PANTHEISME
I. Dieu, puisqu'il est un, est une substance spirituelle, absolument simple et immuable, réellement et essentiellement distincte du monde, en soi et de soi infiniment heureuse. Il a créé le monde de rien. Il est ineffiiblement supérieur à tout ce qui est et à tout ce que l'on peut supposer en dehors de lui.
C'est la vérité contre laquelle s'insurge le panthéisme.
D'après la doctrine du panthéisme. Dieu c'est le monde, et le monde, c'est Dieu.
Cette doctrine est en contradiction avec la raison et avec la science. Tous les hommes ne sont pas un seul homme; tous les animaux ne sont pas un seul animal; tous les organismes ne sont pas un seul organisme; toutes les choses ne sont pas une seule chose, encore moins un seul Dieu.
Le monde, tel qu'il existe actuellement, se compose non seulement de principes d'action variés et distincts, mais aussi des contraires les plus opposés, qui supposent nécessairement une multiplicité de substances. Une seule et même substance ne peut être en même temps raisonnable et irraisonnable, bonne et mauvaise, ne peut en même temps haïr et aimer.
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Ou bien l'être primitif qui renferme en soi et par soi les individualités possède dès le commencement le produit de ce développement, ou il ne le possède pas. S'il le possède, pourquoi se développe-t-il? S'il ne le possède pas, où prend-il son développement?
De plus, un être qui porte en soi la raison de son existence est infiniment parfait; il ne peut y avoir de limite pour son être. Il a le caractère d'absolue nécessité. 11 est absolu, indépendant, simple, il ne peut pas avoir de parties. Mais le monde actuel est composé, dépendant, variable. Le changement est lié à son essence. A tous points de vue, le monde s'écarte de la perfection absolue; il est fini. Celui donc qui dit que le monde est Dieu est en opposition avec la vérité, la réalité, la science.
2. Il y a bien d'autres sottises dans la bouche des panthéistes. L'homme, c'est « la fleur de la divinité » ! Tous les milliards d'hommes réunis pourraient-ils seulement apporter la plus légère modification à une loi de la nature? Le pauvre pefit être humain ne dépend-il pas de la nature par toutes les fibres de son être? Et c'est là ce qui serait une manifestation de Celui qui seul est?
L'homme, la « fleur de la divinité »! Tous les ans, l'humanité fournit avec une effrayante régularité son contingent de criminels aux maisons de détention et à l'échafaud. Les actions nobles forment presque l'exception; les infamies, la règle. L'histoire de l'humanité est l'histoire de la folie et du vice. Et c'est là ce qui devrait être les « rayons de la divinité » ?
Dans l'hypothèse du panthéisme, dit Schopenhauer, c'est le Dieu créateur qui est l'éternel tourmenté et qui sur cette terre meurt seul à chaque second^?, tt il est composé de morceaux détachés. C'est absurde: il serait
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beaucoup plus juste d'identifier le monde avec les démons.
Partant du point de vue panthéiste, Spinoza a avec raison appelé folie tout repentir de n'importe quelle action, si mauvaise qu'elle soit. En effet, à quoi bon se repentir de quelque chose qui ne peut rien être qu'un moment dans la vie du Dieu en progrès, qu'une nécessité divine? II ne peut être question de péché et de malice dans une doctrine qui place complètement dans la divinité même tout ce qui est et tout ce qui arrive.
Quelques panthéistes sont allés jusqu'à louer en termes enthousiastes, comme l'action la plus magnifique de Dieu, la pire des malices dont l'homme est capable.
'=,. Considérant la réalité, Gœthe dit de Celui qui seul est : « Une sorte de toile s'est levée devant mon âme. La scène de la vie infinie se transforme devant moi en l'abîme d'une tombe éternellement ouverte, et je ne vois plus rien qu'un monstre qui dévore et qui rumine éternellement. »
Dans un de ses moments lucides, l'inconstant Henri Heine avoue : « Lorsqu'on est étendu sur son lit de mort, on est très sensible et très doux, et on voudrait faire la paix avec Dieu et avec le monde... Oui, de même que j'ai fait ma paix avec la créature, je l'ai faite avec le Créateur, au très grand scandale de mes amis les philosophes, qui m'ont reproché cette rechute dans la sj.iperstition, comme ils aimaient à appeler mon retour à Dieu... Oui, je suis revenu à Dieu comme l'enfant prodigue, après avoir longtemps gardé les porcs avec les hégéliens. Etaitce la misère qui m'a ainsi poussé? Peut-être une raison moins misérable. La nostalgie céleste, le mal du ciel, s'est emparé de moi et m'a conduit à travers les forêts et les
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ravines, sur les sentiers les plus vertigineux de la dialectique. Sur ma route j'ai rencontré le Dieu des panthéistes, mais je n'ai pu m'en servir. Ce pauvre être chimérique est enchaîné et incorporé au monde et emprisonné en lui; il vous regarde en bâillant, sans volonté et impuissant. Pour avoir une volonté, il faut être une personne, et pour la manifester, on doit avoir ses coudées franches. Lorsqu'on souhaite un Dieu qui puisse vous aider — et c'est là le principal, — on doit accepter aussi sa personnalité, sa séparation d'avec le monde et ses attributs divins : la toute-bonté, la toute-sagesse, la toute-justice, etc. J'ai parlé du Dieu des panthéistes, mais je ne puis m'empêcher de remarquer que ce n'est pas un Dieu, attendu que les panthéistes sont des athées timides, qui redoutent moins la chose que l'ombre qu'elle projette sur le mur... »
Malheureusement ce ne fut dans l'intelligence de cet homme infortuné qu'un éclair passager, auquel succéda bientôt l'obscurité la plus profonde.
4. Comme dans toute erreur, il y a aussi dans le panthéisme une vérité. Dieu et le monde sont, il est vrai, des substances différentes et distinctes : mais Dieu est proche du monde, rien n'existe sans Di.u, rien n'agit sans Dieu. Dieu est dans les lumineuses étoiles qui scintillent au firmament; il est dans la petite fleur de la route. En lui tout existe et agit comme au commencement, maintenant et toujours. Les substances de la nature sont dans la dépendance la plus étroite de la substance divine.
Le monde entier reçoit continuellement son existence de Dieu, de la même façon qu'il l'a reçue au moment de la création.
Tout repose en Dieu ; Dieu tient tout suspendu au-dessus de l'abîme du néant; Dieu est le dispensateur permanent de l'être et de la vie: Dieu est l'appui intérieur