LE FAUX AMOUR DE SOI
Ce faux égoïsmc est notre vice capital ; il est une faiblesse et il n'engendre que des faiblesses.
2. On pardonne à son prochain beaucoup de fautes, on lui pardonne très difficilement son égoisme... par égoïsme.
Chacun est enclin à se considérer comme un idéal de bonté et de justice. La tour penchée de Pise, si elle pouvait voiries autres tours, ne penserait-elle pas qu'elle seule au monde est correcte ?
La plupart des hommes s'attribuent beaucoup plus d'importance et de considération qu'ils n'en possèdent en réalité.
Beaucoup se complaisent à se croire enviés, persécutés ou haïs.
Le penchant à l'amour désordonné de nous-mêmes ne nous quitte jamais; il semble parfois sommeiller, c'est un piège; et, avant que nous nous en doutions, il nous saisit de nouveau. Souvent il contrefait l'amour de Dieu pour nous illusionner et il s'efforce d'atteindre son but par toutes sortes de détours.
Connaître ces détours est très utile.
La connaissance de vos faiblesses ne vous sert de rien, elle vous est plutôt nuisible, si vous ne veillez constamment à combattre le faux amour de vous-même; sinon vous conserverez votre présomption, vous vous laisserez aller à la tristesse et au découragement.
Le point capital, c'est la volonté, c'est la véritable humilité du cœur, qui permet à l'homme de se condamner comme il convient, et de ne pas s'emporter lorsqu'il se croit blessé ou méprisé.
L'amour désordonné de soi-même est la source d'une inquiétude perpétuelle. L'humilité est la source de la paix la plus profonde. S'il survient quelque revers, l'humble
de cœur ne s'arrête pas à l'instrument qui est l'homme; il voit la main du Seigneur, qui se sert de ce moyen pour lui donner la preuve d'un amour immérité.
Le faux amour de soi se complaît à être mis en avant. Efforcez-vous donc d'aimer l'obscurité.
Si on vous loue, rappelez-vous que tout ce qui en vous est digne de louange vient de Dieu, devant qui vous êtes responsable. Vous blâme-t-on, souvenez-vous de ce qu'on pourrait dire si l'on connaissait toutes vos faiblesses.
3. Gardez-vous de toute estime exagérée de vous-même. Souvent l'homme se fait un mérite du mal qui n'est pas dans sa nature, en s'imaginant qu'il en a triomphé. 11 reconnaît ensuite par expérience de quelle malice il est capable, lorsqu'il a une occasion de commettre le mal.
Qui nourrit le vain désir qu'on parle de lui et qu'on le loue, est sur la voie de l'oubli de Dieu et empoisonne ses meilleures œuvres.
Ce qui vous humilie ne doit pas vous aigrir. Dans une dispute, l'égoïste pardonne plus facilement à son adversaire d'avoir tort que d'avoir raison.
Ne craignez pas de reconnaître votre faute. Nous cherchons volontiers dans mille raisons le pourquoi de ce qui nous arrive. Nous ne le cherchons pas où nous trouverions bientôt — dans notre propre faute... Sur ce point nous sommes muets.
Nous sommes toujours l'auteur de ce qui nous réussit, mais nous ne voulons être pour rien dans ce qui est causé par notre maladresse.
Quand nous nous déprécions nous-mêmes, nos paroles sont très souvent un raffinement de l'orgueil le plus subtil. Celui qui se blâme sans dignité cherche la louange par