‹ La philosophie chrétienne de la vieChapitre 292 sur 344 · DEVELOPPEMENT ET DENOUEMENT · texte numérisé non relu

DEVELOPPEMENT ET DENOUEMENT

I . Ni dans le monde extérieur ni dans la conduite naturelle de l'existence, la Sagesse divine n'a coutume de parfaire ses œuvres tout d'un coup. Partout nous constatons une sorte de développement et de progrès ; ce qui précède est d'ordinaire le germe de ce qui doit suivre. Dans le monde tout porte la marque du devenir, de l'inachevé, qui trouvera sa pleine signification dans l'avenir.

Le christianisme a, lui aussi, son développement, mais non point en ce sens que ses principes puissent changer et qu'il y ait un progrès dans les moyens dont il dispose pour dispenser la grâce. En fondant le christianisme, Jésus-Christ nous a laissé une institution complète et achevée; le christianisme a été arrêté, réglé voilà dix-neuf siècles; il s'est refusé à toute modification essentielle ; il s'y est refusé de tout temps, il s'y refuse encore. Le soi-disant « moderne » n'est pas chrétien, et le « chrétien » n'est pas moderne.

Dans la doctrine du Christ est le secret de la civilisation ; et le fond de la vertu chrétienne est la croix du Sauveur. Il s'agit donc, au cours des âges, d'infuser aux diverses générations la civilisation du Christ et d'amener les âmes à la croix du Christ.

2. Et cependant le christianisme a son développement et son progrès : il marche à une conclusion importante. Au baptême, les enfants reçoivent le christianisme dans son intégrité, et de tout temps les prédicateurs l'ont présenté aux peuples comme quelque chose de complet et d'achevé. Mais chaque âme prise individuellement ne s'approprie que peu à peu le christianisme tout entier. Et de même, c'est peu à peu que le Christ s'approprie l'humanité, jusqu'à ce qu'il la conduise à son glorieux couronnement. Dans le christianisme complet en soi, il y a donc un progrès. On ne comprend pas suffisamment le Christ et son œuvre, si l'on perd de vue le dénouement. Dans la vie du Christ, dans la vie du christianisme, bien des choses sont encore à l'état de préparation : bien des choses sont donc incompréhensibles, beaucoup d'autres sont difficiles, obscures. De même, dans la vie de tout chrétien, une foule de circonstances provoquent cette question : « Comment Dieu peut-il permettre cela? Comment Dieu peut-il exiger ceci ? » Bien des choses amènent le doute et nous font hésiter.

L'Apôtre l'a dit : « Si nous n'avions d'espérance en Jésus-Christ que pour cette vie, nous serions les plus misérables de tous les hommes ». (i Cor., xv, 19.)

Pour bien juger d'une œuvre, il faut en considérer la conclusion.

Les trois vertus théologales doivent avoir toute leur intégrité. 11 faut croire au Christ tout entier, il faut mettre notre espérance dans le Christ tout entier; il faut aimer le Christ tout entier ; par conséquent il faut également considérer le Christ dans sa perfection finale.

Comment, pauvres humains, pourrions-nous aimer Dieu sans réserve, si nous ne pensions pas que ce Dieu infiniment bon nous a créés, nous a sauvés, nous a sanctifiés

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