pour cela, mais ne dépassez pas la mesure.
11 est des gens d'un caractère si âpre, qu'ils voient toujours le côté blâmable, non par passion, mais par inclination naturelle. Ils ont toujours à critiquer et, la plupart du temps, avec exagération ; d'une paille ils font une poutre pour blesser l'amour-propre. Si la passion s'en mêle, ils poussent tout à l'extrême.
Un caractère noble s'efforce de tout excuser, sinon expressément, du moins en n'en tenant pas compte. Toutefois, l'excuse a ses limites. On peut supporter et estimer celui qui s'est trompé innocemment, sans vouloir pour cela que l'erreur soit la vérité.
2. L'homme vertueux est comme un arbre touffu qui, exposé aux rayons brûlants du soleil, conserve de la fraîcheur sous ses branches.
Gardez-vous d'employer contre le mal des remèdes qui l'aggravent.
Souvent l'art du médecin est de ne pas employer de remèdes. Une retraite opportune assure la victoire pour la suite.
Une source se trouble quand on l'agite; elle redevient claire pourvu qu'on la laisse tranquille. Contre la discorde et le trouble le meilleur remède est souvent de laisser les choses suivre leur cours; elles se calment d'ellesmêmes.
Une contradiction légère et modérée assaisonne la con-