LE SUCCES APPARENT
I . Quiconque travaille beaucoup voudrait voir sa peine et ses sacrifices couronnés d'un succès sensible. Et, s'il ne constate pas le succès, il est tenté de perdre courage.
A ce point de vue, l'exemple du Christ est très instructif.
Il est hors de doute que le Sauveur a, en réalité, obtenu un succès auquel rien ne peut se comparer dans l'histoire du monde.
Il y a déjà un certain succès dans l'estime et le respect que le peuple et ses ennemis eux-mêmes témoignaient pour la puissance de sa parole (Matth., xxii, 33 ; Marc, XII, 17, 37 ; Luc, XIX, 48 ; xx, 19). Mais le vrai succès, ce sont les âmes sans nombre qui, courageusement et sans regard en arrière, se sont données à lui. Et ce succès se poursuit à travers les siècles, et il durera jusqu'au jour du jugement.
Ce succès, cependant, demeurait caché pour les yeux qui n'aperçoivent que le dehors. Par contre, nous apercevons plus d'un échec dans la vie du Christ. A peu près partout le Sauveur rencontrait des incrédules (Joan., XII, 37). Beaucoup le poursuivaient de leur haine et de leur rage. Presque tout ce qu'il faisait semblait échouer contre la sottise et la méchanceté des hommes.
Ses ennemis profitaient de ces échecs apparents et du succès de leurs propres efforts pour décrier son œuvre auprès du peuple. Ils disaient tout le mal possible du Sauveur, et ils ne réussissaient que trop.
L'histoire de la vie mortelle du Christ est encore son histoire dans sa sainte Église.
2. Consolez-vous donc en jetant un regard sur votre Sauveur, lorsqu'il vous semble que vos efforts n'ont pas le succès que vous croyez devoir en attendre.
Ne vous préoccupez donc pas tant de réussir ou de ne pas réussir. Remettez tout entre les mains de Dieu. Que votre sollicitude ressemble à la providence de Dieu. Dieu prend soin de nous tous et travaille pour nous, mais sans agitation, sans perdre le calme.
Faites ce qui est en votre pouvoir pour réussir parfaitement, mais abandonnez le résultat à Dieu votre Seigneur.
Ce n'est pas le succès apparent, c'est l'intention intérieure qui donne à l'acte sa valeur essentielle et le véritable succès.
Quelques saints ont eu de grands succès extérieurs; mais chez la plupart nous apercevons à peine une trace de cette réussite.
On ne blâme point le laboureur si la moisson n'est pas riche, mais bien s'il n'a pas convenablement préparé son champ.
Pour le Christ, le résultat apparent fut la croix ; mais cette croix faisait de Dieu le débiteur du Christ, et une gloire correspondante aux tourments du Sauveur en était le prix. Il se produit quelque chose de semblable pour les fidèles serviteurs du Christ ; ils sont d'abord récompensés par une infinité de croix, mais ces croix sont le gage des promesses divines.