‹ La philosophie chrétienne de la vieChapitre 245 sur 344 · FORMATION DU CARACTERE · texte numérisé non relu

FORMATION DU CARACTERE

I. Partout dans l'Évangile l'amour du Sauveur pour ses Apôtres se révèle par le soin qu'il prend de leur formation, de l'éducation de leur caractère, afin de les préparer à leur vocation apostolique. II ne se contente pas de les instruire, de les entretenir en particulier : il corrige leurs défauts et leurs imperfections, il réprimande leur ambibition (Marc, ix, 32, seq.; Matth., xx, 24, ssq.), leur jalousie (Luc, ix, 50), leur susceptibilité et leurs désirs de vengeance (Luc, ix, 55); il leur recommande des vertus précises. Il insiste sur l'amour du prochain, sur le zèle à le secourir, sur le désintéressement (Matth.. x. 1-5-is; Marc, VI, 7-13; Luc, ix, 1-6).

Il nous est d'une extrême importance de flworiser ainsi l'influence du christianisme sur la formation de notre caractère. La véritable noblesse est dans le cœur, non dans le sang.

Les dispositions naturelles sont comme des plantes qui germent d'elles-mêmes, mais qui, ensuite, ont besoin des soins et de la serpe du jardinier.

Le caractère, c'est la volonté rendue ferme et déterminée par un travail conscient. Le caractère suppose de la

consistance, de la décision, de la logique. Vouloir en pleine conscience de cause, voilà le caractère.

Les déterminations isolées sont importantes, sans doute, mais elles sont la plupart du temps le résultat du caractère. La ligne de conduite que nous tenons d'ordinaire dans les circonstances pratiques de la vie subit beaucoup plus l'influence de notre caractère, qu'elle ne dépend des considérations du moment.

2. Sans caractère, la vertu manque de solidité. Le caractère est ce que nous nous faisons nous-mêmes par une volonté persévérante. Le caractère, c'est notre naturel travaillé et transformé par notre libre détermination.

Former le caractère, c'est, par un effort constant, retrancher les défauts de notre naturel et de nos habitudes, et substituer à ces défauts la noble pratique des vertus.

Tout tempérament a ses avantages comme ses défauts.

Perfectionnez donc vos inclinations. De bonnes inclinations sont chose importante dans la vie de l'homme. Toujours et partout, nous pensons, nous jugeons, nous parlons d'après nos inclinations.

Mettez une grenouille sur un siège doré : elle préfère sa mare et elle y retourne. La nature perce toujours : il en faut dire autant des habitudes invétérées.

Le diamant a toujours sa valeur, alors même qu'il n'est pas poli; est-ce une raison pour ne point tailler la pierre brute?

Procédez avec prudence. En travaillant sur vous-même, n'oubliez point qu'à force d'affiler, on peut émousser.

Ecartez de votre caractère toute raideur, toute opiniâtreté, tout entêtement. L'entêtement est l'énergie des sots.

Soyez souple et laissez-vous façonner par le Bon Dieu. Ne vous laissez jamais aigrir par les épreuves, mais pro-

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litoz-cn pour détacher de plus en plus votre cœur des choses terrestres et pour l'unir à Dieu.

Ne vous opiniàtrez point dans des idées préconçues, et ne prenez pas facilement une décision immuable au sujet d'une chose secondaire, si vous n'êtes pas entièrement convaincu devant Dieu que c'est un devoir irrévocable en toute circonstance.

Que votre caractère soit malléable comme la cire, mais non pas comme le beurre.

Gardez-vous de cette sensiblerie qui est la ruine des sentiments virils, ou qui surexcite tous les sentiments et rend l'homme à demi fou.

Formez votre caractère de façon à ne vous laisser dominer ni par une crainte excessive ni par une trop grande confiance en vous-même. Sinon ces deux choses vous créeront des difficultés quotidiennes. Trop méchant pour les bons, ou trop bon pour les méchants, on manque souvent de vrai tempérament.

3. Ce que le Christ dit du royaume du ciel s'applique à la formation du caractère : elle souffre violence ; et ceuxlà seuls qui emploient la violence y réussissent.

Le Christ la présente toujours comme une chose difficile, comme une mortification. « Entrez par la porte étroite, car la porte de la perdition est large et la voie qui y mène est spacieuse. » (Matth., vu, 13.) « Faites effort pour entrer par la porte étroite. » (Luc, xiii, 24.) « Si le grain de froment ne meurt après qu'on l'a jeté en terre, il demeure seul ; mais quand il est mort, il porte beaucoup de fruits. Celui qui aime sa vie la perdra: mais celui qui hait sa vie en ce monde la conserve pour la vie éternelle. » (Joan., xii, 24, 2^.)

Faites-vous un caractère fort, de manière à résister aux

influences illégitimes; rendez-le indépendant de tout ce qui vous nuit : vous n'y arriverez qu'en vous refusant chaque jour quelque chose que vous pouvez vous permettre, même sans péché.

Faites disparaître de votre caractère la mobilité qui perd complètement de vue le but à atteindre, et qui, par suite, voltige follement d'ici et de là. Apprenez à envisager votre but fermement et à le fixer sans cesse, afin de vous en approcher comme il convient.

Que l'humilité soit la base de votre caractère; l'humilité, qui rend volontiers à Dieu ce qui est à Dieu, qui trouve sa joie à estimer et à aimer le prochain, qui est exempte d'orgueil et d'égoïsme désordonné.

Le bien que vous faites, écrivez-le sur le sable; celui que vous recevez, gravez-le sur le marbre et mettez-vous vous-même entre les mains de Dieu. Agissez de manière à mériter la louange et la reconnaissance, mais ne recherchez ni l'une ni l'autre.

4. Veillez à ce que votre énergie ne soit ni dans l'imagination ni dans le sentiment, mais dans l'intelligence et dans la volonté. Pour cela, recourez à la prière.

Gardez-vous des caprices et de la mauvaise humeur ; ils corrompent votre volonté et même votre intelligence.

Sachez unir la circonspection et la décision, afin d'hésiter toujours où il faut hésiter, et d'aller en avant quand l'hésitation serait un mal. La chose la plus facile est difficile quand on ne peut s'y décider.

Fortifiez en vous le sentiment du devoir et le sentiment de la justice, et le respect pour les institutions, lorsqu'il ne s'agit pas d'abus et d'imperfections qui peuvent se corriger.

Tout caractère se développe par une sorte de nécessité

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