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CHAPITRE XVI

L'AUTEL

I. Si la ferme croyance à la mort rédemptrice du Clirist sur la croix s'est maintenue vivante parmi les catholiques, c'est surtout au saint sacrifice de la messe qu'on le doit.

Pour comprendre la messe, il ne faut pas se contenter d'être simple spectateur. Assister à la sainte messe sans attention intérieure, c'est renoncer à pénétrer le sens d'un chef-d'œuvre divin.

La sainte messe est essentiellement un sacrifice. Un sacrifice, qu'est-ce que cela signifie?

Partout où il a existé un culte religieux, il a eu pour premier but l'adoration de Dieu. Et chez tous les peuples, c'est le sacrifice qui a le plus excellemment exprimé cette adoration.

L'idée fondamentale du sacrifice est l'offrande, l'immolation, la destruction d'une chose précieuse en l'honneur de Dieu. Par cet acte religieux, l'humanité veut symboliquement confesser qu'elle appartient à Dieu avec tout ce qu'elle est et tout ce qu'elle a, et qu'elle est prête à offrir à Dieu tout ce qu'elle possède.

Si donc tous les peuples, les plus grossiers comme les plus civilisés de l'ancien temps et des temps modernes,

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ont VU instinctivement dans le sacrifice l'Iiommage le mieux approprié à la Divinité, la forme d'une adoration exclusivement réservée à la Divinité, si Dieu lui-même a établi et prescrit des sacrifices dans la religion mosaïque, il est évident que l'idée de sacrifice ne peut rester étrangère au christianisme.

Dans le christianisme nous avons le grand, l'unique, le parfait sacrifice de la croix; ici, la rançon des péchés du monde est complètement payée.

2. Mais le Christ a voulu étendre à tous les temps et à tous les peuples le bienfait de sa présence à la fois humaine et divine. Il a voulu nous prouver d'une manière sensible combien infini était son amour pour les hommes; il a voulu demeurer visiblement au milieu d'eux comme leur Rédempteur, il a voulu s'unir aussi étroitement que possible à nos âmes qui lui sont si chères, pour les préparer ainsi à jouir un jour de Dieu dans l'éternité.

Le Christ a couronné sa vie rédemptrice par le sacrifice de la croix. Sa présence parmi nous ne répondrait pas pleinement à la réalité, si le sacrifice de la croix n'avait point lui-même sa prolongafion réelle dans tous les temps.

Il y a dans tout cœur humain un instinct naturel qui le pousse à offrir personnellement à Dieu sa dévotion et l'hommage de soi-même sous la forme du sacrifice.

De nous-mêmes nous ne sommes rien; tout ce que nous sommes, nous le sommes par le sacrifice du Calvaire, 11 faut donc aller au Christ, au Christ offrant son sacrifice ; il faut nous unir non seulement intérieurement, mais aussi extérieurement, de même que toute la religion de Jésus est intérieure en même temps qu'extérieure, parce qu'elle n'est pas seulement une religion divine, mais une religion humaine.

}lb y SEMAINE. LA CROIX

C'est pourquoi, conformément à toute l'économie chrétienne du salut, la Providence de Dieu et son amour nous ont assuré la continuation visible du sacrifice du Calvaire, comme l'avait annoncé le prophète Malachie(i, ii).

3. Le Christ qui s'est offert sur la croix continue à s'immoler pour nous sur l'autel, tout près de nous, sous nos yeux.

Le saint sacrifice de la messe n'est pas un sacrifice nouveau , un sacrifice dont l'efficacité dépasse celui de la croix, un sacrifice indépendant de celui du Calvaire : c'est la rénovation réelle et l'application du sacrifice unique de la croix.

Dans le saint sacrifice de la messe se révèle tout ce que Dieu a fait pour les hommes, tout ce que l'humanité doit être pour Dieu et tout ce que l'humanité doit devenir.

Cette oblation de l'obéissance, par laquelle le Christ s'est offert sur la croix, comprend aussi l'acte d'amour qui l'a fait se donner en nourriture à ses disciples dans la sainte Cène; elle comprend aussi les mystères de l'autel chrétien.

Le prêtre, qui tient la place du Christ, accomplit un acte de la plus solennelle adoration, en faisant ce que le Christ a fait, en même temps qu'il ordonnait de le faire continuellement en mémoire de lui : « Faites ceci en mémoire de moi. » Le prêtre visible ne forme pour ainsi dire qu'une seule personne avec notre prêtre invisible, quand il prononce les paroles sacrées : « Ceci est mon corps — ceci est mon sang, qui a été répandu pour vous. »

Le Christ nous devient présent. Il est le même Homme- Dieu qui s'est offert sur la croix sous la forme de sa nature humaine, et qui renouvelle ici son sacrifice sous une forme étrangère, sous la forme sacramentelle.

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4. Sur la croix,, le Christ s'est offert en souffrant la mort, mort constatée par la séparation de son précieux sang et de son corps sacré. Cette séparation du corps et du sang se manifeste dans le saint sacrifice de la messe, sous les apparences distinctes du pain et du vin.

Sur la croix, le Christ a accompli son sacrifice en subissant les suprêmes humiliations. L'oblation que le Christ glorifié dans le ciel foit lui-même sous l'humble apparence d'un aliment représente l'anéantissement de la croix.

Sur la croix, le Christ s'est offert pour moi, il s'est donné pour moi, il m'a donné la vie par sa mort. Sous la forme d'un aliment, le sacrement a tous les caractères d'un repas sacrificatoire, qui me rappelle que Dieu m'a aimé dans le Christ, qu'il s'est donné pour moi, qu'il s'est subordonné à mon salut.

Ainsi, la célébration de la sainte Eucharistie est un vrai sacrifice, une rénovation non sanglante du sacrifice de la croix. L'Église du Christ doit donc attacher le plus grand prix à l'assistance à la sainte messe.

Toutes les fois que vous assistez à la sainte messe, votre Sauveur se rapproche de vous. Il pense à vous, il vous invite. Ne laissez point passer l'occasion de recevoir ses bienfiiits. Rappelez-vous comment Zachée fut récompensé de son empressement.

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