LE FAUX AMOUR DE SOI
I. C'est Dieu qui a mis dans notre cœur l'amour de nous-mêmes. Mais rien ne dépasse les justes limites aussi facilement que l'amour de soi ; rien ne peut nous nuire autant que l'amour faux et exagéré de nous-mêmes. II y a là le principe de toutes les révoltes contre Dieu. Ce que le christianisme nous demande, c'est, au fond, de soumettre à l'amour de Dieu l'amour de nous-mêmes.
Le faux amour de soi est comme une boisson enivrante. Entre un homme ivre et un homme qui a trop bonne opinion de soi-même, il n'y a pas de différence essentielle. Pas plus l'un que l'autre n'est maître de sa raison ; tous deux trébuchent d'une folie dans une autre.
Le faux amour de soi est le plus grand traître dont nous ayons à nous défendre ; il nous trahit par un baiser, comme Judas le fit pour Notre-Seigneur ; se laisser guider par lui, c'est prendre un fou pour guide.
Ne point s'estimer comme on le doit est la source de nombreuses folies. Mais bien plus nombreuses sont les fautes qui naissent de l'amour exagéré de soi-même. C'est pourquoi le Christ Notre-Seigneur nous recommande avant tout le renoncement à nous-mêmes.
Combien d'hommes dont la vie tout entière n'est qu'une manifestation de l'amour qu'ils se portent!