CHAPITRE VIII
I. Tous les détails de l'histoire de la passion sont dignes de la considération la plus attentive.
Lorsque Caïphe demanda au Sauveur de s'expliquer sur sa doctrine et sur ses disciples, Jésus reconnut la juridiction du grand-prêtre ; il demanda que des témoins fussent entendus (Joan., xviii, 21). Sa réponse fut humble et juste, sage et calme.
Quand il reçut un infâme soufflet au visage, il se défendit avec calme et sang-froid pour répondre au reproche d'irrévérence envers le grand-prêtre. Il ne le fit point dans le désir de se défendre, car lorsque les témoins à charge se contredisaient dans leurs faux témoignages, il garda le silence (Matth., xxvi, 63).
Interrogé et adjuré d'une façon solennelle de déclarer s'il est Dieu, le Sauveur répond : « Vous l'avez dit, je le suis (le Fils de Dieu) », et à ce témoignage solennel, il joint la prédiction de sa gloire future.
Là-dessus on s'écrie qu'il mérite la mort; et, durant la nuit, il est en butte aux outrages et aux mauvais traitements les plus honteux (Matth., xxvi, 67; Luc, xxii, 63). Mais il garde le silence.
Il n'a pas un mot de reproche pour Pierre : il se contente de jeter sur lui un regard plein d'amour (Matth., XXVI, 70; Marc, xiv,68;Luc., xxii, 57 ; Joan., xviii, 18).
Le juge lui demande s'il est le Messie : Jésus affirme qu'il l'est et, avec la plus grande douceur, il reproche à ses accusateurs leur incrédulité obstinée ; il leur parle du jugement futur (Luc, xxii, 66).
Il se laisse conduire de tribunal en tribunal : et il se tait.
Devant Pilate, il renonce absolument à toute défense. Il est des cas où il est permis, où c'est même un devoir de vous défendre ; mais plus souvent encore la vertu demande que l'on garde le silence. Le Christ a voulu nous donner un exemple.
Pilate possédait les renseignements nécessaires; les Juifs connaissaient la nature de leurs accusations. Le Christ était prêt à se soumettre à toutes les souffrances qui le menaçaient. Son silence n'était point le silence de l'impuissance ou de l'orgueil, c'était le silence de la sagesse, de la patience et de l'humilité, de l'amour le plus dévoué envers Dieu et envers nous.
Interrogé sur sa royauté, il se borne à donner en quelques mots l'explication nécessaire (Joan., xviii, 36).
Devant Hérode, il se renferme dans le silence, dans la réserve la plus stricte. Il ne s'avilit pas devant le monde ; il ne veut pas user de sa sagesse et de sa puissance pour le divertir ; il ne fait rien pour lui plaire et pour s'attirer sa faveur.
En d'autres circonstances où il s'agit du salut des âmes, Jésus a des prévenances aimables, il enseigne, il opère même des miracles.