L'AMOUR DES ENNEMIS
I . Sur la croix, le Seigneur a prononcé cette parole : « Père, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu'ils font. » Telle a toujours été la dispositionde son cœur en face de l'hostilité de ce peuple ingrat.
Il est facile d'aimer des amis ; mais aimer ses ennemis est chose difficile. L'amitié suppose la conformité des sentiments; elle unit dans une bienveillance mutuelle, et produit une certaine égalité. Il est permis d'avoir des amis et de les aimer plus que d'autres personnes. C'est même un grand bonheur d'avoir de véritables amis. Dans un certain sens tous les chrétiens doivent être amis en Jésus- Christ.
^ Un ennemi est celui qui hait et qui cherche à nuire. Le Christ nous fait ce commandement : « Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent ; priez pour ceux qui vous persécutent et qui vous calomnient. » (Matth., V, 44.) Et lui-même combien n'a-t-il pas aimé ses ennemis !
Il n'est pas très difficile de pardonner à un ennemi que l'on a d'abord offensé, ou qui se repent de ce qu'il a foit, ou qui implore le pardon, ou qui est plus fort que nous.
Mais il est difficile d'aimer un ennemi que nous avons comblé de bienfaits, qui persiste à nous offenser, bien que nous ayons la puissance de le réduire à néant.
2. Notre ennemi est une créature, une image de Dieu. On honore l'image d'un roi, qu'elle soit d'or ou de plomb : l'image de Dieu mérite d'être honorée, qu'elle soit dans un homme pervers ou dans un homme de bien.
Haïssez les fautes qui sont l'œuvre du méchant; aimez l'homme qui est l'œuvre de Dieu. Songez que les méchants sont des instruments dans la main de Dieu, tout comme la sangsue dans la main du médecin.
Montrez que vous aimez vos ennemis en renonçant à vous venger, en les excusant le plus possible, en priant pour eux, en leur pardonnant du fond du cœur. « Si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père ne vous pardonnera pas vos péchés. » (Matth., vi, 15.) Voilà pourquoi nous disons dans l'Oraison dominicale ; « Pardonnez-nous nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. » Le pardon doit être sans réserve (Matth., xviii, 22).
L'empereur Marc-Aurèle s'entretenait des chrétiens avec un officier et les dépeignait comme des fous. L'officier approuvait : « Ils prient pour leurs bourreaux, dit-il. — Alors je rétracte mon jugement, reprit l'empereur; leur religion est donc sainte et divine. »